Si on considère que Frieda, lors des rares fois où elle racontait son passé, ne mentait pas, alors, il faut considérer que Jacob était certainement juif, comme elle l’affirmait.
En effet, Frieda prétendait avoir eu deux garçons morts et une fille. André est né en 1927 et est mort en 1929. Honoré André était né en 1930 et il est décédé en 1832. Frieda soutenait aussi que Jacob était juif. Pourquoi mentirait-elle sur ce dernier point ?
Alors, il fallait poursuivre cette piste. De nouveau, je fais appel à Philippe Christol, généalogiste professionnel spécialiste de l’immigration polonaise. Et, je lui demande de vérifier dans la communauté juive de Lodz.
La réponse est encore décevante. Aucun Klank n’est enregistré dans la communauté juive de la ville de Lodz.
Conclusion
Seulement, il semble qu’on ait avancé : Certainement, Jacob est né dans la province de Lodz. Il faut continuer à chercher des éléments en France qui pourrait amener des nouveautés.
Pourquoi Honoré s’est retrouvé dans La Coloniale ?
La volonté de faire carrière, peut-être, et/ou celle de changer de conditions, de voir du pays…difficile de le savoir précisément.
Mais, l’ancien nom de ce régiment était le régiment de la Manche basé dès 1900 à Cherbourg. (Wikimanche) . Cela explique le choix de son arme.
En tout cas, Honoré s’y plaît ! Car dès octobre 1915, il devient caporal et même caporal fourrier en janvier 1916.
Insigne du 1er régiment d’infanterie de la Coloniale
Gallica conserve le récit du Lieutenant Colonel Barbassat du 1er Régiment d’Infanterie Coloniale de 1914 à 1919 qui signale qu’à la mobilisation « L’esprit de la Troupe était merveilleusement enjoué ; nos soldats venaient de traverser la ville au milieu des acclamations de la foule qui leur jetait des fleurs et entonnait avec eux La Marseillaise« . De quoi partir la fleur à fusil…
Seulement plus tard, il ajoute : »L’ennemi est trop supérieur en nombre. Nos unités sont écharpées à mesure qu’elles se présentent. » Le reste est connu !
En sa qualité de caporal fourrier, Honoré s’occupe de la « Fourre », qui désigne un local de rangement pour « divers matériels collectifs utilisés généralement pour la vie en campagne ou pour des activités spéciales » dixit Wikipédia. Il pourvoit au logement des soldats et se charge de répartir les vivres entre les escouades, par exemple. Est-ce à cette occasion qu’il développe des aptitudes comptables ? Car, le personnel de la spécialité de fourrier est l’équivalent d’un comptable civil. Certainement !
Pour rappel, Guillaume Apolinaire était aussi fourrier mais au grade de brigadier.
Puis, Honoré rentre au dépôt du 1er RI le 27 avril 1918.
Honoré a échappé à la mort mais certainement pas aux cauchemars. Nombreux seront les soldats qui garderont le traumatisme des violences subies et surtout celles commises par soi-même ou par les compagnons.
Pourtant, pas question pour lui de revenir vivre à Servon et reprendre le métier des champs. Il reste donc dans l’armée et lorsque le régiment est envoyé à Beyrouth, Honoré y débarque le 30 avril 1919 certainement après une quinzaine de jours de voyage en bateau.
Beyrouth, place de l’église et caserne. Liban – 1920
« Le jeudi nous aperçûmes les côtes de l’île de Chypre et, le vendredi matin, nous entrâmes dans le beau port de Beyrouth. Là, des barques de toutes les directions vinrent chargées de denrées de toutes sortes, oranges, raisins, cigarettes, etc. qui ne sont pas chers: – Oranges: 8 pour 1 franc. – Cigarettes : 3 paquets pour 1 franc. Par contre, le pain est cher et c’est du pain de riz. Nous logeons dans des marabouts au-dessus de la ville où nous apercevons quelques montagnes de la cime du Liban, dont quelques-unes sont couvertes de neige. C’est curieux car il fait très chaud » .Témoignages par correspondance
Car l’expansion coloniale de la France s’est faite au lendemain de la Grande guerre par, notamment, le partage de l’Orient arabe avec l’Empire britannique. La France récupère la Syrie et le Liban le 28 avril 1920 qu’elle gère comme un protectorat de 1925 à 1930.
Uniforme du régiment colonial
Fringuant, Honoré devait l’être. Lui qui quelques années plus tard, sera bedonnant mais posant son bras replié à l’arrière avec son pantalon clair, ses bretelles et chemise blanche, droit, derrière « ses » femmes, sur une plage alors qu’elles, sa femme et sa fille, sont en maillots de bain !
Beyrouth, le 1er juin 1920 «Mon cher commandant, Cette image ne va pas vous convaincre sur le luxe des chemins de fer syriens – ici on se contente de peu. Je suis heureux de vous annoncer le succès de nos troupes en Cilicie, 1500 prisonniers, des canons et de nombreux matériels sont tombés entre nos mains. J’ignore à quelle date la guerre va cesser au Levant. Nous avons toujours besoin d’avions et de beaucoup de matériel. Vous ne nous oublierez pas. Mes hommages à Madame Bruncher et à vous mes sentiments les plus respectueux. Max B.». Note historique: la campagne de Cilicie dura de mai 1920 à octobre 1921 et opposa l’Armée du Levant alliée à la Légion arménienne aux forces turques de la Grande assemblée nationale de Turquie. Témoignages par correspondance
Nommé Sergent Major le 16 août 1919, il signe son réengagement quatre jours plus tard. Après Beyrouth, on l’envoie au Maroc et entre-temps, il passe au 2ème RI.
C’est en décembre 1921 qu’il passe au 2ème régiment des Tirailleurs Sénégalais.
Les pertes effroyables subies lors de la première guerre mondiale (1 355 000 morts et 3 595 000 blessés) font que tout réengagé est le bienvenu. Alors lorsqu’Honoré se réengage, il le fait pour 4 ans 1 mois et 17 jours.
Lors de la Guerre du Rif (1924-1927), le 24e, en tout ou partie, participe avec d’autres formations coloniales ou métropolitaines, aux opérations de pacification du Maroc (Afrique française du Nord), avant de retourner définitivement dans sa garnison d’origine. Il s’illustre à Bab-Taza, M’sila, El Hadar, et Fès el Bali, décrochant une nouvelle inscription au drapeau « Maroc 1925 ». Les inscriptions étant limitées à huit, cette neuvième inscription viendra compléter celle déjà existante « Maroc 1908-1913 ».Wikipédia
Au total, la guerre du Rif a coûté la vie à plus de dix-neuf mille soldats espagnols, presque autant de Berbères et environ douze mille Français. Après Verdun, Pétain s’illustre en imposant par la force la présence coloniale aux troupes d’Abd el-Krim en quelques mois.
Insigne des tirailleurs sénégalais
Par décision ministérielle du 30 juin 1924, Honoré devient adjudant. Il aide son officier à commander une compagnie notamment dans l’application des règles militaires. Honoré continue sa progression de carrière et passe adjudant-chef le 31 juillet 1926 puis entre au 24ème Régiment de Tirailleurs Sénégalais.
Vers 1915-1916
À partir de 1926, les régiments des tirailleurs sénégalais sont incorporés. « C’est ainsi que Perpignan récupère un régiment colonial, le 24e régiment de tirailleurs sénégalais, régiment qui malgré sa nouvelle appellation et sa composition, hérite des traditions et du drapeau aux huit inscriptions de son prédécesseur. La plus grande partie de l’effectif hommes de troupe est désormais constituée par des soldats Africains, communément appelés « Tirailleurs sénégalais » ou soldats indigènes, tous originaires des diverses colonies de l’Afrique Occidentale Française (AOF). Les soldats « européens », en petit nombre, tiennent les emplois de spécialistes (transmissions, servant d’engins, secrétaires) et sont destinés, en principe, aux pelotons d’élèves gradés, caporaux et sergents. »Wikipédia
Honoré demande sa mise à la retraite au 3 août 1928 en étant admis dans le corps des sous-officiers.
Il a 37 ans, a vécu une vie de caserne et de guerre sans femme et enfants déclarés. Comment envisage-t-il son retour à la vie civile. Certes, il doit aussi être fatigué de vivre une vie de troupe mais, il n’a connu que ça. Pris en charge du matin au soir, est-il capable de revenir à une vie de routine de respect des convenances bourgeoises, de rentrer dans le rang de ne plus ressentir l’adrénaline de la peur et devenir un mari et un père attentionné, sans problème !
Citations
Ceci est extrait de son dossier de combattant :
Ordre du régiment d’Infanterie coloniale – N° 694
« Très bon sous-officier énergique et brave, au front depuis le 14 septembre 1914, a combattu avec entrain et dévouement en Argonne et champagne.
S’est signalé par son calme au feu et son allant continue à se montrer bon gradé. »
Maroc – Ordre général N° 25 de la 2ème DMM -Ordre de la brigade :
« Au cours de l’attaque du 18 septembre 1925 sur Bab Caza CR 639, a assuré sous un feu violent les liaisons avec les compagnies puis avec le commandant de la position. A fait preuve de calme et de sang-froid. «
Décorations obtenues
Croix de guerre 1914-1918 Française pour conduite exceptionnelle au cours de la Première Guerre mondiale.Médaille commémorative de Syrie-Cilicie décernée pour appartenance à l’armée du Levant (entre le 11 novembre 1918 et le 20 octobre 1921)Médaille interalliée 1914-1918 décernée pour participation à la Grande guerreMédaille coloniale avec agrafe « Maroc » décernée pour services militaires dans les colonies, résultant de la participation à des opérations de guerre, dans une colonie ou un pays de protectorat.
Médaille coloniale avec agrafe « Maroc » décernée pour services militaires dans les colonies, résultant de la participation à des opérations de guerre, dans une colonie ou un pays de protectorat.
Blessure
Aucune
Pension militaire proportionnelle
En juillet 1929, Honoré obtient sa pension.
De retour à la vie civile, Honoré trouve l’emploi d’aide comptable aux usines Renault de Billancourt. Il sera fier d’obtenir la médaille d’honneur du travail en argent pour trente années d’emploi.
Les recherches en Suisse sont complexes. En effet, ce pays comporte quatre régions culturelles et linguistiques et possède donc quatre langues nationales : l’allemand, le français, l’italien et le romanche. Deux religions y sont prépondérantes pour les registres paroissiaux. De plus, une vague d’émigration au XIXè siècle, assez importante, a envoyé les femmes dans les villes, devenues souvent des femmes de ménage.
La bourgeoisie, qu’est-ce que c’est ?
Chaque Suisse a un lieu d’origine (bourgeoisie) Il faut savoir que la clef de toute recherche généalogique en Suisse est le système de la commune d’origine. Sur le passeport helvétique, on ne mentionne pas le lieu de naissance, mais la commune d’origine. Chaque citoyen suisse est bourgeois d’au moins une commune, même s’il n’y a jamais mis les pieds, et l’indication de son lieu de bourgeoisie fait partie de son identité (droit du sang). La connaissance du lieu de bourgeoisie est indispensable pour la poursuite d’une recherche généalogique en Suisse.CGAEB Jura
Du coup, chaque commune tient un registre des familles (Familienregister). C’est dans ce document que tous les actes d’état civil sont concentrés. Heureusement, le lieu d’origine de notre famille était connu.
Après avoir résolu ce point, un autre problème apparaît : la traduction des actes paroissiaux. La langue latine est utilisée pour l’ensemble des registres jusqu’au XIXè siècle. Sans connaissance approfondie, il faut bien reconnaître que c’est inaccessible !
Néanmoins, on peut s’y essayer !
Les cantons
26 cantons
En Suisse, les archives des cantons ressemblent à nos archives départementales, en plus autonomes. 9 cantons sur 26 ont mis en ligne leurs archives. Le site CGAEB met en ligne les liens nécessaires. Heureusement pour notre famille, les archives de Berne sont dorénavant en ligne.
Particularités de l’état civil suisse
Couverture du recueil de Grossaffolte
Avant 1876, les registres paroissiaux tenus par les Églises catholiques et protestantes sont les seules à relever les actes civils des habitants. Les registres catholiques sont écrits en latin et ceux protestants, en dialecte du lieu. À partir de 1876, ce sont des officiers d’état civil qui s’en chargent.
Un exemple
Mais, la généalogie en Suisse n’est pas d’accès aussi aisée qu’en France. Lorsqu’elles sont accessibles, il faut obtenir un formulaire précis, le remettre à l’autorité de surveillance et attendre une disponibilité, etc. là où en France c’est totalement gratuit, en Suisse faire des recherches coûtent assez cher.
Longtemps la famille s’est interrogée sur l’enfant photographié à côté de Suzanne. Elle, elle est bien reconnaissable du haut de sa première année, avec ses pommettes bien joufflues !
L’autre enfant ne lui ressemble pas. Autant les yeux de Suzanne sont petits et en amande, autant ceux de ce garçon sont ronds et bien ouverts. De plus, une des oreilles semble décollée.
D’où vient-il ? Est-ce un cousin ou un enfant d’ami (e) ? Pourtant, cette photo, habituellement, se pratique pour une fratrie. Il ne pouvait s’agir d’André, décédé accidentellement le 5 septembre 1929. (voir Frieda D. amoureuse) à l’âge de deux ans.
Le mystère est resté entier, jusqu’au moment où une généalogiste (voir À la recherche de la famille) est venue confirmer ce que Frieda a toujours affirmé. Elle avait eu un second garçon en plus de sa fille, Suzanne !
Honoré André
Le 16 octobre 1930, Honoré André naît à l’hôpital Trousseau de sa mère Frieda, domestique, habitant au 16 boulevard Carnot. C’est une personne qui a assisté à l’accouchement qui fait la déclaration. Il porte le nom de sa mère, Dick.
Déjà, unan qu’André est décédé et tant de choses se sont passées pour Frieda. De son couple avec Jacob, il ne reste plus rien. Est-il parti, culpabilisé de s’être endormi et de n’avoir pas suffisamment protégé André ? Est-ce que c’est elle qui ne pouvait plus supporter la présence du père, maintenant que son enfant n’est plus ? Impossible de le savoir ! En tout cas, en 1931, Jacob est encore à Longlaville en Meurthe-et-Moselle, le recensement l’atteste. Alors que Frieda est déjà à Paris dès octobre 1929, date de sa nouvelle demande sur son passeport.
En tout cas, si Honoré André naît en octobre 1930, il a été conçu vers janvier 1930, soit quatre mois après le décès d’André.
Frieda est-elle déjà à Paris ? Que fait-elle ? Où est-elle hébergée, elle qui ne connaît personne dans cette ville ? Il est probable qu’après l’accident d’André, Frieda appelle à l’aide quelqu’un de confiance. A-t-elle repris contact avec sa mère, Elisabeth Dick, vivant en Suisse ? Peut-être ! En tout cas, si celle-ci lui a recommandé de revenir à Grossalffoltern, Frieda n’a pas voulu.
On peut imaginer qu’en arrivant à Paris, en octobre 1929, Frieda est désespérée d’avoir perdu son enfant, s’est séparée de sa petite Suzanne, ici ou à Nancy, également de son père. Elle cherche du travail. Elle semble avoir toujours été serveuse ou domestique.
Avec Honoré, se sont-ils connus dans le café où elle travaillait ou à la sortie de l’église comme le dit la rumeur familiale ? En tout cas, ils ont décidé de vivre ensemble, de reprendre la petite Suzanne, et peut-être… Mais, là, c’est une autre histoire !
Toujours est-il que quelqu’un lui avait suggéré de se trouver un homme sérieux qui saurait la protéger et l’aider à élever sa fille. Mais, où trouver un homme bien sous tout rapport ? À l’église, bien sûr ! Rien n’indique dans la famille si Frieda était catholique, mais elle a dû fréquenter un peu activement les services de l’église pour faire la connaissance de son futur mari.
Enfin, un foyer stable !
Honoré François Martin Gauchet a 40 ans en 1931. Il a enterré sa mère l’année précédente. Incorporé à 25 ans dans l’armée, il a demandé sa retraite en 1928. Il a déniché une place d’aide-comptable aux usines Renault de Billancourt. En tout cas lorsqu’Honoré André naît, il le reconnaîtra presque un mois après sa naissance.
On peut justement se demander pourquoi cet homme, qui aimait l’ordre et la règle, n’a pas lui-même enregistré la naissance d’Honoré André, comme n’importe quel père !
La recherche d’un homme bien effectuée par Frieda a enfin porté ses fruits ! En fréquentant assidûment l’église, elle, qui avait trouvé un emploi de domestique dans le quartier, a réussi à faire la connaissance de cet homme, bien sous tout rapport. Elle a 25 ans. Fringante et pas timide, l’approche a dû être longue, de dimanches en dimanches. On peut imaginer qu’il a fallu que Frieda apprivoise le vieux garçonpour le convaincre de prendre de femme.
Vers janvier 1930, Frieda a-t-elle fait une mauvaise rencontre ou s’est-elle laissée aller un peu en se laissant séduire par un bel homme. Là encore, impossible de le savoir ! En tout cas, elle se retrouve de nouveau enceinte. Elle ne songe pas à demander de l’aide à une faiseuse d’anges. Alors, il devient urgent de trouver quelqu’un. Il est probable que le rapprochement avec Honoré s’est effectuélorsque Frieda a su qu’elle était enceinte.
En tout cas Honoré André naît*. Il a porté le nom Dick pendant presque un mois comme André, le premier.
En 1931, le recensement indique qu’Honoré habite au 16 boulevard Carnot dans le 11ᵉ*, Frieda est « son amie », Suzanne est déclarée fille adoptive et Honoré André est bien nommé fils.
16 rue d’Artois – Paris 11è
Mais, de nouveau…
La joie familiale fut de courte durée. Le 25 mai 1932 à 20 h 30, Honoré André décède à l’hôpital Trousseau.
Que sait-il passer ? Comment Honoré André est mort ? Comment supporter la mort d’un second enfant, qui plus est presque encore un bébé ? Il aurait eu deux ans, six mois plus tard, l’âge du décès d’André. Cette douleur a dû faire une déflagration énorme et réveiller la souffrance du deuil d’André.
Possible que Frieda est vécue une période dépressive et qu’Honoré a été très présent pour Suzanne.
Pour en savoir plus…
Pour connaître les raisons de ce décès, direction les archives de l’AP-HP.
Elles se situent à l’hôpital Bicêtre, un vrai dédale sans bonne signalétique. Il faut arpenter, demander, mais comme personne ne connaît, on tourne et retourne autour, sans vraiment les trouver. Avec patience, on découvre un pavillon agréable.
En retrouvant le certificat de décès de l’hôpital Trousseau, on apprend qu’Honoré André est entré à l’hôpital le 14 avril 1932* pour un « broncho-eczéma ». Il y est décédé dans la soirée du 25 mai.
Utile pour les recherches généalogiques
Si un de vos ancêtres est personnel de santé (médecin, dentiste, infirmière, etc.) de 1922 à 1975, les Archives nationales conservent leurs dossiers sous les cotes 19810033/1-19810033/214
Le premier qui a croisé la famille Chauveau se fut Mathurin Juton lorsqu’il épousa la belle Marie Chauveau le 27 mai 1805* à Saint-Gédéon en Loire-Atlantique. Mais, avant déjà, la famille Chauveau s’était associée à la famille Juton avec Janne qui épousa Jean Juton le 8 mai 1759* à Oudon, tout près de Saint-Gédéon, donc en Loire-Atlantique.
Mais, Jean et Janne ont dû produire un certificat de non-consanguinité ici reproduit
« Le 25 août après la dispense de consanguinité du trois au quatre et de deux bans et d’une autre publication à Couffé auquel fut faite opposition par Jean Belorde, la dite opposition levée par de l officialité de Nantes signifiée..approuvent et a nous apparue par Thomas Juton portant permission de passer outre Jean Juton fils de Thomas et Julienne Jamet a épousé à Couffé Jeanne Rondeau fille de Mathurin et de feue Julienne Jouneau, en présence de Thomas et René Juton, Mathurin et René Rondeau «
Ainsi, la famille Chauveau et la famille Juton sont très liées. Le fameux Bridamour est certainement un cousin, peut-être à la mode de Bretagne, mais un cousin quand même !
Brindamour, quel surnom !
Il devait être très mignon pour avoir un tel sobriquet ! Et, surtout sur sa fiche militaire, il est désigné ainsi… On n’imagine pas la fiche du général de Gaulle où serait écrit « dit Grand Échalat » ! Car c’est par sa fiche militaire reçue aux archives des Invalides le 12 juin 1698 que j’ai fait la connaissance de Pierre.
Extrait de l’acte n° 010312
« Pierre Chauveau, dit Brindamour, agé de 50 ans, natif de Barbesieux [16028] en Xaintonge, Caporal du Sieur Chevalier de Bondeville Regiment de la marine, cy devant Feuquieres, ou il à Servi 20 ans dans la mesme Compagnie, portez par Son Certificat et auparavant dit avoir Servi 9 ans dans Saulx, est estropié des deux cuisses d’un coup de mousquet quil reçeut au Siege de Barcelonne [99134], marié à Paris [75056], pâtissier de Sa Vaccation, et est Catôlique
Le mousquet, l’arme des mousquetaires.
Seulement sa fiche ne comporte pas uniquement ses exploits…
L’indélicatesse de Brindamour
Car, malheureusement, un comportement répréhensible est noté sur sa fiche militaire
« Le 7 janvier 1699. Pierre Chauveau d. Brindamour a dezerté de cet hotel et à emporté la Clef de son armoire, avec les deux Garnitures de Linge de la Maison apres avoir aussi volé le Soir auparavant une Couverture de Son Lit quil avoit mis dans Son Sacq de Cuire et quil avoit caché dans le fumier devant l’Escurie de Monsieur Le Medecin n’ayant pas eu le tems de la faire passer par-dessus la Muraille ce quil avoit essayé de faire, et qui prouve cela, et que l’on à trouvé la Corde a moitié rompüe dont un bout paroissoit sur la Muraille et l’autre bout etoit attaché au Sacq dans lequel estoit la Couverture, Laquelle à esté trouvée dans le fumier par le Coché de Monsieur Le Medecin, ce qui a esté cause que ce Soldat a dezerté dans l’apprehension que le Sacq ne le fit decouvrir, de plus, on a trouvé aussi dans Son armoire un Rossignol servant à ouvrir les Serrures des Portes, ce qui confirme que ce Soldat est Un Insigne voleur »
Brindamour était un voleur ! De quoi casser complètement son image, à moins que brigand voleur, il en soit plus attirant !
Pour aller plus loin
Siège de Barcelone
La guerre des faucheurs qui affecte la grande Catalogne de 1640 à 1959, s’inclut directement dans l’opposition entre l’Espagne et la France qui se manifeste lors de la guerre de Trente ans. Cette dernière se termine par la cession du Roussillon et la moitié de la Cerdagne à la France.
Les recherches en Suisse sont complexes. En effet, ce pays comporte quatre régions culturelles et linguistiques et possède donc quatre langues nationales : l’allemand, le français, l’italien et le romanche. Deux religions y sont prépondérantes pour les registres paroissiaux. De plus, une vague d’émigration au XIXè siècle, assez importante, a envoyé les femmes dans les villes, devenues souvent des femmes de ménage.
Acte de naissance de Bendicht DGrossaffolten
Un guide disponible sur internet permet de trouver le lieu de la bourgeoisie de sa famille. Pour notre famille, le nom est très commun. Heureusement, nous savions d’où elle était originaire.
Acte de naissance d’Elisabeth Leiser
De plus, les données sont sous protection : pour les mariages, impossible d’y avoir accès après 1930 et pour les décès, après 1960.
L’ascendance de la famille
À chaque famille, son blason !
Trop nombreux les Dick à Grosseffolten pour que j’arrive à reconnaître les miens ! 🙂
Famille Dick
De nombreux pasteurs appartenaient à la famille au cours des siècles passés. Dans quelle mesure les armoiries, qui correspondent aux anciennes armoiries de la Hongrie, font référence aux liens connus entre le lycée de Berne et l’Église réformée de Transdanubie n’est pas claire. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la République de Berne a accordé des bourses à quatre étudiants en théologie trans-danubien (hongrois occidental) du lycée.Bibliothèque de la bourgeoisie
Seulement, la famille est originaire de Grossaffolten. Trop nombreux les Dick à Grosseffolten pour que j’arrive à reconnaître les miens !
Étymologie
Dick : Nom assez courant en Alsace-Lorraine. Dans la plupart des cas, il s’agit d’un sobriquet appliqué à une personne volumineuse (allemand dick = épais, gros). Parfois, cependant, on peut avoir affaire à un toponyme désignant un lieu où la végétation est épaisse, un fourré (Bahlow, Deutsches Namenlexikon). À envisager aussi une forme courte de Dietrich.
Pour être complet, il reste à préciser que Elisbeth Dick, mère de Frieda, était fille unique.
Pour le grand-père de Frieda, Bendict, il appartenait à une fratrie de 9 (avec 4 filles dont certaines se sont mariées. Par contre, un seul de ses frères semble s’être marié).
Du côté de la grand-mère de Frieda, Elisabeth Leiser, 2 sœurs et 4 frères, avec trois des enfants décédés jeunes. Elisabeth était la benjamine.
Cette chronique doit beaucoup aux travaux de Savoie Actes Généalogie. Remerciements sincères à Blandine Coutaz-Repland pour son travail de recherche au sein de l’Office de l’état civil du Seeland à Berne. C’est à partir de la consultation des registres d’état civil et des registres des familles de Grossalffoltern que les transcriptions ont été possibles, car les photos sont interdites.
Autant dire que cette partie de la vie de Frieda était parfaitement inconnue de ses descendants. Car, elle n’a jamais parlé de ce temps où elle vivait en Suisse. Jamais on ne l’a entendue regretter ses montagnes, son village ou même le chocolat. Je ne sais même plus si elle aimait le fromage !
Frieda conservait une façon particulière de parler mais sans que cela choque vraiment. On imaginait un patois ou un accent un peu « rural », mais pas l’accent traînant suisse. En fait, elle était de cette partie du Jura très proche de la France.
D’ailleurs, elle parlait rarement du passé. Les rares fois où elle s’est laissé aller à des confidences, elle le faisait de cette voix sans émotion. Pas de pleurs, elles étaient sèches depuis trop longtemps. Pas de compassion, personne n’avait dû en avoir au moment où elle en avait eu le plus besoin. Et surtout pas question de baisser les bras ! Ça c’est sûr. Si elle se l’était autorisée, elle n’aurait pas fait le chemin qu’elle a parcouru.
Alors revenons à ce petit village de Boécourt
Comme le dit Wikipédia, à Boécourt (ancien nom allemand : Bietsingen), on parle Français mais aussi allemand. La famille de Frieda n’est pas du tout originaire de ce petit village qui comptait en 1920, 640 habitants. (Chroniques jurassiennes). Originaire de Grossaffolten, ce petit bourg est surnommé le village aux cigognes où le plus ancien producteur suisse de produits agricoles s’est converti vers 1929 en une usine de fertilisants prospère. Situé à plus de 70 km de Boécourt, le bourg de Grossaffolten compte à peu près 3000 habitants à 15 km de la capitale du canton Berne.
Chercher du travail
Sa mère, Elisabeth, est née à Gossalffolten le 21 décembre 1879*. Son père, Bendicht, est ouvrier agricole. Il s’est marié le 30 août 1873 à La Neueville (CH- Be) avec une fille du pays, Elisabeth Leiser, originaire du même village.
Les vieilles forges Bassecourt
Le 10 juillet 1903, Elisabeth, la mère de Frieda, décide d’offrir ses services à Boécourt, beaucoup plus petit que son bourg natal. Ici tout le monde se connaît et la venue d’une « étrangère » est rare depuis la fermeture du site minier et sidérurgique au 19è siècle. La balade de Seprais, véritable musée d’art contemporain en plein air, n’est pas encore installée (1993).
Puits de mine à Boécourt (Combe rière Savre)
Par contre, comme le village est l’une des plus anciennes paroisses du Jura, les quatre entrées de Boécourt possèdent une croix du Jura pour accueillir les promeneurs.
Une des croix du Jura à l’entrée de Boécourt
Peu de temps avant son arrivée de violents orages avaient éclaté dans la région (3 juillet 1903), mais maintenant le soleil est là et une nouvelle vie commence pour Elisabeth. Elle a 23 ans et son avenir semble s’ouvrir devant elle.
Lorsqu’Elisabeth est repartie de Boécourt, le 11 mars 1906, pour se réinstaller à Gossaffolten, elle n’était pas seule. Un bébé l’accompagnait. Frieda avait un peu moins de six mois. Dans quel état était-elle, obligée de revenir chez ses parents, avec en plus ce petit être qui portait l’infamie d’une naissance sans père ?
Cimetière de Boécourt
À 23 ans, même en 1903, on sait qu’il faut faire attention ! Elisabeth a dû croire aux paroles et aux câlineries du père de Frieda. Et, puis la réalité l’a rattrapée. En tout cas, moins de 3 ans plus tard, elle rentre chez son père et sa mère, accompagnée !
Encore Boécourt
Étang du lavoir – Séprais
Cinq plus tard, Elisabeth revient à Boécourt. Quand, précisément ? On ne le sait pas ! En tout cas, une seconde fille naît le 6 avril 1910*. Elle se prénomme Marthe. Frieda n’a pas encore cinq ans. Ont-elles le même père ou un père différent ? Impossible de le savoir, à moins d’avoir recueilli les confidences d’Elisabeth.
À Boécourt, Marthe se marie le 31 janvier 1936* à 26 ans avec Paul Jule Montavon, originaire du lieu du même nom, proche de quelques kilomètres de Boécourt. Elle aura 8 enfants (3 filles et 4 garçons), 10 petits-enfants et de nombreux arrière-petits-enfants. Elle décède à Délemont, à quelques kilomètres de Boécourt, le 16 mars 1997, quelques années plus tard que Frieda
Montavon est une petite et charmante localité, qui appartenait en propre au Prince-Evêque et qui fut rattachée après la Révolution à la commune de Boécourt.
La vie continue …
Bern Kantonales Frauenspital
Elisabeth, la grand-mère de Frieda, décède le 13 avril 1917*. Cela ne s’est pas passé à Gossalffolten. Était-elle décédée à Boécourt. Peut-être ? Peut-être pas ? Car sa fille, la mère de Frieda, accouche quelques jours plus tard d’un petit garçon, Ernst, le 4 mai 1917* à Berne au Frauenspital (Hôpital des femmes, Centre obstétrique).
Certainement, une période difficile pour la mère de Frieda avec la joie et la tristesse à la fois. Seulement, ce fils n’a toujours pas de père déclaré. Est-ce le même que pour les filles ? Est-il différent ? Évidemment, impossible de le savoir ! Frieda a alors 12 ans et est certainement en capacité de soulager sa mère. Est-ce que le père d’Elisabeth vit avec elle ? Ou est-il resté à Grossaffolten ? On n’en sait rien.
Un autre garçon, Christian, naît le 4 novembre 1919* toujours à Berne au Frauenspital (Hôpital des femmes, Centre obstétrique). Sûre, Elisabeth vit à côté. A la naissance de son second frère, Frieda a 14 ans et devient jeune fille.
Deux ans plus tard, Bendict, le père d’Elisabeth, le grand père de Friedac, décède le 10 novembre 1921* à Grossaffolten.
La « maternité et hôpital des femmes » cantonal ont été ouverts en 1876 et étaient à l’origine principalement destinés aux femmes pauvres. Rattachée à la clinique se trouvait l’école des sages-femmes, qui existait depuis 1781, et un institut de formation pour les « accoucheuses ». En 1892, l’institution a été rebaptisée Frauenspital. Puisqu’au tournant du siècle prévalait l’idée que l’accouchement à l’hôpital réduisait le risque pour la mère et l’enfant, des extensions importantes sont devenues nécessaires dans le premier quart du XXe siècle. Burgerbibliothek Bern
Cette chronique doit beaucoup aux travaux de Savoie Actes Généalogie. Remerciements sincères à Blandine Coutaz-Repland pour son travail de recherche au sein de l’Office de l’état civil du Seeland à Berne. C’est à partir de la consultation des registres d’état civil et des registres des familles de Grossalffoltern que les transcriptions ont été possibles, car les photos sont interdites.
On ne répétera jamais assez que la généalogie c’est aussi de l’entraide. À la fois pour les différentes indexations selon des projets précis que des bénévoles font en France et dans le monde mais aussi à partir des recherches personnelles partagées sur nos sites pour permettre à chacun d’avance plus rapidement. Je remercie beaucoup Johnny de Géanet. Il se reconnaîtra !
Honoré François Martin Gauchet est né le 10 novembre 1891*. Ses parents, Aubert et Victoire, sont cultivateurs domestiques au village des Parchet, rattaché à la commune de Servon dans la Manche.
Cadastre napoléonien
C’est à deux pas du Mont-Saint-Michel et actuellement, il n’y a plus que 208 habitants, comptés en 2020 ! Lorsqu’Honoré est né, ils étaient beaucoup plus nombreux : 508 :).
L’église fut donnée à l’abbaye du Mont-Saint-Michel, en 1239. Mais, sur la carte postale, le Grand manoir est mis en avant ! Depuis peu aux monuments historiques, cette maison accueillait les prêtres réfractaires et même les nobles après la Révolution.
Sa fratrie
Pour en revenir à la famille d’Honoré, il avait deux sœurs:
Marie Victoire Pauline, née un an plus tard, soit le 8 décembre 1892* toujours à Servon. Elle est décédée à l’âge de 79 ans, pas trop loin, à Avranches, le 9 février 1972*. Elle se serait mariée deux fois, sans que je n’aie retrouvé encore les actes officiels.
Victorine Agathe Honorine Eugénie, née le 5 février 1895*, toujours à Servon. Elle est décédée au Kremlin Bicêtre dans le Val de Marne le 17 octobre 1978*. Elle s’est mariée avec François Rimbert. Pour l’instant, aucun acte officiel retrouvé. Victorine était témoin au mariage d’Honoré et de Frieda en 1933.
François Engène Auguste Rimbert est né à Lotif dans la Manche le 8 novembre 1896. Il fut fait Officier de la Légion d’Honneur. Il décéda au Kremlin Bicêtre le 10 novembre 1975. Au moment de sa mort, il habitait à Bourg- La-Reine au 46 avenue Hoffmann. Il était receveur buraliste à Almenèches (Orne). Après ses blessures de guerre (plusieurs trépanations), il est irritable et excentrique. (Dossier Légion d’honneur)
Le père d’Honoré, Aubert Honoré, est né à Macey dans la Manche. Il est baptisé le 20 mai 1864. Il se marie avec Victoire Lesenechal le 20 octobre 1890 à Servon. Il est déclaré cultivateur domestique à Céaux à 5 km de Servon. A noter que sur l’acte de baptême, c’est bien Aubert Honoré qui est noté et non Honoré Aubert !
Je n’ai pas encore retrouvé l’acte de décès du père d’Honoré. Sa mère est décédée à Céaux, le 2 décembre 1930.
Est-ce que Frida l’a connue ou était-elle déjà morte lorsqu’elle a rencontré Honoré ? Si on laissait aller l’imagination, on pourrait penser qu’en fréquentant, un même lieu qu’Honoré, est-ce l’église ou est-ce ailleurs, Frida aurait compris la tristesse d’Honoré et l’aurait consolé. Mais, ce n’est que de la fiction !
En tout cas, un article du journal d’Avrancche du 24 septembre 1910 m’a alertée:
En sachant qu’Honoré fut incorporé comme jeune soldat au 1er régiment d’Infanterie coloniale à compter du 9 octobre 1913, on peut imaginer qu’un événement l’a incité à louer la ferme familiale.
Est-ce le décès de son père ?
Insigne du Régiment Infanterie Coloniale
Carrière militaire
Pourquoi Honoré s’est retrouvé dans La Coloniale ? La volonté de faire carrière, peut-être, et/ou celle de changer de conditions, de voir du pays…difficile de le savoir précisément.
Mais, l’ancien nom de ce régiment était le régiment de la Manche basé dès 1900 à Cherbourg. (Wikimanche) . Cela explique le choix de son arme.
Uniforme du Régiment d’Infanterie Coloniale
Fringuant, Honoré devait l’être. Lui qui quelques années plus tard, sera bedonnant mais posant son bras replié à l’arrière avec son pantalon clair, ses bretelles et chemise blanche, droit, derrière « ses » femmes, sur une plage alors qu’elles, sa femme et sa fille, sont en maillots de bain !
Il a 37 ans, a vécu une vie de caserne et de guerre sans femme et enfants déclarés. Il a connu les atrocités de la guerre de 14, les missions de police au Liban, l’étouffement de la rébellion marocaine dans la guerre du RIF. Il a voyagé à travers le monde et s’est fait des amitiés indéfectibles. Comment envisage-t-il son retour à la vie civile. Certes, il doit aussi être fatigué de vivre une vie de troupe mais, il n’a connu que ça. Pris en charge du matin au soir, est-il capable de revenir à une vie de rituel, de respect des convenances bourgeoises, de rentrer dans le rang de ne plus ressentir l’adrénaline de la peur et devenir un mari et un père attentionné, sans problème !
En juillet 1929, Honoré obtient sa pension.
De retour à la vie civile, Honoré trouve l’emploi d’aide comptable aux usines Renault de Billancourt. Il sera fier d’obtenir la médaille d’honneur du travail en argent pour trente années d’emploi.
En tout cas, Honoré est un homme aimant l’ordre, respectant les règles avec une autorité qui, au fil des années, est devenue naturelle. Habitué à commander et à faire appliquer les ordres des autres, il sait se faire respecter. De plus, toute la famille reconnaît sa gentillesse.
Direction Paris
Mais, Honoré avait du charme. Imaginons-le dans son costume sombre avec toutes ses médailles, lorsqu’il s’apprêtait à partir pour une commémoration, un dîner d’anciens, etc…Quelle allure !
Mais n’oublions pas qu’il avait roulé sa bosse ! Il avait dû en rencontrer des femmes qui s’étaient épanchées sur son épaule, qui avaient tenté de l’accrocher. Il avait dû en fréquenter, de celles qui ne font pas de manière. Mais, il était soucieux de respectabilité. Pas question de se laisser alpaguer par la première venue. Mais, c’est Frieda qui y est arrivée.
Celui que Suzanne considérait comme son père décède !
Ce 11 juillet 1960*, les températures sur Paris étaient assez fraîches pour la saison. De plus, un vent fort sévissait sur la France. Mais, dans la famille, on ne s’en souvient plus ! Car, à 5 heures, Honoré est décédé dans son appartement au 55 rue Claude Terrasse. C’est Claude Chichou, 39 ans, employé, qui vient faire la déclaration le lendemain. À noter, que sur l’acte de décès, Dik s’écrit encore en supprimant le « c » !
Honoré est enterré au cimetière intercommunal de Pantin le 13 juillet.
Cette chronique reprend les feuillets trouvés dans les affaires de famille, rendant compte des états de service d’Honoré qu’il avait constitué pour faire valoir ses droits de pension.
Daniel Elysée naît le 16 janvier 1884*, au même endroit que ses autres sœurs, c’est-à-dire à Désaignes. Il est le 3ème de la famille formée par Frédérick Juston, âgé de 26 ans, cultivateur, aux Guyons dans la commune de Désaignes et de Mariette Eulalie dite aussi Lalie Desjammes, âgée de 23 ans, ménagère. Il y aura 6 enfants dans la famille dont ma grand-mère, Eulalie Elisa.
Daniel Elysée
Son second prénom est Élisée qui lui vient de son oncle, employé de banque, qui sera témoin à son mariage. Et, il donnera son prénom à mon père. Ainsi va la filiation chez les J !
Le régiment Royal devient le 23e régiment d’infanterie de ligne ci-devant Royal.
Son service militaire se déroule en seconde classe du 14 novembre 1895 au 17 septembre 1898 au 23ème régiment d’Infanterie basé à Privas. Par contre, pendant la première guerre mondiale, il est considéré « comme appelé sous les drapeaux mais maintenu dans son emploi du temps de paix au titre des sections de chemin de fer de campagne du 2 août 1914 au 5 février 1919 ».
Il se mariera avec Clémentine Pons à Lamastre le 9 mars 1900* au Fiol. Une petite fille naîtra un an plus tard : Magdeleine Adilie le 12 novembre1901 à Valence.
Car, Daniel Elysée est employé de La Compagnie des chemins de fer Paris Lyon Méditerranée-PLM. Sa fiche aux Archives nationales du Monde du Travail (ANMT) renseigne sur ses différentes affectations.
Sa carrière de cheminot
Au départ, Daniel Elysée est connu comme cultivateur chez ses parents à Lamastre. Le développement industriel transforme les emplois. Il rentre dans l’entreprise des Chemins de fer le 1er avril 1901 comme journalier à 3,30 par jour. Au 1er juin 1903, il devient Poseur à 90 francs par mois. Son salaire, dont on suit la progression, augmente jusqu’au 1er janvier 1928 et atteint 475 F. /Mois augmenté d’un complément pour pose qui atteint 427, 50. Car, depuis 1919, Daniel Elysée est chef cantonnier.
Au 1er février 1929, il est mis à sa retraite à sa demande. Sa pension est de 5617 F. Qui se décomposent ainsi :
Pension 4680 F.
Bonification de 937 F.
Une feuille latérale détaille les punitions et gratifications attribuées au cours de sa carrière.
Cet homme était consciencieux et impliqué dans son travail. Ses états de service démontrent qu’il était un professionnel responsable !
Clémentine est garde-barrière
Garde-barrière est devenu une profession à part entière après la loi du 15 juillet 1845 instituant la nécessité de sécurité au croisement du rail et des routes. Mais l’amplitude horaire du travail, les conditions d’habitat plus que précaires, aucune vacance, en faisaient un emploi réservé aux femmes lorsqu’il était rémunéré ! En 1996, la loi imposera un personnel permanent dans une baraque attenante pour l’entretien aussi.
« A partir de 1910, et après un mouvement de grève conséquent, les gardes-barrières sont gratifiées d’une indemnité mensuelle de 10 à 75 francs, selon leur classe, selon si elles sont mariées, veuves, divorcées ou célibataires avec ou non des enfants à charge. » Le travail des femmes autrefois Roger Colombier
Clémentine est entrée au 1er janvier 1905 dans l’entreprise. Sa fiche de travail témoigne de son parcours sur la ligne Paris -Antibes. En 1925, elle est mise en disponibilité en raison de la mutation de son mari. Sa mise à la retraite est effective en 1929.
Ses domiciles
En 1902*, au moment de la naissance de leur fille Magdeleine Adilie, ils habitent à Valence, précisément à la Maison Roux, 67 rue de l’Ecole normale.
En 1911*, on retrouve le couple et leur fille à Saint-Rambert-d’Albon dans la Drome.
A la retraite, en 1936*, ils sont avenue de la République à Granges-les-Valence au numéro 44 sur la rive droite de Valence.
Vers 1953, Daniel décède à Guilherand-Granges en Ardèche.
A ce jour, je n’ai pas encore trouvé la date et le lieu de décès de Clémentine.
Comme l’indique son acte de naissance, Robert est né le 9 décembre 1924* au 11 rue Le Brun dans le 11ᵉ arrondissement à 7 h du matin. C’est la sage-femme qui fait la déclaration. Berthe reconnaîtra l’enfant le 20 janvier 1925 à la mairie de son domicile, le quatorzième arrondissement, soit plus d’un mois et demi plus tard.
A-t-elle su dès la grossesse qu’elle serait seule à élever cet enfant ? Est-ce qu’elle l’a découvert au moment de la naissance ? La rencontre du père et l’enfant n’auront, en tout cas, pas fait fléchir l’homme dans sa volonté de ne pas assumer sa paternité ! Et, l’histoire familiale retiendra une jeune femme libre et indépendante qui choisit d’en assumer seule la responsabilité.
Mais le hasard revient frapper à la porte des vies.
En effet, Berthe habite au 18 rue Couédic à Paris 75014. Son arrière-petit-fils habitera, des années plus tard, la rue d’à côté, rue Remi Dumoncel dans ce quartier du Petit Montrouge.
Néanmoins, au recensement de 1926, ils ne sont plus à la même adresse, ni en 1931.
L’histoire familiale a retenu que Berthe était culottière chez Balenciaga, qui avait son siège à Paris. Des recherches sont en cours aux Archives nationales du monde du travail à Roubaix.
Couturier de la famille royale espagnole, Balenciaga s’installe à Paris à la fin des années 1930 où il s’impose comme le « couturier des couturiers » de la mode parisienne. Il s’installe à Paris en 1937 où il ouvre sa nouvelle maison de couture au 10 avenue George V. Wikipédia
Si la maison parisienne de Balenciaga ouvre en 1937, où travaillait Berthe à la naissance de Robert ?
Est-ce que l’enfant l’a obligée à revenir en Loire-Atlantique ? En tout cas, à Nantes, elle pouvait compter sur sa mère, et surtout ses deux sœurs, Germaine et Marie.
Marie s’est mariée le 12 mai 1922* à Chantonay-sur-Loire. Elle est majeure et habite certainement encore chez ses parents au 22 rue Amiral du Chauffault. Son mari Léon Ferdinand Eriau est quatre ans plus âgé qu’elle. Lui aussi vit dans la même commune. Leur fille Liliane Jeanne Louise Fernande naît six mois plus tôt, le 4 juillet 1924. Sûr que les deux sœurs ont dû se sentir proches de partager cette aventure !