Camp de Drancy

À la faveur de recherches pour comprendre comment les services de police fonctionnaient pour les rafles de la Seconde Guerre mondiale, les archives de la préfecture de police m’ont envoyé deux documents que j’ai anonymisés.

3ᵉ section des Renseignements généraux


La Direction des Renseignements généraux de la Préfecture de Police (DRG) – ainsi baptisée en 1913 – comptait à la veille de la Seconde Guerre mondiale un millier de policiers répartis en 5 « sections » affectées à la surveillance de milieux précis :

1ère section pour l’extrême gauche,

2ᵉ section les milieux de droite,

3ᵉ section les étrangers se livrant à des activités politiques.

La 4e section, chargée du contrôle et de la répression des étrangers en infraction aux lois et décrets régissant leur séjour en France, hérita des effectifs de la 5e section chargée du contre-espionnage et dissoute à l’arrivée des Allemands.

Extrait de Renseignements généraux de la préfecture de police (RG-PP) Jean-Marc Berlière

Cette section était donc en charge des étrangers. La liste des étrangers est précise et comporte l’adresse de la personne et à quel commissariat s’adressait pour surveiller, arrêter, etc. la personne.

Aux termes du traité d’armistice signé le 22 juin 1940, dans les régions de la France occupée, le Reich exerçait tous les pouvoirs. Et sur instruction du gouvernement de Vichy, l’ensemble des services administratifs français devaient collaborer avec les autorités militaires allemandes.

Après une épuration sévère, Pétain ordonne à Bousquet de réorganiser la police. Le Préfet avait sous ses ordres toutes les polices municipales des arrondissements, comme le montrent les documents.

Bousquet passe un accord avec les nazis : la police va disposer d’une certaine autonomie, à condition de rendre des comptes aux autorités allemandes.

Il crée le fichier sur le recensement des Juifs (fichier Tulard, du nom de son créateur, l’inspecteur André Tulard), l’institution du port de l’étoile jaune et de nombreuses rafles, dont celle du Vel d’Hiv, la plus grande arrestation massive de Juifs en France durant la Seconde Guerre mondiale (16-17 juillet 1942).

On peut imaginer que les documents reproduits ici proviennent de ce fameux fichier Tulard.

Le reçu

L’autre document envoyé par les Archives de la Préfecture de Police concerne un reçu avec la mention suivante : D 3 souches des Reçus du Camp d’internement de Drancy. Il est établi peu de temps après la Rafle du Vel d’Hiv, lors de celle des étrangers juifs de septembre 42.

genealogiefiliation.com

Ne comprenant pas ce que signifiait cette somme, je me suis adressée à une archiviste du Mémorial de la Shoah à Paris.

« En septembre 1942, c’est encore la Préfecture de Police qui gère la comptabilité du camp de Drancy. Au moment de leur internement, les personnes n’avaient pas le droit d’avoir plus de 50 francs sur elles. Ils devaient déposer le reste à la caisse du camp. Les internés pouvaient demander que la somme supplémentaire aux 50 francs soit renvoyés à leur famille.

Ici, ce ne fut pas le cas. La personne confia son argent ! Peut-être avait-elle pensé que tout s’acheter, peut-être la liberté aussi ! C’était sans compter sur l’ambiance de l’époque.


📜Source :

Archives de la Préfecture de Police – 25/27 rue Baudin – 93310 Le Pré-Saint-Gervais

Mémorial de la Shoah 17 rue Geoffroy l’Asnier, 75004 Paris

Famille saloniquiste

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