La vie de Léon à Paris de 1912 à 1925

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Séfarades du levant – OFPRA

Ou l’intégration par le travail

🕎À Salonique

L’identité grecque ne fut pas reconnue aux juifs séfarades de Salonique. Comme le souligne, dans son essai Juifs de Grèce (XIXe-XXe siècle), Katherine E. Fleming, « la grécité moderne était, à cette date, exclusivement accordée à la seule religion chrétienne orthodoxe. »

Par conséquent, « les juifs séfarades, arrivés dans l’Empire ottoman après leur expulsion de la péninsule Ibérique, s’étaient installés surtout à Salonique. Ayant conservé leur espagnol – le judéo-espagnol ou ladino – comme langue parlée et écrite, ils avaient développé un sentiment d’identité lié à une culture sépharade spécifique et au caractère particulier de Salonique. » Voir Katherine E. Fleming

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L’arrivée des troupes grecques à Salonique –
26 octobre 1912

L’armée grecque entre à Salonique, comme plus tôt, dans d’autres endroits, en 1912. L’Europe reconnait Salonique appartenant à la Grèce en 1913 par le traité de Londres

Aux arrivées des troupes grecques à Salonique, Léon choisit l’immigration à Paris. Il arrive vers le 24 décembre 1911. Il a 28 ans. Avant, un article dans le Guide SAM le décrivait comme journaliste dans Le Journal de Salonique.

Célibataire, à son arrivée, il se dit alors commissaire en marchandises, principalement de luxe et de parfumerie, et vit avec sa future femme, qui a 23 ans.

L’incendie de la ville de Salonique en 1917 n’a fait qu’aggraver la situation de la communauté juive, car ils en seront les principales victimes.

Vers 1920, le gouvernement grec impose le repos dominical, une redistribution des droits fonciers, une conscription obligatoire et l’obligation de fréquenter, pour tous les enfants, l’école publique grecque. De plus, l’antisémitisme est croissant. Du petit paradis juif, Salonique devient une ville beaucoup moins fréquentable.

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En France

En 1914, en France, c’est le basculement ! Les Ottomans résidant en France passent du statut d’étrangers « exotiques » à celui de « ressortissants de puissances ennemies« , voir Michel Garin. Beaucoup seront emprisonnés. D’autres, comme Léon, devront, dès qu’ils souhaiteront quitter la capitale, demander un sauf-conduit.

Le fichier de 1917 (se rendre à Lyon, et Ambert et Clermont-Ferrand en raison d’activités commerciales) et celui de 1918 (assister à l’enterrement de son père à Salonique) prouvent que, même s’il doit demander une autorisation pour quitter Paris, Léon n’est pas suspecté. Et le refus notifié, pour Ambert et Clermont-Ferrand, semble plus être motivé par une systématisation plutôt qu’une suspicion.

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Néanmoins, ses activités ont été freinées par ces demandes incessantes. En négoce, de chaussettes et bas de luxe ou de parfum, ne pas pouvoir se rendre en province, comme Lyon et ses alentours, doit fortement handicaper son entreprise. Elle fut certainement une entreprise familiale qui permet à des membres de confiance d’assurer les différentes étapes du négoce

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Publicité dans le Guide SAM – 1926

Dans la même période, Léon s’engage auprès de la femme avec qui il vit déjà, à 35 ans. Son mariage est célébré le 3 octobre 1918 à la mairie du 10ᵉ. Il divorcera deux ans plus tard,  presque au jour près. Le tribunal signalela fin de la procédure en 1932 aux torts du mari. Des recherches sont en cours pour récupérer le dossier.

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🕍Les Séfarades à Paris

La communauté séfarade se regroupe à Paris, comme dans d’autres capitales européennes. Deux facteurs favorisent l’intégration de Léon en France:
– son intégration professionnelle avec son activité commerciale,
– son intégration sociale avec son mariage, avec une Belge, et sa langue française impeccable.
De plus, il rejoint la communauté des indépendants juifs grecs de Paris qui se sont installés majoritairement dans les arrondissements du 9ᵉ, 2e et du 10e.

Ainsi, il vit dès 1918 au 55 rue des Petites Écuries 10e, en plein cœur du quartier séfarade des juifs grecs.

✡️La communauté séfarade des commerçants

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Guide Sam – 1926

Sur la période 1920 à 1936, ils sont nombreux à commercialiser des tissus, de la bonneterie et de la confection. Plus de cent immatriculations durant cette période. Les commerçants en bonneterie et tissus sont implantés, nous rappelle Michel Garin, principalement dans un pôle centré dans le quartier Bonne Nouvelle. 

Le quartier Bonne Nouvelle est traditionnellement lié au commerce de gros et aux métiers du textile (le Sentier est juste à côté). Contrairement aux Juifs ashkénazes installés plus à l’est dans le Marais (le Pletzl), les Séfarades s’installent volontiers vers les Grands Boulevards. Ils parlent souvent le judéo-espagnol ou le français, ce qui facilite leur intégration commerciale. C’est tout à fait le cas de Léon.

C’est l‘âge d’or du prêt-à-porter naissant. On y vend des tissus, des dentelles et des accessoires de mode. La fabrication et la vente de bas, de chaussettes et de tricots sont en pleine explosion.

Rapidement, les jarretelles sont adoptées par les femmes et cousues aux corsets et autres guêpières pour supporter les bas de soie. Dans les années 1920, les bas féminins sont tissés en rayonne, qu’on appelle aussi viscose, une matière opaque et chaude qui est une copie grossière de la soie mais bien meilleur marché. Léon devait vendre des bas en soie.

Jusqu’aux années 1930, la fabrication d’une paire de bas est longue, les métiers à tisser « à plat », inventés par un Anglais, ne permettent que la fabrication d’un unique bas diminué et proportionné (technique dite Fully Fashioned en anglais), bas qui doit ensuite être cousu à la main. En France dans les années 1930, la production de bas de soie, qui est alors concentrée dans les Cévennes, s’équipe de métiers à tisser plus performants. La coûteuse soie naturelle servant à fabriquer les bas est peu à peu remplacée par la soie artificielle, la rayonne (à base de viscose), matière grossière, chaude, froissable, et opaque fabriquée à partir des fibres de cellulose des arbres. Wikipédia

Et, le quartier sert de plaque tournante pour distribuer des marchandises dans toute la France.

Vivre et travailler à Bonne-Nouvelle, à cette époque, c’est être au cœur de la modernité parisienne. Le Grand Rex ne sera construit qu’en 1932, mais les cinémas comme le Gaumont-Palace sont déjà là et les théâtres créent un flux constant de clients potentiels. Et, ils sont nombreux dans le quartier : Théâtre Antoine, Théâtre du Gymnase, Palais des Glaces, la Porte-Saint-Martin, etc.

Les commerçants se retrouvaient dans les cafés du quartier pour conclure des affaires en ladino (judéo-espagnol), la langue véhiculaire du textile dans ce secteur à l’époque. Léon fréquente sans doute les cafés de la porte Saint-Denis ou de la porte Saint-Martin pour conclure ses affaires de gré à gré, une pratique courante dans le milieu du textile.

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Synagogue Berith Chalom

Le centre spirituel pour cette communauté est souvent la synagogue de la rue Buffault (9ᵉ arrondissement), Berith Chalom, toute proche, qui est le haut lieu du rite séfarade à Paris. D’autres petits oratoires, fréquemment situés dans des appartements ou des arrière-boutiques, se trouvaient à proximité immédiate de ce quartier.

De 1920 à 1923, la France est en pleine reconstruction économique. La demande en vêtements neufs est conséquente après les privations de la guerre. À partir de 1924 jusqu’en 1926, la période économique est plutôt stable avant les crises monétaires du milieu de la décennie.

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Publicité pour des bas en 1920

Dans son dossier de 1917, Léon est noté comme gagnant 24 000 F, soit une somme conséquente.
Bien qu’au 55 rue des Petites Écuries, il y ait, au rez-de-chaussée, l’espace d’une ancienne boutique, dans aucun dossier, il n’est fait état qu’il possédait ce local commercial au 55.

Tous les rapports notent un appartement avec un loyer de 480 F rue de Turenne, (appartement petit dans un quartier populaire) en 1917 et un loyer de 1500 F au 55 rue des Petites Écuries (appartement avec 3 ou 4 pièces dans un quartier démontrant son aisance professionnelle). En 1935, son loyer est de 4 400 F. Augmentation justifiée par l’inflation ou surface plus conséquente, impossible de le justifier ! Cet appartement servait d’adresse commerciale comme le montre sa carte de visite professionnelle. Il est à noter que Léon a su, en peu de temps, faire fructifier son affaire.

En 1927, Léon achète une entreprise au 94 bd des Batignolles. Mais, il n’est pas encore temps d’en parler !

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Le Courrier : anciennement Guide du commerce – 22 mars 1927 –

🌐D’où lui viennent ces importations ?

En 1905, un article du journal de Salonique nous indique la profession du père de Léon : « négociant en manufacture ».

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Le Journal de Salonique est un journal bihebdomadaire publié de 1895 à 1911 à Salonique, en Grèce ottomane. Il s’agit du plus ancien journal français publié dans la ville. Wikipédia

Salonique était un port majeur de l’Empire ottoman, très cosmopolite, avec des communautés grecques, juives séfarades, turques, bulgares, etc. L’économie de la ville dépendait fortement du commerce international et du transit de marchandises entre l’Europe, l’Empire ottoman et les Balkans.

Être négociant en produits facturés signifie qu’il est au cœur d’un commerce de gros de produits fabriqués. On peut facilement imaginer qu’il s’agit certainement de vêtements, de tissus ou de parfums. Cette hypothèse peut expliquer pourquoi en arrivant à Paris, Léon se lance dans le négoce de tissus et de parfums. S’apercevant du potentiel de la vente des bas de soie, il se spécialise. Et, cela lui réussit !

🧭 En généalogie-Source

Archives Nationales de Pierrefitte

2. Les Arméniens, les Grecs et les Juifs originaires de Grèce et de Turquie, à Paris de 1920 à 1936 – Michel Garin ici

3. Katherine E. Fleming – Juifs de Grèce – 2011

4. Le Journal de SaloniqueWikipédia – Numéros archivés sur Gallica.fr

5. L’œil sur l’écran : la fille de l’eau

💡 Conseil généalogique :

Famille saloniquiste

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