Présence polonaise – Nord et Est – France

Lors de ma visite aux Archives Nationales, je me suis penchée sur le fond de la Sureté nationale qui renseignait sur la communauté polonais dans ces deux régions.

Le canton de Briey est situé dans le département de Meurthe-et-Moselle, plus au sud que celui de Longwy- Longlaville. Ici, il s’agit de surveiller activement un journal polonais pourtant tiré à très peu d’exemplaires.

Il s’agissait aussi de surveiller si la propagande communiste n’augmentait pas.

Évidemment, les polonais qui se déclarent communistes, font l’objet d’une surveillance renforcée et même ils sont ici nommément identifiés.

L’expulsion des polonais

Ils sont venus en masse à partir de la signature de la Convention entre la France et la Pologne en 1919 (Voir Immigration économique polonaise). Mais deux points vont infléchir ce mouvement:

  • En mai 1926, le maréchal Piƚsudski revient au pouvoir, inaugurant l’ère de la « Sanacja » ( « l’assainissement moral »). Au nombre des réformes à accomplir, figure le resserrement des liens entre la mère-patrie et ses fils à l’étranger : lente mutation destinée à s’accélérer après 1930, elle s’ébauche aussitôt.

« Simultanément, les Polonais de France affrontent une première crise économique. Eux qui aspirent à retourner dans leur pays lorsqu’ils pourront y trouver à coup sûr un travail salarié ou lorsque leurs économies leur permettront de s’établir à leur compte, redoutent d’y être contraints sans cela. Or, pendant la crise de 1926-1927, ils essuient reproches et menaces de rapatriement. Les immigrés s’accrochent, comme un moindre mal, à un pays qui semble ne plus vouloir d’eux. Tout le drame de la décennie suivante se trouve en puissance dans l’atmosphère malsaine de 1927″.

Polonais méconnus

L’effort d’après-guerre ayant été fourni, la France songe à l’expulsion la main d’œuvre étrangère dont elle a moins besoin. le mouvement intensifiera jusqu’aux années 1932/1933, lorsque les conséquences de la crise économique deviendront importantes.

« Le salaire conventionnel du mineur qualifié passe ainsi de 39,51 F (niveau atteint en novembre 1926) à 36,91 F dans le Nord et le Pas-de-Calais. Pour la France entière, le salaire moyen de l’ensemble du personnel, fond et jour, tombe de 32,88 F à 31,08 F, soit une diminution de 1,80 F.A la fin de 1927, il ne sera plus que de 30,69 F.« 

Polonais méconnus

Pourtant, la convention prévoyait les mêmes droits aux ouvriers polonais que ceux donnés aux français (chômage, aide, etc). Mais, certaines municipalités refusent d’appliquer la loi. De plus, la barrière de la langue n’aide pas.

Le décret du 28 décembre 1926 précise que, pour avoir droit aux subventions du fond de chômage, il faut fournir un certificat portant la mention : « congédié pour manque de travail » ; des employeurs négligent de le remettre aux salariés qu’ils renvoient et les Polonais, comme bien d’autres immigrés qui ignorent la langue française et les usages administratifs, n’en mesurent pas l’importance ou bien n’osent pas le réclamer. Ajoutons à cela la mobilité particulière des étrangers récemment arrivés en France. Tous ne possèdent pas l’ancienneté de six mois de résidence dans la commune lorsqu’ils perdent leur emploi.

Polonais méconnus

Pourtant la Lorraine reste un territoire presque protégé comme le centre de la France.

A l’inverse, en Lorraine du fer, la population polonaise enfle, et singulièrement la population adulte masculine. En Meurthe-et-Moselle de janvier 1926 à juin 1927, les Polonais connaissent un accroissement de 43 % (de 12 723 à 18 177) et les hommes âgés de plus de quinze ans, de 58 % (7 176 à 11 318)33. Les Polonais passent ainsi de 13 % à 19 % des étrangers du département, toujours derrière les Italiens. Néanmoins l’écart se resserre entre eux car l’effectif italien se tasse. Il s’opère une redistribution. Les établissements miniers du plateau de Briey renvoient des Italiens et prennent à leur place des Polonais, moins exigeants, pour des tâches difficiles et mal payées. Les nouveaux arrivés sont des hommes seuls, déjà en France et sans emploi. Certains viennent du Pas-de-Calais : la crise favorise de façon temporaire un déplacement géographique inverse de celui observé antérieurement. En 1925, les Italiens représentaient 51 % des mineurs de fer du département et les Polonais, 12 % ; en 1927, respectivement 36 % et 30 %.

Polonais méconnu

La défense des ouvriers polonais

Les cellules communistes assurent le soutien d’ouvriers polonais, car le climat politique de l’époque encourageait plus tôt l’embauche d’ouvriers français.

La surveillance s’intensifie aussi dans le canton de Longwy, proche de Longlaville. Cette association au seul but de continuer à faire vivre la culture du pays d’origine fait pourtant l’objet d’une surveillance.

Certains polonais, plus conservateurs, préfèrent rester en lien avec l’administration d’origine et s’organiser avec cet appui pour augmenter leurs droits.

Le journal polonais Narodowiec fondé en 1909 consacre en avril 1929 un article sur l’assistance médicale nécessaire aux ouvriers mineurs. Il est reproduit ci -dessous :

Antisémitisme

La période était propice à la surveillance de groupes religieux « sensibles ». La Sureté a dilégenté une enquête concernant l’embauche d’ouvriers de confession juive. Voici son résultat :

Xénophobie

L’étranger reste étrange. Et les ouvriers polonais ne font pas exception. Le ton de cette note le témoigne.

Pour conclure,

Une note optimiste, ce tract qui invite tous, hommes et femmes, français ou non, à participer à un bal.

Tous enchaînent la danse de l’oubli. Des corps radieux dans des cordages de misère. Leur dimanche ne sera qu’une poignée d’heures, une petite suée de gaité sous les aisselles et sur le front.

Et ils dansaient le dimanche – Paola Pigani

Famille K

FILIATION

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