Marie Eugénie, religieuse

Marie Eugénie est une grand-tante que je n’ai pas connue. Pourtant devenue religieuse des Filles de la sagesse le lien est très fort !

Parfum d’enfance

Lorsque je raconte mes vacances chez ma tante Geneviève, dans ses différents couvents, après le décès de mon père, ce sont pour moi des moments de joie et de soulagement. Pourtant, je vois dans les yeux de mes interlocuteurs de la compassion, au mieux, de la raillerie, au pire.

Marie-Louise Trichet fondatrice

Comment être heureuse dans un couvent en étant petite fille ? D’abord, ils ne connaissent pas les magnifiques bâtisses meublées avec de l’ancien, que je n’avais jamais connu au préalable. Ça sentait l’encaustique. Le silence était immense. Et pourtant mes journées étaient peuplées de rêves où j’étais une princesse en son château. J’imaginais des histoires extraordinaires loin de la tristesse dépressive de ma mère.

Souvent le matin, je rejoignais ma tante dans sa petite classe. Première orthophoniste de sa congrégation, elle maniait dans l’année magnétophones et micros pour ces jeunes élèves sourdes et muettes. Je ne me rappelle plus qu’elle m’ait fait travailler. Et, pourtant, adulte, ma peur et ma tristesse d’enfant sont réapparues d’un coup lorsqu’elle s’est mis en tête de corriger mes fautes pour une lettre officielle. Je suis redevenue quelques instants, l’enfant chagrine, morte de honte, lui présentant son travail.

Mais l’après-midi, j’étais récompensée par la liberté dont je jouissais. Je pouvais rejoindre, par exemple, la sœur qui s’occupait de la buanderie, en face de la chapelle. J’y passais de longues heures à la regarder plier le linge, à le repasser. Je l’aidais à tirer les draps pour les faire sécher au soleil. Les jours de temps maussades, la chaleur dégagée par le fer était bienvenue.

Après je pouvais rejoindre une autre sœur dans son immense potager, où au milieu de ses rangées parfaitement alignées, s’épanouissaient fleurs, fruits et légumes. Je passais de longs moments aussi à l’accueil à parler de tout et de rien avec la sœur qui en était chargée à ce moment-là. Je me rappelle mon ravissement lorsqu’autorisée à appuyer sur le bouton, la lourde porte s’ouvrait.

Il m’arrivait de passer voir la sœur de la cuisine. Dans son immense antre qui devait servir plus de trois cents repas dans l’année, la tranquillité du lieu avait vraiment des airs de vacances pour elle qui préparait les confitures et les conserves pour l’hiver.

Les jours où les sœurs avaient un invité, une des sœurs, toujours la même, m’accordait le privilège d’avoir une boisson. Mon plus grand plaisir était de choisir entre un Fanta orange ou un Fanta citron ! Plus tard, je l’ai retrouvée petite femme chétive incroyablement vive encore pour ses plus de 85 ans et d’un coup, je suis redevenue la petite fille aux cheveux courts qui l’appelait « Tata Fanta! ».

@vagabondageautourdesoi

Un seul lieu m’était interdit : La communauté où après le dîner, les sœurs se réunissaient pour parler de l’actualité, échanger et prier ensemble. Assises en cercle, elles portaient toutes de longues robes grises avec un tablier blanc et leurs coiffes empesées. L’été, les fenêtres ouvertes, je me glissais dehors à proximité et j’écoutais le chant de ses voix féminines à l’unisson autour de l’amour de leur Christ.

C’était merveilleux ces vacances offertes à l’enfant loin de sa mère qui devait apprendre à vivre seule. J’y ai ressenti le sourire qui éclaire, la gentillesse qui réchauffe et le rire qui éclate…

Certes, j’ai manqué de contacts. Les quelques jeunes filles présentes n’étaient que celles qui ne pouvaient rejoindre leurs familles et en plus, elles étaient sourdes et muettes.

Foi en Dieu

Évidemment, j’ai rêvé de croire en ce Dieu que ces femmes adoraient. Je me souviens, je devais avoir 12 ou 13 ans, un soir de Vendredi Saint à Larnay, près de Poitiers. Au côté de ma tante en prière dans l’église, j’ai pris conscience que je ne croyais pas en ce Dieu. Avant, je faisais semblant avec ferveur. Ce soir-là, au côté de ma tante en prières, devant cet homme supplicié, je me souviens m’être dit que je ne pouvais plus croire à cette histoire rocambolesque. Pourquoi souffrir autant ? Aucune tristesse. Juste une évidence.

J’aimerais toujours revenir dans ces demeures où ma tante était mutée au gré de ses ordinations. Tout au long de ma vie, j’ai cheminé auprès de cette femme qui a su m’apporter beaucoup. Mais, il est encore trop tôt pour en parler …

Mais, dans le choix de cette communauté,

…Ma tante avait suivi l’exemple d’un autre membre de la famille, certainement élargie, qui elle-même était devenue religieuse dans cette congrégation. Ma tante, dans les derniers temps, m’avait montré le cimetière à Saint-Laurent-sur-Sèvres où joyeuse elle savait qu’elle y serait enterrée. Elle était satisfaite aussi d’y rejoindre cette aïeule qu’elle n’avait pas vraiment connue mais qui l’avait si profondément influencée.

La lecture d’un roman me fait repenser à ces moments. Et d’un coup, je demande à Google où trouver les archives des congrégations. Et, là surprise, j’apprends qu’il suffit d’un clic pour y avoir accès.

Sur les traces de ma grand-tante lointaine

En 2021, la congrégation des Filles de la Sagesse a accepté de mettre en ligne ses archives ici accessibles sur le site des archives départementales de la Vendée. Je n’y trouve pas ma tante puisque la mise en ligne s’arrête avant son noviciat. Seulement, je n’ai ni son nom de religieuse, ni son nom réel.

Il me faut chercher dans les papiers que ma tante m’avait donnés bien avant son décès, sachant que sa congrégation prendrait tous ses objets personnels après sa mort. Avec son vœu de pauvreté, ma tante avait accepté de ne rien posséder.

J’ai aussi retrouvé le contrat passé entre la congrégation et ma tante qui communique sur les règles de vie, ses vœux désobéissance, les dotes qu’elle a versé et auxquelles elle a renoncé, etc.

Mais qui est cette religieuse ?

Je continue à chercher et je trouve d’anciennes notes de 1996, lorsque j’avais commencé l’arbre généalogique. J’y avais écrit Marie-Eugène Le Couédic, religieuse Fille de la Sagesse décédée à Saint-Laurent-sur-Sèvres, à la Maison-mère. C’est donc sur la branche de mon arrière-grand-mère, Marie-Louise Couédic (née le 25 août 1851* à Pontivy et décédée en 1891, je ne sais encore où). Elle est mon arrière-grand-tante.

Marie Eugénie Le Couédic était le second enfant de cette famille qui en comptera 3. Son père était Hyacinthe Le Couédic âgé de 49 ans, aubergiste, à sa naissance et Marie-Anne Harmonie âgée de 38 ans, ménagère. Marie Eugénie est née le 21 novembre 1854* à Pontivy.

Marie-Eugénie est devenue Sœur Marie-Anne de jésus dont le matricule était 5460. Elle est entrée au Noviciat en février 1874, soit à l’âge de 20 ans, et a célébré ses vœux un an plus tard.

Les archives apportent d’autres précisions, comme les différents endroits où cette femme a été mutée.

Néanmoins, la date de son décès est mal écrite. Heureusement, le récapitulatif des archives va lever l’ambiguïté. Sœur Marie-Anne ou Marianne de Jésus, née Marie-Eugénie Le Couédic est décédée lorsque ma tante avant 10 ans. Donc, il est tout à fait plausible que cette tante est demandée à sa communauté et notamment celle de la rue de Vouillé à Paris d’accueillir, ma tante Geneviève, âgée de 9 ans, et sa sœur, ma mère, alors âgée de 8 ans, lors du décès de leur maman, puis un an plus tard de leur père.

Je comprends mieux aussi pourquoi ma tante, dès l’âge de 9 ans, avait su qu’elle voulait être religieuse. C’est certainement, à ce moment-là qu’elle avait fait la connaissance de façon plus approfondie de cette tante qui leur a assuré d’être accueillies dans cet orphelinat géré par les religieuses de la Sagesse où elles ont pu être élevées et instruites.

Aujourd’hui, ma tante repose dans la même terre que cette femme qui l’avait tant inspirée pour consacrer sa vie à Dieu.

La congrégation de la Sagesse – Saint-Laurent-sur-Sèvre

*Acte d’état civil retrouvé et archivé

Archives départementales de Vendée

Congrégations de Vendée

Famille LM

FILIATION

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