La jeunesse de Robert

Comme l’indique son acte de naissance*, Robert est né le 9 décembre 1924 au 11 rue Le brun dans le 11ème arrondissement à 7 h du matin. C’est la sage-femme qui fait la déclaration. Berthe reconnaîtra l’enfant le 20 janvier 1925 dans la Mairie de son domicile, le quatorzième arrondissement, soit plus d’un mois et demi plus tard.

Est-ce qu’elle a su dès la grossesse qu’elle serait seule à élever cet enfant ? Est-ce qu’elle l’a découvert au moment de la naissance ? La rencontre du père et l’enfant n’auront, en tout cas, pas fait fléchir l’homme dans sa volonté de ne pas assumer sa paternité ! Et, l’histoire familiale retiendra une jeune femme ferme qui choisit d’être seule responsable.

Mais le hasard revient frapper à la porte des vies.

En effet, Berthe habite au 18 rue Couédic à Paris 75014. Son arrière-petit-fils habitera, des années plus tard, la rue d’à côté, la rue Remi Dumoncel dans ce quartier du petit Montrouge.

Néanmoins, au recensement de 1926, ils ne sont plus à la même adresse, ni en 1931. L’histoire familiale a retenu que Berthe était culottière chez Balenciaga, qui avait son siège à Paris. Des recherches sont en cours aux Archives nationales du monde du travail à Roubaix.

  • Couturier de la famille royale espagnole, Balenciaga s’installe à Paris à la fin des années 1930 où il s’impose comme le « couturier des couturiers » de la mode parisienne. Il s’installe à Paris en 1937 où il ouvre sa nouvelle maison de couture au 10 avenue George V. Wikipédia

Si la maison parisienne de Balenciaga ouvre en 1937, où travaillait Berthe à la naissance de Robert ?

Est-ce que l’enfant l’a obligée à revenir en Loire Atlantique ? En tout cas, à Nantes, elle pouvait compter sur sa mère, et surtout ses deux sœurs, Germaine et Marie.

Marie s’est mariée le 12 mai 1922* à Chantonay sur Loire. Elle est majeure et habite certainement encore chez ses parents au 22 rue Amiral du Chauffault. Son mari Léon Ferdinand Eriau est quatre ans plus âgé qu’elle. Lui aussi vit dans la même commune. Leur fille Liliane Jeanne Louise Fernande naît six mois plus tôt, le 4 juillet 1924. Sûr que les deux sœurs ont dû se sentir proches de partager cette aventure !

Beaucoup de blancs encore dans cette jeunesse.

*Acte état civil archivé

Famille J

FILIATION

Jeanne Marie Joliveau

Pierre Joliveau, âgé de 41 ans, déclare le 29 juillet 1861* la naissance de sa fille Jeanne Marie qu’il a eue avec sa femme Jeanne Lecombe, âgée de 28 ans. Pierre est laboureur à la Haie Châpeau.

En 1872, au recensement de Pannecé*, on apprend qu’ils habitent au lieu-dit Caquereau. Ils sont la septième famille du hameau.

Lorsqu’on fait la focale sur un ancêtre, on découvre des choses qu’on ne soupçonnait pas et les recherches rebondissent au fil des trouvailles. Ainsi, ce document nous apprend que Jeanne Marie avait des frères et sœurs. Elle était la seconde d’une fratrie de cinq.

Ses frères et sœur

Sur les différents actes de naissance des enfants, on retrouve Mathurin Foucher, déclaré voisin laboureur habitant le petit bourg, marié avec Louise Joliveau et décédé le 25 septembre 1875, toujours à Pannecé. Aucune signature de Pierre et même de ses amis qui l’accompagnent.

Son frère aîné, Jean, naît le 17 octobre 1857 * et décède le 12 juillet 1888.

Au XIXe siècle, il est commun de donner plusieurs prénoms à l’enfant. En général, le premier est celui du père. Le prénom d’usage est souvent le second prénom que l’on retrouve souvent sur les actes de mariage. Et souvent, le troisième est en rapport avec celui de la mère.

Ici, Jean est le seul prénom offert à cet enfant. Alors que les autres enfants de la fratrie auront plusieurs prénoms.

Son second frère Théophile Marie est né le 28 juillet 1863* toujours dans le même hameau. Sa fiche de conscrit nous renseigne sur sa petite taille (objet de l’éviction de son service militaire) et sur son niveau d’étude. Il sait lire et écrire, mais n’a pas un niveau primaire. On apprend aussi qu’il a habité Cholet. Son décès est aussi mentionné à 37 ans.

Son troisième frère Louis Félix est né le 3 février 1869*. On le retrouve toujours à Pannecé comme serviteur en 1906. Sa fiche de conscrit militaire n’est pas aux AD de Loire Atlantique.

Félicie est déclarée par le recensement de 1872*. Seulement, on ne retrouve aucun document la concernant.

Le mariage de Jeanne Marie

Elle se marie avec Mathurin Juton le 18 novembre 1844 à Riaillé.

Lui est né le 3 avril 1854* à Saint Herblon. Il est le fils aîné d’une fratrie de six. À sa naissance, son père est déclaré cultivateur propriétaire à Sant-Herblon à la ferme Ebau. Mathurin, lui, est déclaré journalier laboureur. Il a 30 ans lorsqu’il se marie avec Jeanne Marie.

Histoire d’un couple exilé

Un an plus tard, Joseph Pierre naît le 21 septembre 1885* à Chantenay sur Loire, commune au sud-ouest qui sera absorbée par la ville de Nantes au début du XXe siècle. Mathurin, son père, est parti de la ferme puisqu’il est déclaré manœuvre. La famille s’installe chemin de Biarmes. Aucun parent n’entoure le père pour sa déclaration. C’est un voisin accompagné d’un cordonnier qui assiste Mathurin.

Pourquoi la jeune famille quitte le petit hameau qui abrite leurs deux familles depuis si longtemps ?

La rumeur familiale semble avoir une explication. Jeanne Marie était employée comme bonne chez le châtelain, ou le puissant, du lieu. Il semblerait qu’elle est subie un viol par le maître, à l’époque, on disait qu’elle « s’était fait sauter par lui « ! On comprend mieux pourquoi le jeune couple s’implante loin et que Mathurin apprend un métier alors qu’il était laboureur !

Le second enfant Augustin Théophile naît deux ans plus tard, le 6 octobre 1887* toujours à Chantonay. Deux entrepreneurs accompagnent le père pour la déclaration.

Un autre enfant, Charles Emmanuel, naît le 26 mars 1889*. La famille vit toujours au même endroit. Un autre cordonnier et un sabotier accompagnent le père. Malheureusement, l’enfant meurt six mois plus tard, le 6 juillet 1889.

Georges naît le 25 mai 1890*. Pour lui, un seul prénom ! Ce sont les mêmes témoins qui accompagnent le père et la famille vit toujours au même endroit. L’enfant décède le 10 mars 1891.

Jeanne Marguerite naît le 7 mars 1892*. C’est un autre sabotier qui accompagne son collègue et le père de l’enfant. L’enfant décède quatre ans plus tard.

Germaine Berthe Marguerite naît le 24 octobre 1894*. Mathurin est camionneur. Et ce sont ses deux amis qui l’accompagnent pour la déclaration. La famille a déménagé au Bd de Chantonay toujours à Chantonay sur Loire.

Berthe Georgette Marie naît le 20 juin 1998*. Ce sont deux nouveaux amis qui accompagnent le père.

Marie Madeleine Jeanne naît le 18 avril 1900*. Lors du recensement de 1901, la famille habite toujours au même endroit. Joseph, quinze ans, est déclaré mousse chez Dauché. Auguste, treize ans, est garçon de laboratoire chez Perthuis et Joly. Mathurin est aussi employé chez Dauché comme camionneur.

Raymond Félix naît le 21 octobre 1902. Il décède un an plus tard. La famille a déménagé au 25 boulevard de la Liberté toujours à Chantonay sur Loire.

Uniquement cinq deviendront adultes.

Et ensuite…

Mathurin décède le 19 mars 1925 à 71 ans et Jeanne Marie, le 22 novembre 1949 à 88 ans.

Et encore quelques photos

Mathurin et Jeanne Marie

*Acte état civil archivé

Famille J

FILIATION

Carte Identité d’étranger

Le décret de 1917 institue un papier indispensable à tous étrangers en France, la CI étranger. Celle-ci leur sert de sauf-conduit. Elle est gratuite et comporte deux couleurs selon l’affectation du travail, de couleur verte pour l’industrie et jaune marron pour l’agriculture.

Tout étranger de plus de quinze ans et séjournant plus de quinze jours en France, a l’obligation de posséder cette carte, délivrée par les préfets, et de la faire viser à chaque changement de résidence. Archives départementales du Pas-de-Calais

À partir de 1920, elle est de couleur blanche et comporte la mention agriculture ou industrie. Mais, à partir de 1922, pour désengorger les commissariats et les postes frontières, seul un sauf-conduit est nécessaire. Par contre, la carte d’identité devient payante et est envoyée à la préfecture du lieu d’accueil. Et, l’ouvrier dispose de 8 jours pour la récupérer.

Déclaration de résidence (en exécution de la loi du 8 août 1893) de Sébastien Aniorte dans la commune de Saint-Étienne en 1923 © Archives départementales de la Loire série M, dossier 1084.

En 1924, un nouveau décret modifie les conditions d’obtention de la CI d’étranger. Ce sont les mairies qui dorénavant sont habilitées à les gérer. Les difficultés sont alors nombreuses. Le manque d’interprètes, les problèmes à gérer, etc. font que les demandes sont moins bien remplies, lorsqu’elles le sont.

Les démarches

À son arrivée à la frontière, l’étranger obtient un sauf-conduit pour se rendre à sa destination.

L’étranger a 48 h à partir de son arrivée pour faire une demande de carte d’identité à la mairie de sa destination ou au commissariat. Il faut 4 photos d’identité, justifier de son identité avec son passeport, le contrat de travail et le mandat pour payer le document.

La demande est reportée sur une fiche blanche destinée au dossier central et sur une fiche jaune destinée à la préfecture. Un numéro de carte est affecté et reporté sur cette fiche.

La CI

Son renouvellement doit se faire tous les deux ans, à partir de 1924 avec changement de photo. En attendant le changement qui doit se faire au premier trimestre de la seconde année, le possesseur doit rendre son ancienne carte et reçoit un récépissé.

Sa nouvelle CI comporte un nouveau numéro et est changée à expiration ou si changement de travail.

Sources

Généalanille

Histoire Immigration

Famille K

Famille S

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Brève histoire des juifs du Levant

Après la victoire des chrétiens contre le royaume de Grenade, les juifs furent expulsés de l’Espagne en 1492 et du Portugal en 1496. (Décret de l’Alhambra)

Expulsion des juifs de Séville -Tableau de Joaquim Turina Y Areal – XIXè s.

Les Juifs de la péninsule émigrent alors (sauf ceux qui se convertissent, devenant alors des « marranes ») vers l’Italie, les Balkans, les pays d’Afrique du Nord, l’ Empire Ottoman.

Expulsion des juifs en Europe (1100 – 1600)

Expulsion des juifs de 1100 à 1600

Cette population dispersée mais dotée d’une riche culture espagnole a longtemps conservé sa spécificité culturelle, parlant le judéoespagnol souvent appelé aussi le Ladino. Par contre, les élites à Salonique parlent le français.

Leurs influences furent importantes car toutes les communautés méditerranéennes ont fini par être désignées comme séfarades.

Séfarad est le mot hébraïque pour désigner la péninsule ibérique et l’Espagne en particulier, Ashkenaz correspond à l’Europe chrétienne (l’Europe de l’Est avec le Yiddish) . Les Juifs séfarades sont donc stricto sensu les juifs d’Espagne et du Portugal.

Avec leur diaspora, les Séfarades sont devenus en général multiculturels, mélangeant les influences arabes, berbères, espagnoles, portugaises, grecques ou turques puis françaises.

Au fil du temps, Salonique devient le centre mondial du judaïsme séfarade, au point d’être surnommée la « Jérusalem des Balkans » et la « madre de Israël ».

Salonique du XVI au XVII siècle

Au XVIIIe siècle, Salonique reste le débouché naturel des Balkans : grains, laines, cotons, soies et tabacs de la région transitent par son port, puis vers Constantinople. La ville est un de ses principaux centres d’approvisionnement, mais aussi vers les autres régions de l’Empire ottoman.

Chaque groupe d’exilés y fonde sa congrégation, le kahal. Salonique compte plus de trente de ces communautés, chacune étant regroupée autour d’une synagogue portant le nom de la région d’origine du groupe (par exemple Arago) qu’un conseil de rabbins vient chapeauter par la suite.

Vue générale de Thessalonique en 1831 – Port fermé et trains à l’arrêt le samedi

Salonique, au début du XXe siècle

Salonique est une des plus grandes et des plus modernes villes de l’Empire ottoman. Entre 1840 et 1912, le volume des échanges commerciaux de la ville est multiplié par vingt, ce qui en fait le second port de l’Empire (derrière Constantinople). C’est donc une ville riche où la scolarisation est importante chez les juifs. Les premières loges maçonniques se créent aussi. La ville irradie dans cette partie de la Méditerranée

En 1908, un mouvement de jeunes-turcs naît à Salonique qui désire réformer le vieil Empire ottoman. Pour étouffer leur révolte, le sultan met en place une nouvelle constitution. Une année après, les mouvements contestataires continuent et ils remplacent le sultan par son frère.

La légende raconte qu’un édit fait par le rabbin permet au jeunes turcs de circuler le samedi. Et on assigne à résidence à Salonique le sultan destitué. Le mouvement choisit de conserver la clandestinité. La communauté juive dans son ensemble est en général favorable à l’Empire ottoman. Le nouveau Sultan est venu remercier la ville et il a pris trois enfants, un juif, un grec et un turc, pour leur offrir une « bonne » éducation dans la capitale, Constantinople.

En 1912/ 1913, c’est la première guerre des Balkans. En 1912, les troupes grecques entrent dans la ville, accompagnées de soldats bulgares. En 1913, les Grecs annexent Salonique qui reprend son nom qui lui vient de la Grèce antique,Thessalonique. Des musulmans partent pour l’Asie mineure. Le rôle des juifs décline. Beaucoup émigrent aux États-Unis, en Angleterre, en France, en Italie, à Alexandrie.
Une deuxième guerre balkanique éclate en 1913. Les Bulgares non antisémites sont défaits. En novembre 1912, La ville de Salonique entre officiellement dans la Grèce.

Carte postale de Salonique vers 1917

Catastrophe à Salonique

En 1917, un incendie détruit complètement la ville. Les maisons souvent construites en bois ont toutes brûlé. Des milliers de documents communautaires disparaissent.

Selon la légende locale, l’incendie s’est déclaré durant un après-midi de Shabbat, pendant la Première Guerre mondiale, lorsque le charbon utilisé par un réfugié de guerre qui faisait cuire des aubergines s’est renversé sur le sol. Un vent féroce a alors attisé les flammes, provoquant un embrasement majeur qui a laissé les deux-tiers de la ville en cendres et a réduit à néant les logements de 70 000 habitants, dont 52 000 juifs.

Extrait de Times of Israël

Trente-deux synagogues, 10 bibliothèques rabbiniques, huit écoles juives, les archives communales et de nombreuses entreprises et organisations caritatives juives, ainsi que des clubs communautaires, ont été détruits.

La tenue des registres d’état civil par la Communauté Juive a continué après l’incorporation de Salonique à la Grèce en novembre 1912 et cela jusqu’en 1982, année de la reconnaissance du mariage civil par la Grèce.

Souvent le frère aîné d’une famille de Salonique partait en occident pour établir un pont et si ça marchait bien, les autres jeunes de la famille suivaient.

Au cours de la seconde guerre mondiale, les nazis ont anéantis plus de 90 % de la population juive de la ville.

La ville s’est toujours appelée Thessalonique pour célébrer la victoire de Théssalie.

Famille S

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