L’itinéraire d’un « juif polonais » en France

À Lodz en Pologne.
Seulement, bien que la date de naissance apparaisse sur au moins quatre documents officiels (deux actes de naissance, une fiche de travail et des articles de journaux après enquête de gendarmerie), aucun acte de naissance n’a été retrouvé à Lodz. Pire, aucun adulte susceptible d’être l’un de ses parents n’est enregistré à Lodz. Trois personnes avec un nom de famille identique sont déclarées célibataires.
Autre particularité, sur le site Polskie Towarzystwo Genealogiczne , association de généalogie polonaise qui fait autorité, aucun homme avec ce nom et prénom n’est enregistré dans toute la Pologne avec cette date de naissance !
Sur le site de référence JewishGen , quatorze personnes portent ce nom, sans qu’il y ait correspondance complète. Et, ainsi de suite …
D’autres part, le Cercle de généalogie juive , précise la multitude d’écriture d’un même patronyme et l’imprécision des dates (en Pologne, cohabitent les dates du calendrier julien (calendrier orthodoxe, officiel en Russie et ses protectorats jusqu’en 1918).
Ce qui semblait un élément fiable est peut-être celui le plus variable !
Jacob dépose une demande de carte d’identité à Saint-Chamond, dans l’arrondissement de Saint-Etienne dans le département de La Loire. Il obtient un récépissé. Sa demande est déposée à la fois au commissariat et à la Mairie. Il habite à Saint Chamond dans les baraquements.
Jacob demande un sauf-conduit pour se rendre à Decazeville dans l’Aveyron. L’adresse est illisible.
Jacob a obtenu un sauf-conduit pour se rendre à Moliens dans l’Oise.
Jacob a obtenu un sauf-conduit pour se rendre rue Letord dans le 18ème arrondissement de Paris.
En gare de Sarreguemines, à 6 h 22, à la descente d’un train venant de Sarrebrück, Jacob est arrêté avec deux hommes de nationalité russe.
Ils disent venir de Hambourg. Au commissariat, les hommes se déclarent Steward et disent s’être embarqués au Havre sur un bateau américain.
Rien de suspect n’est constaté sur eux et dans leurs affaires. Ils ont été refoulés en Allemagne. Seulement, on leur confisque leurs papiers, ce qui n’était plus nécessaire depuis novembre 1920.
Jacob entre au services des Acièries de Lorraine et en sort trois jours plus tard. Il est probable que la fiche ne fut actualisée à chaque contrat. Néanmoins, elle signale de nombreux contrats à durée limitée.
L’adresse aposée le signale à Longlaville au 964 rue du Luxembourg, dans les barraquements pour employés des mines. Ce n’est certainement pas son adresse d’arrivée, puisque à sa sortie définitive de ce travail il sera recensé à la même adresse en 1931.
(Attention, le dernier chiffre de l’année est assez illisible, mais ce n’est pas 6)
Jacob est déclaré être dans cette commune à cette date. Il a loué une chambre, ou un appartement, au 41 rue de la Source à Nancy en Meurthe et Moselle. Il est déclaré machiniste. Le nom du (ou des) propiétaires n’est psindique. Dans cette colonne, on reconnaÎt Mont-Saint-Martin en Meurthe et Moselle.
Passeport de Frieda Dick obtenu le 26 mars 1926
Passage de frontière à Delle – France – 2 avril 1926
2ème passage de frontière à Delle – France – 30 octobre 1926
Décembre 1926 : Frieda est enceinte
Frieda habite au 41 rue de la Source à Nancy dès le 29 mai 1927
Sur sa fiche de travail, Jacob est déclaré travailler chez Romagne (Romagné, actuellement entreprise de maçonnerie) à Mont-Saint-Martin jusqu’en janvier 1929.
Jacob rentre à l’Aciérie à Longlaville et il en sort le 10 janvier 1028. Le nom de l’entreprise n’est pas lisible.
André Dick naît à cette date*, déclarée par une cuisinière, Hélène Marie Schoumert.
Frida a donc accouché dans l’actuelle Maison Hospitalière Saint Charles au 56 rue des quatre églises à Nancy. Frieda est déclarée cuisinière, en résidence au 41 rue de la Source à Nancy, mais domiciliée à Boécourt en Suisse.
Le 14 septembre 1927, Frieda le reconnaît.
Le 21 septembre 1927, Jacob le reconnaît à sont pour à Mont- Saint- Martin en Meurthe-et-Moselle. Il est dit qu’il habite rue de la gare à Mont-Sant-Martin.
Jacob est réengagé aux Acieries, même nom que l’entreprise précédente. Il en sortira le 13 juin 1932 licenciée.
Suzanne naît à Longlaville* à 6 h. C’est Jacob qui fait la déclaration à la Mairie de Longlaville. Il est déclaré machiniste et Frieda, sans profession. Ils sont déclarés être domiciliés à Longlaville, sans que l’adresse exact soit mentionnée.
A 17 h*, le petit André décède. L’enfant a échappé à la surveillance de son père, entrain de faire la sièste dans un champ. L’enfant jouait sur les rails et s’est fait écrasé.
Plusieurs journaux relateront l’accident horrible avec la desciption des blessures (L’Est Républicain). Douze heures après l’accident, il décédera à l’hôpital de Mont-Saint-Martin. La déclaration de décès est faite par un économe, certainement des usines de la Chiers, responsable de l’accident. Jacob a 30 ans, Frieda 24 ans.
Prolongation du passeport de Frieda – Paris
(Du 19 octobre 1929 jusqu’au 18 janvier 1930)
16 octobre 1930 naît Honoré André à Paris
Jacob est recensé dans un baraquement des ouvriers à Longlaville au 197.
Recensement 1931 :
Domicile de Frieda – 16 Bd Carnot à Paris,
avec Honoré G. Suzanne et son petit frère
Décès du petit frère de Suzanne – 25 mai 1932
Jacob est licencié de l’entreprise qui l’a engagé précedemment.
Jacob est signalé machiniste à Mont-Saint-Martin
Un article de journal le signale, sans papier, à Esnouveaux dans la haute Marne, employé dans une ferme.
Mariage de Frieda – 26 août 1933 – Paris
Légitimation de Suzanne par le mariage
Plus de trace de Jacob

Légende
*Acte état civil archivé
Source
Guide de généalogie en Pologne
Polskie Towarzystwo Genealogiczne : Association de généalogie polonaise
Jewish Gen Organisation à but non lucratif fondée en 1987 en tant que ressource électronique internationale pour la généalogie juive.
Cercle de généalogie juive Première association française de généalogie juive.
