
L’arrestation et la déportation de Léon sont documentés dans les archives de la Shoah en France (Mémorial de la Shoah et dossiers des victimes des conflits contemporains). Son parcours illustre tragiquement comment le statut d’étranger, qui avait été sa force dans les années 30, est devenu un piège mortel sous l’Occupation.
📦 Son arrestation
Fin septembre 1942, Léon est arrêté lors de la rafle de la place Maubert (ou rafle du 5ᵉ arrondissement) à Paris. Contrairement à la rafle du Vél’ d’Hiv qui visait les familles, les rafles de l’été 1942 ciblaient aussi spécifiquement les hommes juifs étrangers ou « apatrides » aptes au travail.
Il est immédiatement transféré au camp de Drancy.
🔯Le Convoi n° 38
« Le convoi n° 38 a quitté la gare Le Bourget/Drancy pour Auschwitz, le 28 septembre 1942 à 8 h 55, avec 904 Juifs, en direction d’Auschwitz. Tel est le contenu du télex rédigé par le SS Heinrichsohn et signé par son chef Röthke, adressé à Eichmann et au camp d’Auschwitz.
Sur 904 noms de partants, on compte 468 hommes et 436 femmes. Parmi les 468 hommes, environ 200 étaient âgés de 17 à 45 ans. Le convoi comptait un peu moins de 100 enfants de moins de 17 ans. Les deux tiers des 904 déportés étaient d’origine étrangère.
Le convoi est arrivé à Auschwitz dans la nuit du 29 au 30 septembre. Cent-vingt-trois hommes ont été sélectionnés pour le travail et ont reçu les matricules 66515 à 66637. Quarante-huit femmes reçurent les matricules 21373 à 21394. D’autres hommes, de 17 à 45 ans, valides parmi les 200 qui se trouvaient dans le convoi ont été immédiatement gazés. On comptait, en 1945, 20 survivants de ce convoi ».
D’après Serge Klarsfeld, Le mémorial de la déportation des Juifs de France, FFDJF, Paris 2002, 1èrer éd. 1978
Parmi eux se trouvaient de nombreux Juifs originaires de Grèce et de l’ancien Empire ottoman résidant à Paris.
Après son, départ de la gare du Bourget-Drancy, le train continue vers Bobigny, Noisy-le-Sec, Épernay, Châlons-sur-Marne, Révigny, Bar-le-Duc, Lérouville et Novéant-sur-Moselle (Neuburg), qui démarque la frontière avec l’Allemagne depuis 1940. Arrivé en Allemagne, le train emprunte vraisemblablement le trajet suivant: Metz, Saarbrücken, Mannheim, Frankfurt/Main, Fulda, Erfurt, Leipzig, Dresden, Görlitz, Liegnitz (Legnica), Neisse (Nysa), Cosel, Katowice (Kattowitz), Auschwitz.
Léon est âgé de 53 ans (un âge limite pour la « capacité de travail » selon les critères SS- la limite se situait généralement autour de 45-50 ans). La date officielle de son décès est fixée au 3 octobre 1942 à Auschwitz.
Pourquoi a-t-il été arrêté à ce moment-là ?
En 1942, les Juifs de nationalité turque ou grecque étaient particulièrement vulnérables. Les autorités allemandes pressaient les consulats de ces pays de rapatrier leurs ressortissants. Si le consulat ne répondait pas ou si la personne n’était pas protégée explicitement, elle était déportée.
Le fait que son statut de franc-maçon soit connu par la publication au Journal officiel par le gouvernement de Pétain le place d’emblée dans une situation d’incertitude critique.
Pourquoi n’est-il pas passé dans la clandestinité ? Pourquoi n’avoir pas tenté de rejoindre l’Angleterre où la famille de son ex-femme et une de ses sœurs s’étaient réfugiés ? Il n’a pas cru au danger imminent. Il pensait que la France des Lumières et du pays des Droits de l’homme ne pouvait céder si facilement. De nombreux ressortissants y ont cru. Ils l’ont payé de leur vie.
La mention « Mort en déportation »
Elle a été attribuée par un arrêté du 10 décembre 1988 (publié au Journal officiel le 18 avril 1988).
Cette mention est portée en marge de son acte de décès. Elle atteste officiellement du décès de Léon suite à sa déportation au camp d’extermination d’Auschwitz le 3 octobre 1942 (certaines sources indiquent le 5 octobre, mais l’arrêté fixe une date officielle pour l’état civil).
À partir de 1942, les appartements des Juifs déportés étaient systématiquement vidés par les services allemands. Après l’arrestation de Léon Salem en septembre 1942, les scellés ont été apposés sur la porte de son appartement. Quelques semaines plus tard, des camions de l’ERR (Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg) venaient vider l’appartement pour envoyer le mobilier en Allemagne.
À ce jour, il n’existe aucune trace de procédure de restitution ou d’indemnisation ouverte par des ayants droit auprès des instances officielles (comme la commission pour indemniser les victimes de spoliation – CIVS) pour les biens de Léon Salem à sa dernière adresse : 23 rue Jansen dans le 19ᵉ.
👨👩👧👦Et sa famille ?
Ricoula Salem, sa sœur aînée, habitait au 6 rue de Rochechouart à Paris 9ᵉ. Elle est partie de Drancy à Auschwitz par le convoi n°44 le 9 novembre 1942.

Le témoignage de son neveu, enfant caché en France ici https://ressources.memorialdelashoah.org/notice.php?q=id:768548
Il est le fils de Samuel Raphaël et de Gilberte née Nahmias. Le frère de Raphaël, Abraham, se mariera avec Ricoula. Samuel et Gilberte émigrent en 1916. Après une brève association avec son frère Abraham, il ouvre une boutique de bas de soie au 27 rue Bleue. Le couple se sépare. Ricoula élève l’enfant. La famille Raphaël sera raflée. Dans le convoi 44, ils sont 1160 Juifs originaires de Grèce. Dans ce témoignage, on apprend que toute la famille de Ricoula, donc celle de Léon, avait sept frères et sœurs, venus en France. La famille de Ricoula respectait beaucoup les rites juifs. Voilà qui ouvre des perspectives nouvelles. Un témoignage très important à reprendre dans d’autres chroniques.
Le frère aîné, Asher Yaakov Salem, est décédé à Manchester, Lancashire, en Angleterre, à l’âge de 74 ans, le 11 novembre 1947. Il avait émigré avec sa famille avant l’occupation.
Son autre frère, David Salem, celui que Léon avait dû visiter lors de son voyage en Palestine, est décédé le 2 novembre 1950 à Paris. Il habitait alors 6 rue Vaucanson. Il n’a pas dû rentrer durant l’occupation.
Deux autres sœurs, Fakima et Victoria, sont encore en cours de recherche. Et, peut-être, d’autres encore.
💡 Conseil généalogique :
🔎 Le titre de « Mort pour la France »
Généralement, pour les victimes de la Shoah déportées depuis la France, le titre de « Mort pour la France » n’est pas automatique. Il doit faire l’objet d’une demande auprès de l’Office National des Combattants et des Victimes de Guerre (ONACVG).
Léon figure sur le Mur des Noms au Mémorial de la Shoah (dalle 94, colonne 32, rangée 1), cela signifie que son statut de victime de la persécution antisémite est pleinement reconnu.
Le titre de « déporté politique » est souvent plus complexe à obtenir pour les étrangers, car il était initialement réservé aux actes de résistance ou de convictions politiques.
Pour les victimes de la Shoah, le statut juridique créé après-guerre est celui de « Déporté ou Interné Résistant » (DIR) ou « Déporté ou Interné de la Résistance« , ou, celui de « Déporté ou Interné Politique« .
🔎 Chercher l’existence d’un dossier au Service Historique de la Défense (SHD)
Demander le dossier individuel de déporté au SHD de Caen (Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains). Ces dossiers ont fréquemment été constitués après-guerre (entre 1945 et 1960) par des proches ou des ayants droit pour obtenir des pensions ou la régularisation de l’état civil.
🔎Consulter l’index du Service Historique de la Défense (SHD)
Le site Mémoire des Hommes répertorie les dossiers de déportés, sous le statut de « Déporté politique » (le terme administratif utilisé pour les victimes de la Shoah n’ayant pas fait acte de résistance armée). Léon n’y est pas signalé.
🔎Formuler des demandes :
Service Historique de la Défense à Caen
Base de données de la FMD (Fondation pour la Mémoire de la Déportation),
Les associations des anciens déportés
Pillage culturel par l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg :
Base de données des objets d’art du Jeu de Paume
Archives Nationales (site de Pierrefitte-sur-Seine)
(Série AJ/38, dossiers du Commissariat général aux questions juives) ou dans la base de données du Mémorial de la Shoah, qui conserve de nombreux dossiers de spoliation.
🧭 Généalogie à suivre
Courriers envoyés pour le SHD de Caen et aux Archives. Attente des réponses.
Contacter les archives d’Arolsen et demande de recherches auprès du musée d’Auschwitz








































