L’arrestation et la déportation de Léon sont documentés dans les archives de la Shoah en France (Mémorial de la Shoah et dossiers des victimes des conflits contemporains). Son parcours illustre tragiquement comment le statut d’étranger, qui avait été sa force dans les années 30, est devenu un piège mortel sous l’Occupation.
📦 Son arrestation
Fin septembre 1942, Léon est arrêté lors de la rafle de la place Maubert (ou rafle du 5ᵉ arrondissement) à Paris. Contrairement à la rafle du Vél d’Hiv qui visait les familles, les rafles de l’été 1942 ciblaient aussi spécifiquement les hommes juifs étrangers ou « apatrides » aptes au travail.
Il est immédiatement transféré au camp de Drancy.
🔯Le Convoi n° 39
Léon fait partie du Convoi n° 39, l’un des plus importants de l’automne 1942. Il démarre de la gare du Bourget-Drany le 30 septembre 1942. Le convoi transportait 1 000 personnes (dont 794 hommes et 206 femmes).
Parmi eux se trouvaient de nombreux Juifs originaires de Grèce et de l’ancien Empire ottoman résidant à Paris.
⛓️Arrivée à Auschwitz
Le trajet dure environ trois jours dans les conditions que l’on connaît. Il arrive le 2 octobre 1942.
À l’ouverture des wagons à Auschwitz-Birkenau, la « sélection » a lieu sur la rampe. Sur les 1 000 déportés du convoi 39, seuls 211 hommes ont été sélectionnés pour entrer dans le camp de travail (ils ont reçu les matricules compris de 65 965 à 66 175).
Léon est âgé de 53 ans (un âge limite pour la « capacité de travail » selon les critères SS- la limite se situait généralement autour de 45-50 ans). La date officielle de son décès est fixée au 3 octobre 1942 à Auschwitz.
Pourquoi a-t-il été arrêté à ce moment-là ?
En 1942, les Juifs de nationalité turque ou grecque étaient particulièrement vulnérables. Les autorités allemandes pressaient les consulats de ces pays de rapatrier leurs ressortissants. Si le consulat ne répondait pas ou si la personne n’était pas protégée explicitement, elle était déportée.
Le fait que son statut de franc-maçon soit connu par la publication au Journal officiel par le gouvernement de Pétain le place d’emblée dans une situation d’incertitude critique.
Pourquoi n’est-il pas passé dans la clandestinité? Pourquoi n’avoir pas tenté de rejoindre l’Angleterre où la famille de son ex-femme et une de ses sœurs s’étaient réfugiés ? Il n’a pas cru au danger imminent. Il pensait que la France des Lumières et du pays des Droits de l’homme ne pouvait céder si facilement. De nombreux ressortissants y ont cru. Ils l’ont payé de leur vie.
La mention « Mort en déportation »
Elle a été attribuée par un arrêté du 10 décembre 1988 (publié au Journal Officiel le 18 avril 1988).
Cette mention est portée en marge de son acte de décès. Elle atteste officiellement du décès de Léon suite à sa déportation au camp d’extermination d’Auschwitz le 3 octobre 1942 (certaines sources indiquent le 5 octobre, mais l’arrêté fixe une date officielle pour l’état civil).
À partir de 1942, les appartements des Juifs déportés étaient systématiquement vidés par les services allemands. Après l’arrestation de Léon Salem en septembre 1942, les scellés ont été apposés sur la porte de son appartement. Quelques semaines plus tard, des camions de l’ERR (Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg) venaient vider l’appartement pour envoyer le mobilier en Allemagne.
À ce jour, il n’existe aucune trace de procédure de restitution ou d’indemnisation ouverte par des ayants droit auprès des instances officielles (comme la Commission pour indemniser les victimes de spoliation – CIVS) pour les biens de Léon Salem à sa dernière adresse : 23 rue Jansen dans le 19ᵉ.
👨👩👧👦Et sa famille ?
Ricoula Salem, sa sœur aînée, habitait au 6 rue de Rochechouart à Paris 9ᵉ. Elle est partie de Drancy à Auschwitz par le convoi n°44 le 9 novembre 1942.
Il est le fils de Samuel Raphaël et de Gilberte née Nahmias. Le frère de Raphaël, Abraham, se mariera avec Ricoula. Samuel et Gilberte émigrent en 1916. Après une brève association avec son frère Abraham, il ouvre une boutique de bas de soie au 27 rue Bleue. Le couple se sépare. Ricoula élève l’enfant. La famille Raphaël sera raflée. Dans le convoi 44, ils sont 1160 Juifs originaires de Grèce. Dans ce témoignage, on apprend que toute la famille de Ricoula, donc celle de Léon, avait sept frères et sœurs, venus en France. La famille de Ricoula respectait beaucoup les rites juifs. Voilà qui ouvre des perspectives nouvelles. Un témoignage très important à reprendre dans d’autres chroniques.
Le frère aîné, Asher Yaakov Salem, est décédé à Manchester, Lancashire, en Angleterre, à l’âge de 74 ans, le 11 novembre 1947. Il avait émigré avec sa famille avant l’occupation.
Son autre frère, David Salem, celui que Léon avait dû visiter lors de son voyage en Palestine, est décédé le 2 novembre 1950 à Paris. Il habitait alors 6 rue Vaucanson. Il n’a pas dû rentrer durant l’occupation.
Deux autres sœurs, Fakima et Victoria, sont encore en cours de recherche. Et, peut-être, d’autres encore.
💡 Conseil généalogique :
🔎 Le titre de « Mort pour la France »
Généralement, pour les victimes de la Shoah déportées depuis la France, le titre de « Mort pour la France » n’est pas automatique. Il doit faire l’objet d’une demande auprès de l’Office National des Combattants et des Victimes de Guerre (ONACVG).
Léon figure sur le Mur des Noms au Mémorial de la Shoah (dalle 94, colonne 32, rangée 1), cela signifie que son statut de victime de la persécution antisémite est pleinement reconnu.
Le titre de « déporté politique » est souvent plus complexe à obtenir pour les étrangers, car il était initialement réservé aux actes de résistance ou de convictions politiques.
Pour les victimes de la Shoah, le statut juridique créé après-guerre est celui de « Déporté ou Interné Résistant » (DIR) ou « Déporté ou Interné de la Résistance« , ou, celui de « Déporté ou Interné Politique« .
🔎 Chercher l’existence d’un dossier au Service Historique de la Défense (SHD)
Demander le dossier individuel de déporté au SHD de Caen (Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains). Ces dossiers ont fréquemment été constitués après-guerre (entre 1945 et 1960) par des proches ou des ayants droit pour obtenir des pensions ou la régularisation de l’état civil.
🔎Consulter l’index du Service Historique de la Défense (SHD)
Le site Mémoire des Hommes répertorie les dossiers de déportés, sous le statut de « Déporté politique » (le terme administratif utilisé pour les victimes de la Shoah n’ayant pas fait acte de résistance armée).
Archives Nationales (site de Pierrefitte-sur-Seine)
(Série AJ/38, dossiers du Commissariat général aux questions juives) ou dans la base de données du Mémorial de la Shoah, qui conserve de nombreux dossiers de spoliation.
🧭 Généalogieà suivre
Courriers envoyés pour le SHD de Caen et aux Archives. Attente des réponses.
Contacter les archives d’Arolsen et demande de recherches auprès du musée d’Auschwitz
En arrivant en France en 1911, Léon est considéré comme ottoman. Salonique était la seconde ville de Turquie. La France et l’Empire ottoman ont des relations centenaires. Léon, malgré son statut d’émigré est protégé par les réseaux de l’Alliance Israélite Universelle, qualifiée par la Sûreté nationale comme « œuvre de propagande de la France à l’étranger« . Il n’a pas besoin de visa complexe, mais il est un « Oriental » aux yeux de l’administration.
Lorsque Salonique devient une ville grecque en 1912, Léon aurait pu prendre la nationalité hellénique. Le fait qu’en 1935, il soit encore considéré comme Ottoman prouve qu’il ne l’a pas fait. Pendant la Première Guerre mondiale, son statut devient précaire, d’où les dossiers de 1917 et de 1918, retrouvés aux Archives nationales montrant des sauf-conduits à demander pour chaque voyage et sortie du territoire. Car, la Turquie est ennemie de la France.
Avec la loi de 1927 qui facilite énormément la naturalisation en réduisant le délai de résidence à 3 ans (au lieu de 10), Léon pouvait demander une naturalisation. Mais, il ne le fait pas.
La crise de 29 finit par arrivée en France et en 1932, la loi dite Protection du travail national introduit des quotas d’étrangers dans les entreprises. De plus, la montée de la xénophobie et de l’antisémitisme dans les années 30 rend le statut social des Ottomans plus précaire, même s’ils possèdent des papiers en règle.
🗃️Le Fichier dit de Moscou
C’est grâce à la surveillance organisée par la Sûreté nationale selon les préconisations de la direction de la surveillance des étrangers que les éléments suivants nous sont connus. En effet, Léon a fait l’objet d’une surveillance de 1933 à 1939 comme l’attestent les enquêtes retrouvées aux Archives nationales de Pierrefitte contenues dans le dossier dit Fichier dit de Moscou.
Le sauf-conduit, malgré les contraintes, était idéal. Il lui permettait de garder son passeport d’origine (et donc ses droits en Orient) tout en ayant la garantie de la France qu’il pouvait revenir. C’est le statut typique de l’élite nomade de l’époque.
🌿Demande de Sauf-conduit
En 1935, Léon, identifié de nationalité ottomane, demande un titre d’identité et de voyage. Un article de L’Intransigeant du 11 janvier signale que Lionel Salem est pressenti pour jouer dans le film Jésus de Nazareth en deux versions (italienne et française). Le film qui n’a pas été réalisé.
Il prouve qu’il n’est pas turc en produisant une lettre du consulat grec de Paris, déclarant qu’il est impossible aux autorités ottomanes de le reconnaître comme citoyen turc. Les différentes instances le lui accordent après enquête de moralité.
🖋️Précarité ?
Après la faillite de Tourisme et Industrie, Léon s’inscrit au chômage. En 1931, être au chômage permet surtout d’être reconnu officiellement comme sans emploi. Cela donne accès à des secours publics (aides municipales, parfois allocations modestes), à des travaux de secours organisés par la commune, et aux bureaux de placement pour retrouver un emploi.
Ce n’est pas une assurance chômage généralisée, mais un filet d’assistance limitée, souvent conditionnée et insuffisante face à la crise. Il en est radié le 27 décembre 1932, après la décision d’une commission paritaire locale, ayant été signalée touchant irrégulièrement ses allocations.
La crise économique aggrave la xénophobie : les étrangers sont accusés de prendre le travail des Français, et les Juifs sont particulièrement visés par des préjugés antisémites de plus en plus visibles. Même si Paris reste un lieu de relative liberté comparé à l’Europe centrale ou orientale, la vie est marquée par l’insécurité matérielle, la surveillance administrative et la crainte d’expulsion ou de marginalisation.
La faillite ne semble pas n’être qu’un revers commercial, mais une véritable mort professionnelle qui le pousse vers les aides publiques. L’inscription au chômage indique qu‘il n’avait pas de réserves financières suffisantes après l’achat de l’entreprise des Batignolles. Et même que cette entreprise n’existe plus.
La commission paritaire est une instance composée de représentants des employeurs et des salariés. Cette radiation suggère une enquête ou une dénonciation (d’où l’emploi du mot signaler). Cela le place dans une situation d’illégalité ou, au moins, de conflit avec l’État dès 1932. En tout cas, Léon devait travailler « au noir » comme commissionnaire ou d’intermédiaire non déclaréou traducteur, comme il se qualifie peu après.
🖋️ Indésirable ?
Sa nouvelle carte d’identité n° 327563 est délivrée le 7 juillet 1930. Une demande de refoulement est déposée le 15 mars 1933. La démarche de la Ligue des droits de l’homme (LDH) auprès du ministère de l’Intérieur lui permet d’être autorisé à séjourner jusqu’au 31 mai 1933 par note du 30 mars.
En 1932, la loi protégeant la main-d’œuvre nationale est votée. On veut chasser les étrangers pour « libérer » des emplois. Mars 1933 marque aussi l’arrivée au pouvoir de Hitler. Ce climat antisémite et xénophobe commence à infuser les administrations préfectorales.
Que la LDH doive intervenir auprès du ministère de l’Intérieur montre que le cas est devenu « politique ». Obtenir un séjour jusqu’au 31 mai 1933 (seulement deux mois de répit) montre l’inflexibilité du ministère. Léon Salem vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Mais, il peut compter sur des appuis solides !
Seulement la note datant du 8 mai 1933, retrouvée dans le fichier « dit de Moscou », qui a déclenché la seconde enquête de la Sûreté nationale, ne vient pas répondre à cette mesure d’expulsion, mais à une demande particulière du ministère de l’Intérieur.
Enquête pour obtenir les Palmes académiques
Les conclusions, bien que pointant l’honorabilité de Léon, ne lui permettront pas de les recevoir.
L’enquête de 1935 apporte des précisions importantes. La mesure de refoulement avait été prise pour renouvellement tardif de la carte d’identité et non-paiement des indemnités qu’il avait encourues. La production d’un certificat de travail visé favorablement par le service de la main-d’œuvre étrangère lève le contentieux. Ce certificat devait affirmer que Léon était un traducteur.
📚Traducteur
Dans les années 30, avec l’arrivée du cinéma parlant, le besoin de traducteurs pour le doublage et les sous-titres était immense. C’est peut-être ainsi qu’il a maintenu un lien avec le milieu du cinéma tout en restant officiellement « traducteur » pour l’administration.
De plus, se déclarer traducteur (profession libérale/intellectuelle) était souvent une stratégie pour les étrangers en sursis afin de justifier de revenus sans avoir besoin d’une carte de commerçant ou d’un contrat de travail industriel, plus strictement contrôlés.
Seulement, là encore, l’enquête de la Sûreté en 1935 renseigne plus précisément sur ses activités de traducteur, puisqu’il travaille chez « M. Le Perrin », député de la Nièvre, pour un salaire de 1000 F.
Émile Périn (1892-1965) était un homme politique français, maire de Nevers de 1925 à 1935 et député de la Nièvre de 1932 à 1936 (puis réélu en 1936) sous l’étiquette d’Union de la gauche (groupe Unité ouvrière puis Parti d’unité prolétarienne au Parlement). Voir Wikipédia
Sur le plan parlementaire, il s’est fait connaître par :
son engagement social, en particulier la lutte contre le chômage et la défense des travailleurs. Assemblée nationale
des propositions législatives sur les caisses de chômage municipales, l’aide aux travailleurs saisonniers, l’amélioration de la sécurité routière, et l’éclairage des grandes routes. Assemblée nationale
son implication dans des questions variées, dont les transports et les communications. Assemblée nationale
Il a aussi participé à l’élan du Front populaire lors des élections de 1936 et a été actif sur les thèmes du mieux-être social et de l’entente européenne dans sa campagne. Assemblée nationale
À l’époque, il est rémunéré comme employé du député, une fonction probablement polyvalente (secrétariat, rédaction, documentation). Elle recouvre vraisemblablement aussi des tâches de traduction et de traitement de documentation politique étrangère. Le salaire correspond à une rémunération normale pour un travail modeste mais réel, compatible avec un emploi régulier à temps partiel ou quasi plein.
Et toujours acteur de second ordre
– 🎬Golgotha (1935) de Julien Duvivier
Car, en 1935, Léon apparaît encore dans un film de Duvivier, « Golgotha ». C’est une fresque historique et religieuse monumentale qui retrace la Semaine sainte, de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem jusqu’à sa Crucifixion. Le film est resté célèbre pour son réalisme, sa mise en scène grandiose et son casting prestigieux (notamment Robert Le Vigan en Jésus et Jean Gabin en Ponce Pilate).
Dans cette production, Léon interprète le rôle de Simon de Cyrène. Il est l’homme réquisitionné par les soldats romains pour aider Jésus à porter sa croix sur le chemin du Calvaire.
– 🎬Thérèse Martin (1938) de Maurice de Canonge
C’est un retour symbolique pour lui. Il avait déjà joué dans la version de 1929 réalisée par Duvivier (La Vie miraculeuse de Thérèse Martin), où il tenait le rôle important de Louis Martin (le père de la sainte). En 1938, il participe à cette nouvelle version parlante. Bien que son rôle y soit plus secondaire, sa présence souligne sa spécialisation dans les fresques religieuses ou historiques de l’époque.
– 🎬L’Enfer des anges (1939) de Christian-Jaque
C’est sa dernière apparition à l’écran. Il y interprète un personnage nommé « Le Rouquin ». C’est un drame social très noir sur l’enfance maltraitée et les bas-fonds de Paris. Tourné en 1939, le film a été censuré et n’est sorti qu’en 1941.
Le projet de L’Enfer des anges est né de la stupéfaction qu’éprouva Christian-Jaque, réalisateur des Disparus de Saint-Agil et de nombreuses comédies, lors de sa découverte de la zone de Saint-Ouen. Une image l’avait alors particulièrement frappé : celle d’habitants miséreux lui refusant l’accès à leur quartier.La Cinémathèque
Christian-Jaque
Tourné en 1939, le film, sélectionné pour le premier Festival de Cannes, est censuré par le gouvernement Daladier car soupçonné d’idéologie communiste. Il sort en 1941, récupéré par la politique vichyste qui y voit une illustration de la « France d’avant ».La Cinémathèque
Commissionnaire, traducteur et acteur, le trois en un !
Pendant presque dix ans, Léon, sous le pseudo de Lionel, passe de « vedette » à acteur de second rôle, mais ne quitte pas les studios. Il a toujours travaillé aussi parallèlement, prouvant ainsi qu’il n’a jamais été dupe. Il savait qu’à son âge, il ne pourrait pas prétendre à une carrière de premier ordre. Fréquenter le milieu cinématographique était une manière de vivre plus intensément sa passion pour le cinéma. Depuis ses articles dans le Journal de Salonique souligné par Jean-Charles Reynaud aux films de Duvivier, Léon prouve sa passion pour le cinéma et le réseau solide dont il fait partie, dans l’ombre, mais toujours soutenant.
⚖️⚠️ D’un cadre répressif et xénophobe à un antisémitisme légal, systématique et persécuteur
Gouvernement Daladier (1938-1940) Avant Vichy, la IIIᵉ République adopte déjà des mesures discriminatoires contre les Juifs étrangers : décrets-lois de 1938 durcissant le droit d’asile, révision et retrait de naturalisations (1938-1939), puis à partir de septembre 1939 internement administratif des étrangers « indésirables » ou ressortissants de pays ennemis, parmi lesquels de nombreux Juifs, dans des camps comme Gurs. Il ne s’agit pas encore d’une politique raciale d’État, mais d’une exclusion administrative et sécuritaire.
⛓️Régime de Vichy (1940-1944) Vichy instaure une politique antisémite d’État, autonome puis aggravée sous pression allemande. À la suite de l’ordonnance allemande du 3 octobre 1940, Léon se fait recenser comme « Juif » auprès de la préfecture. Il lui est interdit de travailler officiellement comme traducteur ou comme acteur. Aryanisation économique (spoliation des biens, 1941). Recensement, port de l’étoile (zone occupée, 1942)
Internement des Juifs étrangers (4 octobre 1940). C’est certainement à cette époque que Léon déménage. Il quitte le 55 rue des Petites Écuries, trop connu, trop exposé, pour occuper un appartement plus modeste au 23 rue Jansen dans le 19ᵉ. Il se dit traducteur.
Le régime de Vichy publie les noms de francs-maçons pour désigner des ennemis intérieurs, légitimer sa Révolution nationale et exclure durablement des individus de la vie publique. Le nom de Léon Salem (ou Lionel Salem) apparaît dans le Journal Officiel de l’État français du samedi 27 septembre 1941. Léon est membre de la Grande Loge de France (loge Thebah). Il est à noter qu’Ascher Salem (avocat à Issy-les-Moulineaux) était aussi Franc-maçon.
Asher Salem, peut-être le frère de Léon
👉 La publication des noms n’est pas un simple recensement : c’est un outil politique de persécution, destiné à désigner, exclure et discréditer un groupe identifié comme ennemi du nouvel ordre vichyste. Mais, attention, inscrit sur les listes publiées par le régime de Vichy atteste moins d’une activité maçonnique vérifiée que de son identification comme tel par l’appareil répressif.
En conclusion, Léon est ciblé par Vichy à la fois pour ses origines et pour son appartenance maçonnique, ce qui accélère les procédures de surveillance.
La Loge Thebah
Fondée en 1901, cette loge porte le titre distinctif de Thebah (« l’Arche » en hébreu). Selon Jean-Pierre Lassalle, le recrutement de la Loge Thebah « était sélectif et l’on y trouvait nombre d’esprits originaux, à la fois tournés vers la tradition et ouverts aux novateurs » (Lassalle, 2000, 89).
L´un des fondateurs de la loge maçonnique Thébah de la Grande Loge de France fut Pierre Deullin, qui était par ailleurs un membre du Mouvement cosmique créé par Max Théon (1848-1927), courant ésotérique juif et plus précisément kabbalistique qui constituera en France une véritable tradition représentée également en Inde par la Mère de Pondichéry, Sri Aurobindo et Satprem.
Il faudrait encore plus de temps pour comprendre ce que Léon a trouvé dans cette loge, si particulière, qui attira, après la Seconde Guerre mondiale, nombre de surréalistes, comme le premier d’entre eux, André Breton.
🧭 En généalogie-Source
🔎 Le Fichier dit de Moscou : une mine généalogique
Le Fichier dit de Moscou (parfois appelé Archives de Moscou ou Fonds de Moscou) est un ensemble de documents d’une importance capitale pour la généalogie française.
📜 Qu’est-ce que c’est ?
C’est une collection d’archives françaises qui a été saisie par les troupes allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale et qui a fini par être transférée à Moscou, en Union soviétique (aujourd’hui Russie), après la défaite du Reich.
👨👩👧👦 Où les consulter ?
Grâce à des accords entre la France et la Russie, une grande partie du fonds a été microfilmée et est désormais consultable en France.
Le Service historique de la Défense (SHD) à Vincennes possède une copie importante de ces microfilms, notamment pour les archives nobles et familiales.
Les Archives nationales détiennent également une partie de la collection.
Courrier adressé au Service Historique de la Défense Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC) Rue Neuve-Bourg-l’Abbé BP 552 14037 CAEN Cedexet à l’OFPRA
Courrier adressé aux Archives de la Préfecture de Police (APP) pour avoir des renseignements sur l’arrestation.
Courrier adressé aux Archives nationales pour l’inventaire de son appartement à L’ « Opération Meuble » (Dienststelle Westen) qui conduisait le pillage des appartements.