La vie de Léon de 1925 à 1927

Ou l’explosion culturelle par son talent

Du Sentier aux Studios,

Le quartier Bonne Nouvelle et le Sentier, où Léon exerce son activité de commercial en bonneterie, touchent directement les Grands Boulevards. À l’époque, ce secteur n’est pas seulement le cœur du textile, mais, celui du divertissement. Les bureaux de production, les agences de casting et les théâtres y sont légion. Passer d’une boutique de tissus à un plateau de tournage ne demande que quelques minutes de marche.

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Guerre 1914-1918. Cinémas. « Grands Boulevards. Actualités concernant la guerre ». Paris, 20-30 août 1914. Photographie de Charles Lansiaux (1855-1939). Bibliothèque historique de la Ville de Paris.

Le quartier était le point de rencontre des acheteurs internationaux et des entrepreneurs. Les cafés des Grands Boulevards servaient de bureaux informels. La communauté séfarade de Salonique était très soudée. Dans ces cafés, on ne croisait pas seulement des marchands de tissus, mais également des agents artistiques, des décorateurs et des cinéastes à la recherche de « visages » authentiques.

Évidemment, Léon avait pour lui de nombreux avantages pour entrer dans le cinéma muet. Il avait « une gueule » éloignée des standards habituels. Il devait être ouvert et empathique, pour avoir réussi dans le commerce aussi vite et si bien. De plus, Léon, commerçant en bonneterie de luxe, pouvait fournir des accessoires (bas de soie ou autres) pour un film, en échange d’un petit rôle ou d’un accès aux coulisses.

Porosité des milieux

📽️ La Fille de l’Eau

Pour son entrée dans le cinéma muet, en 1924, il tourne dans La Fille de l’Eau, premier film de Renoir. Il y interprète un marinier. Le côté naturel de Léon devait plaire à Renoir. Et pour Léon, vue son indépendance financière, il pouvait se faire plaisir en jouant au figurant.

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Renoir a 29 ans lorsqu’il décide, de céramiste, de devenir cinéaste, avec l’envie de faire du dernier modèle de son père, Catherine Hessling, dont il était amoureux, une star ! Tourné à l’été puis à l’automne 1924, sur les bords du canal du Loing et dans la forêt de Fontainebleau (fief des Renoir), le film n’eut aucun succès.

📽️ L’Heureuse Mort

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Le réalisateur de son second film, L’Heureuse Mort, est Serge Nadejdine (un ancien maître de ballet russe émigré à Paris). Ce film, sorti en décembre 1924, est une grosse production distribuée par une société influente des années 20, les studios Albatros à Montreuil, le fief du cinéma russe en exil à Paris. Léon joue un secrétaire de théâtre aux côtés de la grande actrice Suzanne Bianchetti.

Le jour, Léon conduit ses affaires d’import-export dans le quartier de la porte Saint-Denis. La nuit, il fréquente les avant-premières sur les Grands Boulevards, où il voit son nom et son nouveau prénom, Lionel, s’afficher sur les écrans à quelques centaines de mètres de son domicile. Deux identités, avec deux prénoms ! L’acteur est né, le commercial n’a pas encore disparu. Léon a 41 ans !

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Guide SAM au 1er janvier 1924

Léon s’installe au cinéma

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Guide SAM au 1er janvier 1925

Avec son expérience des studios Albatros, Léon sait se faire apprécier du petit monde du cinéma. On y travaillait les décors et les éclairages avec une précision chirurgicale. Pour Léon, c’était l’endroit idéal pour apprendre le métier « sérieusement« . D’ailleurs, le jeune cinéaste Julien Duvivier le choisit pour jouer dans L’Abbé Constantin.

📽️ L’Abbé Constantin

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C’est sa première collaboration avec Julien Duvivier. Le film est une adaptation d’un roman très célèbre à l’époque de Ludovic Halévy. C’est une comédie de mœurs légère sur l’arrivée d’Américaines riches dans un petit village français. Léon y joue un rôle secondaire aux côtés de Jean Coquelin (le fils du célèbre Coquelin Aîné).

📽️ Madame Sans-Gêne

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La même année, Léon participe à un film d’une portée internationale. Au côté de Gloria Swanson, actrice hollywoodienne, il joue un homme de la cour dans cette coproduction franco-américaine réalisée par Léonce Perret.

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Ciné miroir – 1926

Léonce Perret a obtenu l’autorisation exceptionnelle de tourner au château de Fontainebleau et à Compiègne. Pour Léon, une véritable immersion dans l’histoire de France avec ce film en costume !

Depuis presque deux ans que Léon goûte au cinéma en composant des rôles de figurant plus ou moins importants tout en continuant son négoce. Il a 38 ans. Seulement, ce second semestre 1925 annonce un véritable tournant dans sa carrière naissante.

📽️Le Juif Jésus dans l’Agonie de Jérusalem

Le film L’Agonie de Jérusalem (aussi titré Révélation) est sorti en France le 8 avril 1927, mais le tournage fut réalisé l’année précédente. Julien Duvivier souhaitait pour ce nouveau film oublier les cartons-pâtes des décors de studios pour tourner les scènes de Jérusalem et du mont des Oliviers en Palestine. Pour donner un souffle mystique inédit à sa future œuvre, l’équipe a passé environ 3 à 4 mois sur place. À cette époque, le voyage se faisait en train jusqu’à Marseille, puis en paquebot (souvent des Messageries Maritimes) vers Alexandrie ou directement vers Jaffa/Haïfa.

Duvivier aimait voyager.  Entraîner son équipe de cinéma sur les lieux bibliques était une première.  Son éducation catholique l’inspira énormément pour ses premiers films. Néanmoins, ils eurent pour conséquence la perte de sa foi.

En Palestine,  Duvivier fût  extrêmement déçu,  comme il le raconte dans une série d’entretiens diffusés sur France Culture. Les lieux dont il a tant rêvé ne correspondent aucunement à ses attentes. Et, il ne réitérera pas l’expérience pour Golgotha (1935).

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Extrait de Ciné Miroir -Mars 1926

Devenu un notable, Léon n’est plus surveillé par la préfecture de police, certainement depuis une petite dizaine d’années. Il lui est alors possible, sans crainte, d’envisager ce voyage en Palestine. De plus, un contrat avec la société Vandal et Delac (le plus gros producteur français de l’époque) valait tous les laissez-passer. Vivre ce voyage et interpréter ce rôle fut sûrement pour Léon une expérience forte.

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L’Agonie de Jérusalem
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L’Agonie de Jérusalem
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L’Agonie de Jérusalem

Dans une conférence, Hubert Niogret, spécialiste de cinéma, précise que Duvivier avait épousé une femme juive russe et qu’il avait un fils. Ainsi, le cinéaste expliquait son départ aux États-Unis, lors de la Seconde Guerre mondiale : une mesure de protection pour sa famille.

Qu’échangeaient ces deux hommes hors tournage ? Léon, l’émigré juif, qui s’était réinventé dans le luxe et qui se renouvelait dans le cinéma muet. Julien dont les débuts d’acteur furent écourtés et qui essayait de percer au cinéma… Cinq ans plus tard, Julien se fera une vraie place dans le cinéma parlant.

L’interprétation de Léon est saluée par beaucoup de critiques.

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Guide SAM 1er janvier 2027

Il fait la fierté de sa communauté. Mais, son talent est reconnu aussi par les professionnels.

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Lionel remplace Léon

Léon rachète l’entreprise familiale en 1927. Cette annonce nous apprend que son entrepôt se situe certainement au 94 bd des Batignolles. Entrepôt au fond d’une cour ou magasin en bord de rue, aucune indication à ce jour.

La présence de membres de sa famille (Lévy, Jacques et Albert Salem) indique qu’il a retrouvé ou trouvé toute une communauté à Paris.(voir chronique La fin tragique de Léon)

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Selon les travaux de l’historienne Annie Benveniste, le 11e arrondissement abritait les familles séfarades et leurs commerces de gros et de demi-gros.

Le Bottin du commerce des années 20 et 30 montre la concentration de noms de familles séfarades dans la bonneterie et le textile. D’ailleurs, le 55 rue des Petites Écuries abritait plusieurs entreprises de négoce. Dans le quartier, des noms typiques de Salonique, de Constantinople ou Smyrne se distinguent : Amar, Saporta, Modiano, Cohen, etc.

Les archives de l’Association culturelle israélite séfarade (ACIS), fondée au début du XXᵉ siècle par des juifs ottomans de Paris, montrent qu’elle dirigeait les intérêts de la communauté.  Le périmètre « Sentier-Petites Écuries » était le lieu où se concentraient les dons et les activités économiques des membres les plus influents, souvent des importateurs de tapis ou de bonneterie.

La carte des commerçants de la préfecture de police qui a permis de cartographier Paris, montre que la bonneterie était la porte d’entrée classique pour des émigrés car elle demandait peu de capital mais beaucoup de réseaux, ce que possédaient les anciens habitants de Salonique.

Le 94 boulevard des Batignolles est à deux pas de la place de Clichy et de Montmartre, qui étaient à l’époque les quartiers des théâtres et des premiers studios de cinéma (comme les studios Gaumont au Pathé-Palace).

La carrière cinématographique devrait se lancer. Pourtant, l’année 2027, Léon va jouer dans d’autres films. Aucun n’aura le succès, pour lui, de L’Agonie de Jérusalem.

Le guide SAM de 1929 ne s’y trompe pas, même si, pourtant entre les lignes un peu « too much », le lecteur sent la difficulté de Léon à tourner la page de son Jésus.

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🗄️Importance de cet article

Jean-Charles Reynaud (1893-1957), qui signe cet article, n’est pas un simple journaliste, mais un scénariste et publiciste de premier plan. Il était rédacteur en chef de La Griffe cinématographique (citée dans le document) et collaborait à de nombreuses revues comme Photo-Ciné. Reynaud était un collaborateur direct de Julien Duvivier (il a notamment adapté pour lui La Vie miraculeuse de Thérèse Martin en 1929). Il a écrit aussi le roman L’Agonie de Jérusalem dont Duvivier a fait une adaptation et La Tragédie de Lourdes, Credo dont le réalisateur avait écrit le scénario.

Reynaud mentionne qu’il a connu Léon « fort jeune » et que ce dernier était son « secrétaire au Journal de Salonique ». Ce détail est d’importance. Il signale que Léon écrivait, sur le cinéma certainement, dans le grand quotidien francophone de la communauté juive de Salonique.

Il utilise les termes comme « force magnétique« , « visage de douceur infinie«  et « vocation évangélique » et souligne une sorte de mysticisme. Reynaud souligne que Léon est devenu prisonnier de son image. Les producteurs ne lui proposaient plus que des rôles bibliques (« tel patriarche, tel père de l’Église« ), ce qui a freiné sa carrière d’acteur et l’a probablement incité à revenir à d’autres activités pour survivre financièrement.

En tout cas, cet article démontre aussi que Léon n’était absolument pas dupe. Il avait compris qu’il n’arriverait pas à sortir de ce rôle fort, même s’il l’espérait sincèrement. Il insiste aussi sur une passion datant de très longtemps, celle du cinéma !

🧭 En généalogie-Source

Conférence Le cinéma muet de Julien Duvivier par Hubert Niogret – 10 septembre 2021

Le Guide Sam : pour l’expansion économique française dans le Levant

Annie Benveniste – Juifs de Salonique à  Paris.

💡 Conseil généalogique 

🧩Gallica BNF tient à disposition les revues du cinéma.

Famille saloniquiste

La vie de Léon à Paris de 1912 à 1925

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Séfarades du levant – OFPRA

Ou l’intégration par le travail

🕎À Salonique

L’identité grecque ne fut pas reconnue aux juifs séfarades de Salonique. Comme le souligne, dans son essai Juifs de Grèce (XIXe-XXe siècle), Katherine E. Fleming, « la grécité moderne était, à cette date, exclusivement accordée à la seule religion chrétienne orthodoxe. »

Par conséquent, « les juifs séfarades, arrivés dans l’Empire ottoman après leur expulsion de la péninsule Ibérique, s’étaient installés surtout à Salonique. Ayant conservé leur espagnol – le judéo-espagnol ou ladino – comme langue parlée et écrite, ils avaient développé un sentiment d’identité lié à une culture sépharade spécifique et au caractère particulier de Salonique. » Voir Katherine E. Fleming

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L’arrivée des troupes grecques à Salonique –
26 octobre 1912

L’armée grecque entre à Salonique, comme plus tôt, dans d’autres endroits, en 1912. L’Europe reconnait Salonique appartenant à la Grèce en 1913 par le traité de Londres

Aux arrivées des troupes grecques à Salonique, Léon choisit l’immigration à Paris. Il arrive vers le 24 décembre 1911. Il a 28 ans. Avant, un article dans le Guide SAM le décrivait comme journaliste dans Le Journal de Salonique.

Célibataire, à son arrivée, il se dit alors commissaire en marchandises, principalement de luxe et de parfumerie, et vit avec sa future femme, qui a 23 ans.

L’incendie de la ville de Salonique en 1917 n’a fait qu’aggraver la situation de la communauté juive, car ils en seront les principales victimes.

Vers 1920, le gouvernement grec impose le repos dominical, une redistribution des droits fonciers, une conscription obligatoire et l’obligation de fréquenter, pour tous les enfants, l’école publique grecque. De plus, l’antisémitisme est croissant. Du petit paradis juif, Salonique devient une ville beaucoup moins fréquentable.

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En France

En 1914, en France, c’est le basculement ! Les Ottomans résidant en France passent du statut d’étrangers « exotiques » à celui de « ressortissants de puissances ennemies« , voir Michel Garin. Beaucoup seront emprisonnés. D’autres, comme Léon, devront, dès qu’ils souhaiteront quitter la capitale, demander un sauf-conduit.

Le fichier de 1917 (se rendre à Lyon, et Ambert et Clermont-Ferrand en raison d’activités commerciales) et celui de 1918 (assister à l’enterrement de son père à Salonique) prouvent que, même s’il doit demander une autorisation pour quitter Paris, Léon n’est pas suspecté. Et le refus notifié, pour Ambert et Clermont-Ferrand, semble plus être motivé par une systématisation plutôt qu’une suspicion.

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Néanmoins, ses activités ont été freinées par ces demandes incessantes. En négoce, de chaussettes et bas de luxe ou de parfum, ne pas pouvoir se rendre en province, comme Lyon et ses alentours, doit fortement handicaper son entreprise. Elle fut certainement une entreprise familiale qui permet à des membres de confiance d’assurer les différentes étapes du négoce

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Publicité dans le Guide SAM – 1926

Dans la même période, Léon s’engage auprès de la femme avec qui il vit déjà, à 35 ans. Son mariage est célébré le 3 octobre 1918 à la mairie du 10ᵉ. Il divorcera deux ans plus tard,  presque au jour près. Le tribunal signalela fin de la procédure en 1932 aux torts du mari. Des recherches sont en cours pour récupérer le dossier.

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🕍Les Séfarades à Paris

La communauté séfarade se regroupe à Paris, comme dans d’autres capitales européennes. Deux facteurs favorisent l’intégration de Léon en France:
– son intégration professionnelle avec son activité commerciale,
– son intégration sociale avec son mariage, avec une Belge, et sa langue française impeccable.
De plus, il rejoint la communauté des indépendants juifs grecs de Paris qui se sont installés majoritairement dans les arrondissements du 9ᵉ, 2e et du 10e.

Ainsi, il vit dès 1918 au 55 rue des Petites Écuries 10e, en plein cœur du quartier séfarade des juifs grecs.

✡️La communauté séfarade des commerçants

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Guide Sam – 1926

Sur la période 1920 à 1936, ils sont nombreux à commercialiser des tissus, de la bonneterie et de la confection. Plus de cent immatriculations durant cette période. Les commerçants en bonneterie et tissus sont implantés, nous rappelle Michel Garin, principalement dans un pôle centré dans le quartier Bonne Nouvelle. 

Le quartier Bonne Nouvelle est traditionnellement lié au commerce de gros et aux métiers du textile (le Sentier est juste à côté). Contrairement aux Juifs ashkénazes installés plus à l’est dans le Marais (le Pletzl), les Séfarades s’installent volontiers vers les Grands Boulevards. Ils parlent souvent le judéo-espagnol ou le français, ce qui facilite leur intégration commerciale. C’est tout à fait le cas de Léon.

C’est l‘âge d’or du prêt-à-porter naissant. On y vend des tissus, des dentelles et des accessoires de mode. La fabrication et la vente de bas, de chaussettes et de tricots sont en pleine explosion.

Rapidement, les jarretelles sont adoptées par les femmes et cousues aux corsets et autres guêpières pour supporter les bas de soie. Dans les années 1920, les bas féminins sont tissés en rayonne, qu’on appelle aussi viscose, une matière opaque et chaude qui est une copie grossière de la soie mais bien meilleur marché. Léon devait vendre des bas en soie.

Jusqu’aux années 1930, la fabrication d’une paire de bas est longue, les métiers à tisser « à plat », inventés par un Anglais, ne permettent que la fabrication d’un unique bas diminué et proportionné (technique dite Fully Fashioned en anglais), bas qui doit ensuite être cousu à la main. En France dans les années 1930, la production de bas de soie, qui est alors concentrée dans les Cévennes, s’équipe de métiers à tisser plus performants. La coûteuse soie naturelle servant à fabriquer les bas est peu à peu remplacée par la soie artificielle, la rayonne (à base de viscose), matière grossière, chaude, froissable, et opaque fabriquée à partir des fibres de cellulose des arbres. Wikipédia

Et, le quartier sert de plaque tournante pour distribuer des marchandises dans toute la France.

Vivre et travailler à Bonne-Nouvelle, à cette époque, c’est être au cœur de la modernité parisienne. Le Grand Rex ne sera construit qu’en 1932, mais les cinémas comme le Gaumont-Palace sont déjà là et les théâtres créent un flux constant de clients potentiels. Et, ils sont nombreux dans le quartier : Théâtre Antoine, Théâtre du Gymnase, Palais des Glaces, la Porte-Saint-Martin, etc.

Les commerçants se retrouvaient dans les cafés du quartier pour conclure des affaires en ladino (judéo-espagnol), la langue véhiculaire du textile dans ce secteur à l’époque. Léon fréquente sans doute les cafés de la porte Saint-Denis ou de la porte Saint-Martin pour conclure ses affaires de gré à gré, une pratique courante dans le milieu du textile.

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Synagogue Berith Chalom

Le centre spirituel pour cette communauté est souvent la synagogue de la rue Buffault (9ᵉ arrondissement), Berith Chalom, toute proche, qui est le haut lieu du rite séfarade à Paris. D’autres petits oratoires, fréquemment situés dans des appartements ou des arrière-boutiques, se trouvaient à proximité immédiate de ce quartier.

De 1920 à 1923, la France est en pleine reconstruction économique. La demande en vêtements neufs est conséquente après les privations de la guerre. À partir de 1924 jusqu’en 1926, la période économique est plutôt stable avant les crises monétaires du milieu de la décennie.

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Publicité pour des bas en 1920

Dans son dossier de 1917, Léon est noté comme gagnant 24 000 F, soit une somme conséquente.
Bien qu’au 55 rue des Petites Écuries, il y ait, au rez-de-chaussée, l’espace d’une ancienne boutique, dans aucun dossier, il n’est fait état qu’il possédait ce local commercial au 55.

Tous les rapports notent un appartement avec un loyer de 480 F rue de Turenne, (appartement petit dans un quartier populaire) en 1917 et un loyer de 1500 F au 55 rue des Petites Écuries (appartement avec 3 ou 4 pièces dans un quartier démontrant son aisance professionnelle). En 1935, son loyer est de 4 400 F. Augmentation justifiée par l’inflation ou surface plus conséquente, impossible de le justifier ! Cet appartement servait d’adresse commerciale comme le montre sa carte de visite professionnelle. Il est à noter que Léon a su, en peu de temps, faire fructifier son affaire.

En 1927, Léon achète une entreprise au 94 bd des Batignolles. Mais, il n’est pas encore temps d’en parler !

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Le Courrier : anciennement Guide du commerce – 22 mars 1927 –

🌐D’où lui viennent ces importations ?

En 1905, un article du journal de Salonique nous indique la profession du père de Léon : « négociant en manufacture ».

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Le Journal de Salonique est un journal bihebdomadaire publié de 1895 à 1911 à Salonique, en Grèce ottomane. Il s’agit du plus ancien journal français publié dans la ville. Wikipédia

Salonique était un port majeur de l’Empire ottoman, très cosmopolite, avec des communautés grecques, juives séfarades, turques, bulgares, etc. L’économie de la ville dépendait fortement du commerce international et du transit de marchandises entre l’Europe, l’Empire ottoman et les Balkans.

Être négociant en produits facturés signifie qu’il est au cœur d’un commerce de gros de produits fabriqués. On peut facilement imaginer qu’il s’agit certainement de vêtements, de tissus ou de parfums. Cette hypothèse peut expliquer pourquoi en arrivant à Paris, Léon se lance dans le négoce de tissus et de parfums. S’apercevant du potentiel de la vente des bas de soie, il se spécialise. Et, cela lui réussit !

🧭 En généalogie-Source

Archives Nationales de Pierrefitte

2. Les Arméniens, les Grecs et les Juifs originaires de Grèce et de Turquie, à Paris de 1920 à 1936 – Michel Garin ici

3. Katherine E. Fleming – Juifs de Grèce – 2011

4. Le Journal de SaloniqueWikipédia – Numéros archivés sur Gallica.fr

5. L’œil sur l’écran : la fille de l’eau

💡 Conseil généalogique :

Famille saloniquiste