La vie de Léon de 1933 à 1939

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Porte de Vanves -1933

Ou chronique ordinaire des années noires


🌳Évolution historique

En arrivant en France en 1911, Léon est considéré comme ottoman. Salonique était la seconde ville de Turquie. La France et l’Empire ottoman ont des relations centenaires. Léon, malgré son statut d’émigré est protégé par les réseaux de l’Alliance Israélite Universelle, qualifiée par la Sûreté nationale comme « œuvre de propagande de la France à l’étranger« . Il n’a pas besoin de visa complexe, mais il est un « Oriental » aux yeux de l’administration.

Alliance Israélite Universelle

Lorsque Salonique devient une ville grecque en 1912, Léon aurait pu prendre la nationalité hellénique. Le fait qu’en 1935, il soit encore considéré comme Ottoman prouve qu’il ne l’a pas fait. Pendant la Première Guerre mondiale, son statut devient précaire, d’où les dossiers de 1917 et de 1918, retrouvés aux Archives nationales montrant des sauf-conduits à demander pour chaque voyage et sortie du territoire. Car, la Turquie est ennemie de la France.

Avec la loi de 1927 qui facilite énormément la naturalisation en réduisant le délai de résidence à 3 ans (au lieu de 10), Léon pouvait demander une naturalisation. Mais, il ne le fait pas.

La crise de 29 finit par arrivée en France et en 1932, la loi dite Protection du travail national introduit des quotas d’étrangers dans les entreprises. De plus, la montée de la xénophobie et de l’antisémitisme dans les années 30 rend le statut social des Ottomans plus précaire, même s’ils possèdent des papiers en règle.

🗃️Le Fichier dit de Moscou

C’est grâce à la surveillance organisée par la Sûreté nationale selon les préconisations de la direction de la surveillance des étrangers que les éléments suivants nous sont connus. En effet, Léon a fait l’objet d’une surveillance de 1933 à 1939 comme l’attestent les enquêtes retrouvées aux Archives nationales de Pierrefitte contenues dans le dossier dit Fichier dit de Moscou.

Le sauf-conduit, malgré les contraintes, était idéal. Il lui permettait de garder son passeport d’origine (et donc ses droits en Orient) tout en ayant la garantie de la France qu’il pouvait revenir. C’est le statut typique de l’élite nomade de l’époque.

🌿Demande de Sauf-conduit

En 1935, Léon, identifié de nationalité ottomane, demande un titre d’identité et de voyage. Un article de L’Intransigeant du 11 janvier signale que Lionel Salem est pressenti pour jouer dans le film Jésus de Nazareth en deux versions (italienne et française). Le film qui n’a pas été réalisé.

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Il prouve qu’il n’est pas turc en produisant une lettre du consulat grec de Paris, déclarant qu’il est impossible aux autorités ottomanes de le reconnaître comme citoyen turc. Les différentes instances le lui accordent après enquête de moralité.

🖋️Précarité ?

Après la faillite de Tourisme et Industrie, Léon s’inscrit au chômage. En 1931, être au chômage permet surtout d’être reconnu officiellement comme sans emploi. Cela donne accès à des secours publics (aides municipales, parfois allocations modestes), à des travaux de secours organisés par la commune, et aux bureaux de placement pour retrouver un emploi.

Ce n’est pas une assurance chômage généralisée, mais un filet d’assistance limitée, souvent conditionnée et insuffisante face à la crise. Il en est radié le 27 décembre 1932, après la décision d’une commission paritaire locale, ayant été signalée touchant irrégulièrement ses allocations.

La crise économique aggrave la xénophobie : les étrangers sont accusés de prendre le travail des Français, et les Juifs sont particulièrement visés par des préjugés antisémites de plus en plus visibles. Même si Paris reste un lieu de relative liberté comparé à l’Europe centrale ou orientale, la vie est marquée par l’insécurité matérielle, la surveillance administrative et la crainte d’expulsion ou de marginalisation.

La faillite ne semble pas n’être qu’un revers commercial, mais une véritable mort professionnelle qui le pousse vers les aides publiques. L’inscription au chômage indique qu‘il n’avait pas de réserves financières suffisantes après l’achat de l’entreprise des Batignolles. Et même que cette entreprise n’existe plus.

La commission paritaire est une instance composée de représentants des employeurs et des salariés. Cette radiation suggère une enquête ou une dénonciation (d’où l’emploi du mot signaler). Cela le place dans une situation d’illégalité ou, au moins, de conflit avec l’État dès 1932. En tout cas, Léon devait travailler « au noir » comme commissionnaire ou d’intermédiaire non déclaré ou traducteur, comme il se qualifie peu après.

🖋️ Indésirable ?

Sa nouvelle carte d’identité n° 327563 est délivrée le 7 juillet 1930. Une demande de refoulement est déposée le 15 mars 1933. La démarche de la Ligue des droits de l’homme (LDH) auprès du ministère de l’Intérieur lui permet d’être autorisé à séjourner jusqu’au 31 mai 1933 par note du 30 mars.

En 1932, la loi protégeant la main-d’œuvre nationale est votée. On veut chasser les étrangers pour « libérer » des emplois. Mars 1933 marque aussi l’arrivée au pouvoir de Hitler. Ce climat antisémite et xénophobe commence à infuser les administrations préfectorales.

Que la LDH doive intervenir auprès du ministère de l’Intérieur montre que le cas est devenu « politique ». Obtenir un séjour jusqu’au 31 mai 1933 (seulement deux mois de répit) montre l’inflexibilité du ministère. Léon Salem vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Mais, il peut compter sur des appuis solides !

Seulement la note datant du 8 mai 1933, retrouvée dans le fichier « dit de Moscou », qui a déclenché la seconde enquête de la Sûreté nationale, ne vient pas répondre à cette mesure d’expulsion, mais à une demande particulière du ministère de l’Intérieur.

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Enquête pour obtenir les Palmes académiques

Les conclusions, bien que pointant l’honorabilité de Léon, ne lui permettront pas de les recevoir.

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L’enquête de 1935 apporte des précisions importantes. La mesure de refoulement avait été prise pour renouvellement tardif de la carte d’identité et non-paiement des indemnités qu’il avait encourues. La production d’un certificat de travail visé favorablement par le service de la main-d’œuvre étrangère lève le contentieux. Ce certificat devait affirmer que Léon était un traducteur.

📚Traducteur

Dans les années 30, avec l’arrivée du cinéma parlant, le besoin de traducteurs pour le doublage et les sous-titres était immense. C’est peut-être ainsi qu’il a maintenu un lien avec le milieu du cinéma tout en restant officiellement « traducteur » pour l’administration.

De plus, se déclarer traducteur (profession libérale/intellectuelle) était souvent une stratégie pour les étrangers en sursis afin de justifier de revenus sans avoir besoin d’une carte de commerçant ou d’un contrat de travail industriel, plus strictement contrôlés.

Seulement, là encore, l’enquête de la Sûreté en 1935 renseigne plus précisément sur ses activités de traducteur, puisqu’il travaille chez « M. Le Perrin », député de la Nièvre, pour un salaire de 1000 F.

Émile Périn (1892-1965) était un homme politique français, maire de Nevers de 1925 à 1935 et député de la Nièvre de 1932 à 1936 (puis réélu en 1936) sous l’étiquette d’Union de la gauche (groupe Unité ouvrière puis Parti d’unité prolétarienne au Parlement). Voir Wikipédia

Sur le plan parlementaire, il s’est fait connaître par :

  • son engagement social, en particulier la lutte contre le chômage et la défense des travailleurs. Assemblée nationale
  • des propositions législatives sur les caisses de chômage municipales, l’aide aux travailleurs saisonniers, l’amélioration de la sécurité routière, et l’éclairage des grandes routes. Assemblée nationale
  • son implication dans des questions variées, dont les transports et les communications. Assemblée nationale

Il a aussi participé à l’élan du Front populaire lors des élections de 1936 et a été actif sur les thèmes du mieux-être social et de l’entente européenne dans sa campagne. Assemblée nationale

À l’époque, il est rémunéré comme employé du député, une fonction probablement polyvalente (secrétariat, rédaction, documentation). Elle recouvre vraisemblablement aussi des tâches de traduction et de traitement de documentation politique étrangère. Le salaire correspond à une rémunération normale pour un travail modeste mais réel, compatible avec un emploi régulier à temps partiel ou quasi plein.

Et toujours acteur de second ordre

– 🎬Golgotha (1935) de Julien Duvivier

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Car, en 1935, Léon apparaît encore dans un film de Duvivier, « Golgotha ». C’est une fresque historique et religieuse monumentale qui retrace la Semaine sainte, de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem jusqu’à sa Crucifixion. Le film est resté célèbre pour son réalisme, sa mise en scène grandiose et son casting prestigieux (notamment Robert Le Vigan en Jésus et Jean Gabin en Ponce Pilate).

Dans cette production, Léon interprète le rôle de Simon de Cyrène. Il est l’homme réquisitionné par les soldats romains pour aider Jésus à porter sa croix sur le chemin du Calvaire.

– 🎬Thérèse Martin (1938) de Maurice de Canonge

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C’est un retour symbolique pour lui. Il avait déjà joué dans la version de 1929 réalisée par Duvivier (La Vie miraculeuse de Thérèse Martin), où il tenait le rôle important de Louis Martin (le père de la sainte). En 1938, il participe à cette nouvelle version parlante. Bien que son rôle y soit plus secondaire, sa présence souligne sa spécialisation dans les fresques religieuses ou historiques de l’époque.

– 🎬L’Enfer des anges (1939) de Christian-Jaque

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C’est sa dernière apparition à l’écran. Il y interprète un personnage nommé « Le Rouquin ». C’est un drame social très noir sur l’enfance maltraitée et les bas-fonds de Paris. Tourné en 1939, le film a été censuré et n’est sorti qu’en 1941.

Le projet de L’Enfer des anges est né de la stupéfaction qu’éprouva Christian-Jaque, réalisateur des Disparus de Saint-Agil et de nombreuses comédies, lors de sa découverte de la zone de Saint-Ouen. Une image l’avait alors particulièrement frappé : celle d’habitants miséreux lui refusant l’accès à leur quartier. La Cinémathèque

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Christian-Jaque

Tourné en 1939, le film, sélectionné pour le premier Festival de Cannes, est censuré par le gouvernement Daladier car soupçonné d’idéologie communiste. Il sort en 1941, récupéré par la politique vichyste qui y voit une illustration de la « France d’avant ». La Cinémathèque

Commissionnaire, traducteur et acteur, le trois en un !

Pendant presque dix ans, Léon, sous le pseudo de Lionel, passe de « vedette » à acteur de second rôle, mais ne quitte pas les studios. Il a toujours travaillé aussi parallèlement, prouvant ainsi qu’il n’a jamais été dupe. Il savait qu’à son âge, il ne pourrait pas prétendre à une carrière de premier ordre. Fréquenter le milieu cinématographique était une manière de vivre plus intensément sa passion pour le cinéma. Depuis ses articles dans le Journal de Salonique souligné par Jean-Charles Reynaud aux films de Duvivier, Léon prouve sa passion pour le cinéma et le réseau solide dont il fait partie, dans l’ombre, mais toujours soutenant.

⚖️⚠️ D’un cadre répressif et xénophobe à un antisémitisme légal, systématique et persécuteur

Gouvernement Daladier (1938-1940)
Avant Vichy, la IIIᵉ République adopte déjà des mesures discriminatoires contre les Juifs étrangers : décrets-lois de 1938 durcissant le droit d’asile, révision et retrait de naturalisations (1938-1939), puis à partir de septembre 1939 internement administratif des étrangers « indésirables » ou ressortissants de pays ennemis, parmi lesquels de nombreux Juifs, dans des camps comme Gurs. Il ne s’agit pas encore d’une politique raciale d’État, mais d’une exclusion administrative et sécuritaire.

⛓️Régime de Vichy (1940-1944)
Vichy instaure une politique antisémite d’État, autonome puis aggravée sous pression allemande. À la suite de l’ordonnance allemande du 3 octobre 1940, Léon se fait recenser comme « Juif » auprès de la préfecture. Il lui est interdit de travailler officiellement comme traducteur ou comme acteur. Aryanisation économique (spoliation des biens, 1941). Recensement, port de l’étoile (zone occupée, 1942)

Internement des Juifs étrangers (4 octobre 1940). C’est certainement à cette époque que Léon déménage. Il quitte le 55 rue des Petites Écuries, trop connu, trop exposé, pour occuper un appartement plus modeste au 23 rue Jansen dans le 19ᵉ. Il se dit traducteur.

Le régime de Vichy publie les noms de francs-maçons pour désigner des ennemis intérieurs, légitimer sa Révolution nationale et exclure durablement des individus de la vie publique. Le nom de Léon Salem (ou Lionel Salem) apparaît dans le Journal Officiel de l’État français du samedi 27 septembre 1941. Léon est membre de la Grande Loge de France (loge Thebah). Il est à noter qu’Ascher Salem (avocat à Issy-les-Moulineaux) était aussi Franc-maçon.

Asher Salem, peut-être le frère de Léon

👉 La publication des noms n’est pas un simple recensement : c’est un outil politique de persécution, destiné à désigner, exclure et discréditer un groupe identifié comme ennemi du nouvel ordre vichyste. Mais, attention, inscrit sur les listes publiées par le régime de Vichy atteste moins d’une activité maçonnique vérifiée que de son identification comme tel par l’appareil répressif.

En conclusion, Léon est ciblé par Vichy à la fois pour ses origines et pour son appartenance maçonnique, ce qui accélère les procédures de surveillance.

La Loge Thebah

Fondée en 1901, cette loge porte le titre distinctif de Thebah (« l’Arche » en hébreu).
Selon Jean-Pierre Lassalle, le recrutement de la Loge Thebah « était sélectif et l’on y trouvait nombre d’esprits originaux, à la fois tournés vers la tradition et ouverts aux novateurs » (Lassalle, 2000, 89).

L´un des fondateurs de la loge maçonnique Thébah de la Grande Loge de France fut Pierre Deullin, qui était par ailleurs un membre du Mouvement cosmique créé par Max Théon (1848-1927), courant ésotérique juif et plus précisément kabbalistique qui constituera en France une véritable tradition représentée également en Inde par la Mère de Pondichéry, Sri Aurobindo et Satprem.

Il faudrait encore plus de temps pour comprendre ce que Léon a trouvé dans cette loge, si particulière, qui attira, après la Seconde Guerre mondiale, nombre de surréalistes, comme le premier d’entre eux, André Breton.


🧭 En généalogie-Source

🔎 Le Fichier dit de Moscou : une mine généalogique

Le Fichier dit de Moscou (parfois appelé Archives de Moscou ou Fonds de Moscou) est un ensemble de documents d’une importance capitale pour la généalogie française.

📜 Qu’est-ce que c’est ?

C’est une collection d’archives françaises qui a été saisie par les troupes allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale et qui a fini par être transférée à Moscou, en Union soviétique (aujourd’hui Russie), après la défaite du Reich.

👨‍👩‍👧‍👦 Où les consulter ?

Grâce à des accords entre la France et la Russie, une grande partie du fonds a été microfilmée et est désormais consultable en France.

  • Le Service historique de la Défense (SHD) à Vincennes possède une copie importante de ces microfilms, notamment pour les archives nobles et familiales.
  • Les Archives nationales détiennent également une partie de la collection.

🧭 En généalogie-Source (suite)

Archives Nationales de Pierrefitte

Le fonds de Moscou – Revue française de généalogie

Émile Perin – Wikipédia

M. J. Lesage

💡 Conseils généalogiques :

Attente des réponses. 🧩

Famille saloniquiste

La vie de Léon de 1927 à 1933

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En réalité, l’âge des désillusions

Léon abandonne son prénom pour le cinéma, au moment où il achète une entreprise. Même s’il tente de s’inventer en Lionel, il garde la tête sur les épaules.

Le cinéma est alors une mine d’or pour ceux qui croient dans ce nouveau mode artistique. Lucien Pinoteau, régisseur de Duvivier sur L’agonie de Jérusalem, raconte combien la préparation fut exigeante. La cellule qui figure dans le film se devait d’être le plus réaliste possible. Une réalité qu’il a fallu chercher.

L’Agonie de Jérusalem était le second film d’un « triptyque de la foi« , après « Credo ou La Tragédie de Lourdes«  (1924). Le troisième intitulé « Jésus l’humanitaire« , ne verra pas le jour sinon sous le nom de Golgotha (1935).

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Julien Duvivier

Élevé par les jésuites, Duvivier revisite son éducation à l’aide de ses premiers films. En tournant en Palestine, il découvre Jérusalem, Bethléem, Nazareth, Génézareth, Bethanie, Tibériade, Jéricho, vallée de Josaphat, mont Tabor, etc. Pourtant, ce fut, malgré l’interprétation de Léon, un « véritable bide », selon Hervé Dumont, critique cinématographique.

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Porte de Damas – Jérusalem- 1926

Imaginer ce que fut ce voyage pour Léon, n’est pas chose aisée. Son évolution montre que son engagement religieux devait être mesuré, sans qu’évidemment, aucun fait ne puisse l’attester.

Son frère, de six ans son aîné, David, commerçant, fait naître son premier enfant, Isodore, en 1916 à Beyrouth (décès à Paris 5e en 2002) et sa seconde, Juliette, à Jaffa en 1919, Esther, la suivante au Caire, etc. David meurt à Paris 4ᵉ en 1950, ce qui démontre certainement qu’il n’était pas en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, pour son voyage en Palestine, Léon en profite, probablement, pour rencontrer son frère.

Devenir véritable acteur à  part entière ?

Cette figure christique ne fait pas de Léon un acteur. Malgré son ambition et ses relations, sa carrière ne décolle pas du statut de figurant.

Duvivier évoque ses débuts dans l’industrie cinématographique. Alors qu’il percevait 50 F mensuellement au théâtre, il pouvait recevoir 15 F pour une matinée comme figurant et 10 F pour un après-midi en 1920. Ainsi, Léon se fait des petits cachets pour améliorer son ordinaire

📽️La vie miraculeuse de Thérèse Martin

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La vie miraculeuse de Thérèse Martin (1929) est réalisée par un collaborateur fidèle de Julien Duvivier. Il y tient le rôle de Louis Martin, le père de Sainte Thérèse. Ce film consolide son image d’homme sérieux, grave et « habité ».

📽️Chacun porte sa croix

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Dans Chacun porte sa croix (1929), Léon y incarne à nouveau la figure de Jésus. Pour le public, il est alors l’acteur « biblique » par excellence du cinéma français.

Parallèlement, le rapport de la Sûreté nationale témoigne que Léon reçoit un diplôme d’honneur pour service rendu par la Société Nationale d’encouragement à la mutualité, à la même période. Pour l’instant, je n’ai rien retrouvé concernant cette distinction.

La carrière de Léon stagne ! À part Jésus, que joue-t-il d’autre ? Rien ou si peu, et toujours dans des films qui parlent de bondieuserie ! Il est temps d’oser casser une image. Il a 47 ans lorsqu’il rencontre Buñuel.


🎬L’Âge d’or de Luis Buñuel (1930)

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Coécrit avec Salvador Dalí, L’Âge d’or est un des premiers films parlants en France. Il est conçu comme une succession de scènes oniriques et provocatrices, explorant les thèmes de l’amour fou et de la lutte contre les inhibitions sociales.

Le film commence par un documentaire sur les scorpions, passe par la fondation de la Rome impériale sur des squelettes d’évêques, et suit les tentatives désespérées d’un couple de s’unir malgré les obstacles de la religion et de la bourgeoisie.

Le film est entièrement financé par le vicomte Charles de Noailles et sa femme Marie-Laure, mécènes de l’avant-garde. L’Âge d’or est écrit à Hyères, dans la villa cubiste des Noailles qu’a construite Robert Mallet-Stevens, et tourné dans les studios de Billancourt. D’ailleurs, la première projection eut lieu dans leur hôtel particulier à Paris.

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Charles de Noailles et sa femme Marie-Laure

📜 Secrets de tournage

Bien que crédité au scénario, Dalí n’a travaillé que quelques jours sur le projet. Une dispute (notamment liée à la relation de Dalí avec Gala, que Buñuel n’appréciait pas) a mis fin à leur collaboration étroite commencée avec Un Chien andalou. Le film fait apparaître de grandes figures de l’art, particulièrement le peintre Max Ernst dans le rôle du chef des bandits.

Léon dit Lionel tient le rôle du duc de Blangis dans la séquence finale, une référence directe aux 120 Journées de Sodome du Marquis de Sade, où le personnage est grimé en figure christique.

L’accueil du film fut l‘un des plus violents de l’histoire du cinéma : décembre 1930, des militants d’extrême droite (Ligue des Patriotes et Ligue de l’Antisémitisme) saccagent la salle de cinéma, jettent de l’encre sur l’écran et détruisent des œuvres surréalistes exposées dans le hall. À la suite de ce tumulte, le préfet de police Jean Chiappe interdit le film. Cette interdiction a duré plus de 50 ans ; le film n’a été officiellement autorisé à nouveau qu’en 1981. Le scandale fut tel que le vicomte de Noailles fut menacé d’excommunication par le Vatican et exclu du Jockey Club.

Si Léon voulait casser son image de Jésus, en participant à ce film, il n’y réussit absolument pas !

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🪵Fin de sa carrière d’acteur ?

À 47 ans, Léon ne pouvait imaginer faire carrière au cinéma ! L’achat de l’entreprise des Batignolles le prouve. Il a surfé sur l’engouement pour le cinéma. Il a dû bien s’amuser, aussi. Mais, en aucune manière, il n’a pensé qu’il deviendrait le prochain Gabin, qui lui allait crever l’écran, quelque temps après. De plus, la photographie, façon Harcourt, devait être réservé pour quelques privilégiés. Sur aucune fiche technique des films auxquels il a participé ne figure son portrait. Il n’y a aucune photo pour rappeler son travail cinématographique !

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👵 L’année 1930, année du deuil

Le film sort le 28 novembre 1930. Mais, le scandale a dû être effacé par le décès de sa mère au 10 rue Saulnier à Paris 9ᵉ à l’âge de 84 ans.

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Au recensement de 1926, elle était déjà à Paris et résidait au même endroit avec une autre femme d’à peu près son âge et une jeune femme.


🌿Toujours au 55 rue Petites Écuries

Au recensement de 1931, Léon vit toujours à la même adresse. Il se fait appeler Lionel, artiste de cinéma. Erreur ou volonté de rajeunissement, sa date de naissance est fausse (1889). Il vit avec Schneider Sarah qui est identifiée comme parente. Pourtant, la même année, Sarah vit avec ses parents, Isaac et Dora, émigrés russes, son frère Benjamin (né en 1909 à Paris) et sa sœur Marion (née en 1913 à Paris) au 55 rue des Poissonniers à Paris 18ᵉ, quartier Clignancourt. Sarah, alors âgée de 21 ans, travaille comme dactylo, le nom de son employeur est illisible. Marion est employée à « Bourse publicité ». Leur vie commune devait être récente.

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🟢 Fin de l’âge d’or, en 1931

En novembre, la maison Tourisme et Industrie pour laquelle il était chef de publicité fait faillite (source Fichier de Mocou. Voir prochaine chronique). Elle est située au 6 boulevard d’Aurelle de Paladines à Neuilly-sur-Seine. Ce point vient ébranler la théorie que Léon attendait, à 48 ans, une hypothétique carrière d’acteur ! Au contraire, avec Jean-José Frappat, il investissait un domaine extrêmement novateur pour l’époque.

La maison Tourisme et Industrie est une société de production et promotion de films culturels, touristiques et industriels, dont la vocation est de mettre en valeur des régions (comme le Nord dans l’article notés ci-après) et des activités économiques comme le lin par la promotion à ambition poétique, documentaire ou symbolique. Elle a été active principalement de 1929 à 1931.

🎯 Jean-José Frappat, romancier, en sa qualité de directeur de Tourisme et Industrie, est le maître d’œuvre intellectuel, celui qui donne un sens narratif et culturel aux films. Son rôle est culturel, narratif et artistique, non technique.
✔ Léon assume les fonctions de chef de publicité. Sa connaissance du milieu cinématographique et ses qualités relationnelles sont parfaitement exploitées dans ce travail.

🎬Au côté de Tourisme et Industrie, l’entreprise Nord-Film est une société de production cinématographique active en 1930-1931 qui travaillait en partenariat. Elle est spécialisée dans des films industriels, documentaires ou sociaux.

Elle a été décrite notamment dans un articleLe cinéma au service du patronat : Nord-Film, une maison de production française en 1930-1931. Il souligne que certains films produits par Nord-Film étaient commandés ou réalisés dans un cadre très lié au patronat et à des thèmes industriels, reflétant explicitement des intérêts économiques plutôt que purement artistiques. Dirigée par Gaston Roudès, la société exploitait des studios à Neuilly-sur-Seine au 7, boulevard du Château.

Un projet attribué à la société est un film, La Chanson du Lin (1930), préparé à Lille, qui est consacré à la culture et à l’industrie du lin dans le Nord de la France. Le traitement du sujet, tel qu’il apparaît dans la presse (voir ci-dessous), s’inscrit dans une démarche associant documentation économique et ambition poétique, caractéristique de certaines productions, non fictionnelles de l’entre-deux-guerres.

Ces informations montrent la modernité de la démarche. Léon a tenté de capitaliser sur son succès cinématographique pour asseoir sa légitimité dans le milieu du cinéma, sa véritable passion.

Licencié, il perd son statut social. Le rapport de la Sûreté nationale consigne son basculement : il passe des cercles du cinéma et de la presse aux guichets du chômage de la mairie du 10e.

🧭 Une généalogie-Source

Cinémathèque – L’âge d’or

LA BELLE ÉQUIPE : Lucien Piniteau – Souvenirs d’un régisseur.  Part 4

Hervé Dumont – Sur son site – L’antiquité au cinéma. 

Le cinéma au service du patronat : Nord-Film, une maison de production française en 1930-1931– Paul Renard 1895, Revue d’histoire du cinéma – Année 1994

💡 Conseil généalogique 

Famille saloniquiste