Présence polonaise – Nord et Est – France

Lors de ma visite aux Archives Nationales, je me suis penchée sur le fond de la Sureté nationale qui renseignait sur la communauté polonais dans ces deux régions.

Le canton de Briey est situé dans le département de Meurthe-et-Moselle, plus au sud que celui de Longwy- Longlaville. Ici, il s’agit de surveiller activement un journal polonais pourtant tiré à très peu d’exemplaires.

Il s’agissait aussi de surveiller si la propagande communiste n’augmentait pas.

Évidemment, les polonais qui se déclarent communistes, font l’objet d’une surveillance renforcée et même ils sont ici nommément identifiés.

L’expulsion des polonais

Ils sont venus en masse à partir de la signature de la Convention entre la France et la Pologne en 1919 (Voir Immigration économique polonaise). Mais deux points vont infléchir ce mouvement:

  • En mai 1926, le maréchal Piƚsudski revient au pouvoir, inaugurant l’ère de la « Sanacja » ( « l’assainissement moral »). Au nombre des réformes à accomplir, figure le resserrement des liens entre la mère-patrie et ses fils à l’étranger : lente mutation destinée à s’accélérer après 1930, elle s’ébauche aussitôt.

« Simultanément, les Polonais de France affrontent une première crise économique. Eux qui aspirent à retourner dans leur pays lorsqu’ils pourront y trouver à coup sûr un travail salarié ou lorsque leurs économies leur permettront de s’établir à leur compte, redoutent d’y être contraints sans cela. Or, pendant la crise de 1926-1927, ils essuient reproches et menaces de rapatriement. Les immigrés s’accrochent, comme un moindre mal, à un pays qui semble ne plus vouloir d’eux. Tout le drame de la décennie suivante se trouve en puissance dans l’atmosphère malsaine de 1927″.

Polonais méconnus

L’effort d’après-guerre ayant été fourni, la France songe à l’expulsion la main d’œuvre étrangère dont elle a moins besoin. le mouvement intensifiera jusqu’aux années 1932/1933, lorsque les conséquences de la crise économique deviendront importantes.

« Le salaire conventionnel du mineur qualifié passe ainsi de 39,51 F (niveau atteint en novembre 1926) à 36,91 F dans le Nord et le Pas-de-Calais. Pour la France entière, le salaire moyen de l’ensemble du personnel, fond et jour, tombe de 32,88 F à 31,08 F, soit une diminution de 1,80 F.A la fin de 1927, il ne sera plus que de 30,69 F.« 

Polonais méconnus

Pourtant, la convention prévoyait les mêmes droits aux ouvriers polonais que ceux donnés aux français (chômage, aide, etc). Mais, certaines municipalités refusent d’appliquer la loi. De plus, la barrière de la langue n’aide pas.

Le décret du 28 décembre 1926 précise que, pour avoir droit aux subventions du fond de chômage, il faut fournir un certificat portant la mention : « congédié pour manque de travail » ; des employeurs négligent de le remettre aux salariés qu’ils renvoient et les Polonais, comme bien d’autres immigrés qui ignorent la langue française et les usages administratifs, n’en mesurent pas l’importance ou bien n’osent pas le réclamer. Ajoutons à cela la mobilité particulière des étrangers récemment arrivés en France. Tous ne possèdent pas l’ancienneté de six mois de résidence dans la commune lorsqu’ils perdent leur emploi.

Polonais méconnus

Pourtant la Lorraine reste un territoire presque protégé comme le centre de la France.

A l’inverse, en Lorraine du fer, la population polonaise enfle, et singulièrement la population adulte masculine. En Meurthe-et-Moselle de janvier 1926 à juin 1927, les Polonais connaissent un accroissement de 43 % (de 12 723 à 18 177) et les hommes âgés de plus de quinze ans, de 58 % (7 176 à 11 318)33. Les Polonais passent ainsi de 13 % à 19 % des étrangers du département, toujours derrière les Italiens. Néanmoins l’écart se resserre entre eux car l’effectif italien se tasse. Il s’opère une redistribution. Les établissements miniers du plateau de Briey renvoient des Italiens et prennent à leur place des Polonais, moins exigeants, pour des tâches difficiles et mal payées. Les nouveaux arrivés sont des hommes seuls, déjà en France et sans emploi. Certains viennent du Pas-de-Calais : la crise favorise de façon temporaire un déplacement géographique inverse de celui observé antérieurement. En 1925, les Italiens représentaient 51 % des mineurs de fer du département et les Polonais, 12 % ; en 1927, respectivement 36 % et 30 %.

Polonais méconnu

La défense des ouvriers polonais

Les cellules communistes assurent le soutien d’ouvriers polonais, car le climat politique de l’époque encourageait plus tôt l’embauche d’ouvriers français.

La surveillance s’intensifie aussi dans le canton de Longwy, proche de Longlaville. Cette association au seul but de continuer à faire vivre la culture du pays d’origine fait pourtant l’objet d’une surveillance.

Certains polonais, plus conservateurs, préfèrent rester en lien avec l’administration d’origine et s’organiser avec cet appui pour augmenter leurs droits.

Le journal polonais Narodowiec fondé en 1909 consacre en avril 1929 un article sur l’assistance médicale nécessaire aux ouvriers mineurs. Il est reproduit ci -dessous :

Antisémitisme

La période était propice à la surveillance de groupes religieux « sensibles ». La Sureté a dilégenté une enquête concernant l’embauche d’ouvriers de confession juive. Voici son résultat :

Xénophobie

L’étranger reste étrange. Et les ouvriers polonais ne font pas exception. Le ton de cette note le témoigne.

Pour conclure,

Une note optimiste, ce tract qui invite tous, hommes et femmes, français ou non, à participer à un bal.

Tous enchaînent la danse de l’oubli. Des corps radieux dans des cordages de misère. Leur dimanche ne sera qu’une poignée d’heures, une petite suée de gaité sous les aisselles et sur le front.

Et ils dansaient le dimanche – Paola Pigani

Famille K

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Le vécu de la famille Agier et Juston

Le premier recensement disponible est celui de 1911*. La famille habite dans le quartier Chalamet à Lamastre dans la troisième maison. Élie est déclaré être jardinier, une reconversion depuis 1905, et sa femme ménagère. Ils ont déjà quatre enfants : Hélène (c’est Éline) en 1902, Odette en 1905, Amélie en 1906 et mon père Marcel (ainsi déclaré) en 1907.

En 1921, la famille habite encore à Lamastre au 178 rue Olivier de Serres mais, Eulalie Élisa est seule. Son mari, Élie est décédé le 17 juillet 1920 (pas d’acte de décès Uniquement disponible sur le lieu des archives). Eulalie Élisa se dit ménagère, sa fille aînée Éline est domestique. Tous les enfants sont présents : Odette, Amélie, Élie, mon père, Paul, Hélène et Lucie.

Au recensement de 1931, la famille a déménagé au 204 rue Olivier de Serres*. Eulalie Élisa ne travaille plus, elle a 52 ans. Hélène est déclarée tisseuse, Lucie, Marcel, Odette et Paul y sont recensés aussi.

En 1936, nouveau déménagement au 203 de la même rue*. Eulalie Élisa y habite avec Paul (chauffeur chez Mantegue), la jeune Hélène (bonne chez Mazabrard) et Lucie (tisseuse chez Fauris).

Mazabrard Jean Pierre Élie était instituteur à Lamastre dès 1935 avec sa femme Berthe Ponton. Le couple eut trois enfants. Mariés au Temple, on peut penser qu’ils ont connu la famille Agier au Temple. Syndicaliste engagé ce fut une figure de l’engagement social. Hélène y fait des ménages sans qu’on sache pendant combien de temps.

À la fin du XIXè siècle, les industries sont prospères à Lamastre : Le climat se prête à l’élevage des vers à soie. La force de l’eau est utilisée. De nombreux moulinages et filatures s’y développent. Victor Reyne, qui donnera son nom à un quartier de Lamastre, développe ses activités dans ce domaine. En 1925 une centaine d’ouvrières sont employées. Les soies Reyne sont très prisées sur le marché de Lyon.

En 1921, Les établissements Gaston Verdier de Meaux comptent 30 à 40 ouvriers bonnetiers fort bien rémunérés et 120 à 140 ouvrières. À son arrivée à paris, mon père est dit bonnetier. Il a certainement travaillé dans ce domaine.

Usine Reyne

Moulinage et filature à Lamastre

Les recensements de 1946 à 1975 sont consultables en salle de lecture.

  • Acte d’état civil retrouvé

Famille A

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2. Mais qui est Jacob ?

Après de longues recherches, la trajectoire de Jacob en France est connue du 28 février 1921 jusqu’au 23 décembre 1932.

Du coup, on connaît son visage, sa signature. Il est bien le père de deux enfants, André et Suzanne. Il était machiniste et manœuvre.

Les recherches élargies en France se déclinent plutôt par celles qui restent infructueuses …

Fonds de Moscou

Important fonds d’archives saisies par les nazis à Paris en 1940, puis par l’armée de Staline lors de la capitulation allemande, il est restitué à la France lors de la Chute du Mur de Berlin.

Ce fichier recense de 1900 à 1940 la surveillance des militants politiques, l’application des peines d’expulsion ou d’interdiction du territoire faisant suite à des condamnations judiciaires, les interventions de la Sureté dans la demande de cartes identités étrangers pour élaborer les titres de séjour, les demandes de passeport aussi bien pour les Français que les étrangers et la police des jeux.

Autant dire qu’une personne recensée dans ce fichier, certes on apprend beaucoup, mais ce n’est pas forcément de bon augure…

Les archives nationales mettent en ligne un fichier nominatif. À charge si un nom y est recensé de se déplacer à Pierrefitte pour demander la consultation du dossier.

Jacob n’y a pas de dossier.

Le cercle de généalogie juive

Première association française de généalogie juive, le site recense dans ses différentes bases de nombreux dossiers qui en font un incontournable mondial pour cette religion.

Jacob n’y est pas recensé.

Les victimes de la Shoah

Yad Vashem, avec ses partenaires, a recueilli et enregistré les noms et les détails biographiques de millions de victimes des persécutions systématiques antijuifs menées pendant la Shoah.

Un certain nombre de Klank y sont recensés mais pas Jacob.

Le ghetto de Lodz en Pologne

Lodz est la deuxième ville de Pologne et un pôle industriel majeur. Un ghetto y est établi le 30 avril 1940. Après celui de Varsovie, c’est le plus grand ghetto des territoires sous occupation allemande, c’est aussi celui qui est le plus isolé de ses environs et des autres ghettos.

En janvier 1942, ont lieu les premières déportations depuis Lodz vers un site d’extermination où les Juifs sont assassinés dans des camions à gaz.

Ancestry a fait un recensement avec une recherche nominative. Jacob n’est pas décédé au ghetto.

Naturalisation française

La loi du 10 août 1927 facilite le droit d’accès à la nationalité française en diminuant à trois ans le temps minimum de résidence.

De 1927 à 1938, le nombre des naturalisations s’élève à 38 000 par an en moyenne, jusqu’à atteindre 81 000 en 1938. Évidemment, après, cela sera autre chose…

Chaque demande fait l’objet d’un dépôt d’un dossier avec :

  • État civil des demandeurs, date et lieu de mariage (pour les couples)
  • Les enfants majeurs et mineurs des demandeurs
  • Les pères et mères des postulants
  • Les frères et sœurs des demandeurs avec bien d’autres renseignements.

Si le dossier fait l’objet d’une ouverture à naturalisation, l’information est promulguée dans le Journal Officiel. Il suffit alors de chercher dans Gallica le nom de la personne.

Un dénommé Klank Alexandre a fait l’objet d’une naturalisation.

Aucun lien de Jacob avec lui, son ascendance et sa descendance.

Décès en France

Décès en France est un registre des personnes décédées en France depuis 1970.

Jacob n’y est pas recensé.

Origine du nom de famille

Le site Généanet recense la présence d’individus selon le nom de famille.

Klank est un nom qu’on retrouve beaucoup en Allemagne et aux Pays-bas.

Immigration aux États-Unis

On retrouve facilement la liste des émigrés aux États-Unis.

Un certain nombre de Klank ont fait le voyage.

Arrivée de Wilhem Klank, allemand, à NY 1937.

Notre Jacob n’y est pas recensé.

Les groupes Facebook

J’ai interrogé des groupes Facebook auxquels je suis abonnée.

Rien, aucun retour constructif

Les forums

Idem sur les divers forums. Google a archivé les demandes d’aide. Des petites aides mais, en fait assez peu de choses !

En conclusion

Difficile de recenser le nombre de démarches faites demeurées infructueuses. Nous restons avec ce mystère : Qui est Jacob ?

Famille K

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1. Jacob K.

De cet immigré, Jacob ou Jakob, je n’ai pu, pour l’instant, que reconstituer douze années de sa vie en France. Plus qu’un géniteur, puisque Suzanne l’a connu comme père pendant cinq mois et sa mère a partagé sa vie durant au moins quatre ans, je me heurte à l’invisibilité de l’immigration.

Et, pourtant, les papiers obligatoires que tous étrangers doivent se munir pour travailler en France, devraient permettre de retrouver plus que ce que mes recherches ont récolté. À moins, que comme des milliers d’immigrés, Jacob ait échappé au système…Mais c’est une autre histoire. Voir CI étranger

Retrouver l’accident de son fils

A la faveur d’une recherche sur le site Geneanet tout à fait aléatoire, j’ai retrouvé un article de l’Est républicain relatant l’accident. Cela donnait une réalité à la rumeur familiale. Voir Frida amoureuse

L’accident a été relayé par plusieurs journaux tant l’atrocité était ressentie dans la communauté. Pour la première fois, l’existence de cet homme était prouvé.

Après la recherche des actes de naissance de André et Suzanne allait donner une autre forme de réalité à cet homme dont la famille ne savait rien, puisque le couple s’était séparé certainement peu après.

Son arrivée en France

En France, sa demande de carte d’identité a été déposée le 28 juin 1920 à Saint Chamond dans la Loire. C’est la première date connue.

On lui a pris sa demande de CI en gare de Sarreguemines au matin du 24 février 1921 à la descente du train venant de Sarrebruck. On peut imaginer qu’il devait changer de train et rejoindre Saint-Chamond dans la Loire.

Les deux russes qui voyagent avec lui ont aussi leurs papiers confisqués.

KARMAZIN a fait sa demande de CI le 25 janvier 1919 à Paris. Il réside au 88 avenue Gambetta. Il devait embarquer au Havre au mois de mai 1920 sur un bateau américain. Nationalité russe.

STARKANG a fait sa demande de CI à Paris le 25 / ? /1919. résidant à Courbevoie au 88 avenue Gambetta . Nationalité russe.

Les questions sont nombreuses : Pourquoi voyageaient-ils ensemble ? Est-ce que Sarreguemines était un changement pour eux: Klank pour Saint-Chamond et les deux autres pour Paris. On n’en sait rien !

La gare de Sarrebruck était signalée ouvrir sur l’ensemble du réseau ferré allemand. Et, celle de Sarreguemines était une gare frontalière qui permet d’accéder à tous le réseau d’Alsace et de Lorraine, qui va jusqu’à Bâle en Suisse.

Seulement, l’administration n’avait pas le droit de prendre leurs papiers. La réponse de la Sureté arrivera plus tard.

Des recherches faites sur ses deux acolytes voyage n’ont rien donné. Rien non plus dans la base Régie du Cercle de la Généalogie Juive.

Alors que nous apprend sa demande de CI

Jacob habite dans les baraquements à Saint-Chamond. Le cantonnement de la Varizelle et ses baraquements édifiés durant la première guerre mondiale pour accueillir la main-d’œuvre coloniale sont utilisés par les Forges et Aciéries de la Marine pour loger ouvriers français et étrangers.

Saint-Chamond se situe à quelques kilomètres de Saint-Étienne. Après la guerre de 14, le Ministère des armées a demandé à des immigrés des colonies de venir compléter son effectif dans l’usine de la Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine, dont l’activité principale est l’armement. Il est probable qu’à la faveur de la signature de la convention entre la France et la Pologne en 1919, Cf. Immigration polonaise, la Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine a profité aussi de cette main-d’œuvre. Car, à la demande des états-majors, l’usine développe dès 1916 le char Saint-Chamond, deuxième char d’assaut français.

Les recensements s’effectuent tous les 5 ans, soit pour la période concernée 1921 et 1926. Dans les recensements de Saint-Chamond ainsi que ceux d’Izieu, commune proche qui abrite aussi des ouvriers de cette entreprise, rien n’est retrouvé au nom de Jacob.

Aux archives de Saint-Chamond, n’ont rien donné les recherches dans les fonds de police locale et de police générale et notamment dans un cahier de l’arrivée et des départs des étrangers de 1916/1928. Les cantonnements notés sur le document correspondent aux cantonnements de la Varizelle, qui étaient des logements pour les ouvriers de la Compagnie des Forges et aciéries de la Marine et d’Homécourt.

Les archives départementales de la Loire ont uniquement une liste du personnel de la Compagnie des Forges pour la période 1883-1917. L’Académie François Bourdon, qui conserve d’autres archives de la Compagnie, n’a rien trouvé concernant Jacob. Les Archives Nationales du travail à Roubaix n’ont rien concernant l’entreprise.

Aucun dossier d’étranger est conservé au nom de Jacob à Saint-Chamond, y compris aux archives départementales.

Les voyages de Jacob ne nous en apprennent pas beaucoup plus.

Il part de Decazeville en Aveyron. Au XIXè siècle, la présence d’un gisement de houille permet le développement de la ville. Mais son adresse est illisible. Il y a bien le tampon du Ministère du travail avec le service des étrangers. Des recherches effectuées dans les départements suivants n’ont rien donné : Aveyron (ainsi que le Tarn qui a une base conséquente de dossiers d’étrangers).

Il se rend le 11 septembre 1920 à Moliens en Oise. Les Archives départementales de l’Oise n’ont rien trouvé.

Et l’adresse de Paris n’évoque rien.

La piste de la demande de CI étrangers s’éteint sans en révéler davantage

Sa fiche de travail

Ce papier fut le second document officiel qui j’ai trouvé le concernant. Mittal-Arcelor a repris tous les documents concernant les anciennes mines de Meurthe et Moselle. Seulement, la signature d’un accord de confidentialité m’oblige à ne pas en publier l’intégralité.

Il est rentré dans l’entreprise vers 1922. Au départ, il habitait à Mont-Saint-Martin puis au 964 rue du Luxembourg à Longlaville en Meurthe et Moselle.

Au 964 rue du Luxembourg, actuellement, il n’existe plus rien. Nous ne pouvons savoir à quelle période il a habité à cette adresse.

Longlaville est déclarée ville aux trois frontières. Mont- Saint-Martin est situé en face sur la colline. Les Usines de Chiers sont installées dans la vallée entre les deux avec une ligne de chemin de fer qui traverse.

Jacob semble faire de petits contrats de peu de temps, pourtant est notée l’évolution concernant sa paternité. Et, même il est exclu du 16 juin 1925 au 1er mars 1926 pour insultes et menaces du site de Mont-Saint-Martin. Il est déclaré habiter Nancy au 41 rue de la Source avec Frida à partir de juin 1926 jusqu’en mai 1927. André naît en août 1927.

Jacob rentre de nouveau aux aciéries le19 août 1927 au service des mêmes établissements et il en sort le 10 janvier 1928. Il reste un an sans travailler avec eux. Puis, il rentre de nouveau le 24 janvier 1929 et en sort par un licenciement le 13 juin 1932. Pour rappel, Suzanne naît le 18 avril 1929 et a dû être conçue vers août 1928. Mais, André meurt début septembre 1929.

Le recensement de 1931 le déclare habitant à Longlaville dans des baraquements avec d’autres ouvriers.

Donc, le 13 juin 1932, Jacob est licencié des aciéries, ce qui correspond à la crise économique qui sévit en France. Nombreux immigrés seront rapatriés dans leur pays d’origine, surtout les célibataires.

Mais le 23 décembre 1932 …

Esnouveaux est une commune de Haute-Marne, près de Chaumont. Pour l’instant aucun retour des archives du petit bourg. Les archives départementales ont déclaré ne rien avoir trouvé concernant Jacob.

Pour rappel, Frida et Honoré se marient six mois plus tard, après avoir légitimé Suzanne quelques jours plus tôt.

Des recherches toujours en cours

Les archives départementales de la Meuse, de la Marne, de la Moselle n’ont rien concernant Jacob.

Les bourgs de Longlaville, Mont-Saint-Martin, Longwy n’ont rien. Ceux d’Herserange et Saulnes n’ont pas répondu.

Les cimetières de Longlaville et Mont-Saint-Martin ne comportent pas la tombe de Jacob, ni celle d’André. Hersérange et Saulnes n’ont pas répondu.

Conclusion

Malgré encore des zones d’ombre, la trajectoire de Jacob est connue du 28 juin 1920 jusqu’au 23 décembre 1932. À suivre donc

Sources

Geneanet

Google Maps

Mémoires d’immigrés à Saint-Chamond

Famille K

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Carte Identité d’étranger

Le décret de 1917 institue un papier indispensable à tous étrangers en France, la CI étranger. Celle-ci leur sert de sauf-conduit. Elle est gratuite et comporte deux couleurs selon l’affectation du travail, de couleur verte pour l’industrie et jaune marron pour l’agriculture.

Tout étranger de plus de quinze ans et séjournant plus de quinze jours en France, a l’obligation de posséder cette carte, délivrée par les préfets, et de la faire viser à chaque changement de résidence. Archives départementales du Pas-de-Calais

À partir de 1920, elle est de couleur blanche et comporte la mention agriculture ou industrie. Mais, à partir de 1922, pour désengorger les commissariats et les postes frontières, seul un sauf-conduit est nécessaire. Par contre, la carte d’identité devient payante et est envoyée à la préfecture du lieu d’accueil. Et, l’ouvrier dispose de 8 jours pour la récupérer.

Déclaration de résidence (en exécution de la loi du 8 août 1893) de Sébastien Aniorte dans la commune de Saint-Étienne en 1923 © Archives départementales de la Loire série M, dossier 1084.

En 1924, un nouveau décret modifie les conditions d’obtention de la CI d’étranger. Ce sont les mairies qui dorénavant sont habilitées à les gérer. Les difficultés sont alors nombreuses. Le manque d’interprètes, les problèmes à gérer, etc. font que les demandes sont moins bien remplies, lorsqu’elles le sont.

Les démarches

À son arrivée à la frontière, l’étranger obtient un sauf-conduit pour se rendre à sa destination.

L’étranger a 48 h à partir de son arrivée pour faire une demande de carte d’identité à la mairie de sa destination ou au commissariat. Il faut 4 photos d’identité, justifier de son identité avec son passeport, le contrat de travail et le mandat pour payer le document.

La demande est reportée sur une fiche blanche destinée au dossier central et sur une fiche jaune destinée à la préfecture. Un numéro de carte est affecté et reporté sur cette fiche.

La CI

Son renouvellement doit se faire tous les deux ans, à partir de 1924 avec changement de photo. En attendant le changement qui doit se faire au premier trimestre de la seconde année, le possesseur doit rendre son ancienne carte et reçoit un récépissé.

Sa nouvelle CI comporte un nouveau numéro et est changée à expiration ou si changement de travail.

Sources

Généalanille

Histoire Immigration

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Famille S

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Immigration économique polonaise

Dans l’histoire de l’actuelle Pologne, il y a eu trois vagues vers la France. Pas question ici de remonter au XVIIIè siècle où les liens ont été étroits. Cf, Place Stanislas à Nancy. Ici, sera évoquée l’immigration économique qui a poussé nombreux habitants de l’actuelle Pologne à s’exiler.

A partir de 1870, la première vague ouvrira des routes vers l’Allemagne, les État-Unis, le Brésil et plus tard vers la France. Devant le nombre de migrants qui s’installent à Chicago, dite deuxième ville polonaise après Varsovie, les frontières se ferment. Par exemple, Marie Curie est arrivée à Paris à la fin du XIXe siècle fuyant la russification de l’actuel territoire de Pologne.

Les conditions économiques obligent beaucoup de jeunes gens à voyager dans l’empire prussien à la recherche de travail rémunéré. certains donnent leur force de travail dans la Ruhr dans le secteur minier. On les appellent les Wesphaliens. Ils seront appréciés plus tard en France pour leur savoir-faire.

La première guerre mondiale laisse exsangue l’agriculture française et les premiers immigrés débarquent pour reconstruire tout ce pan économique. Mais, l’industrie a aussi besoin de bras…

D’un pays à l’autre

Le 3 septembre 1919, est signée à Varsovie une convention d’immigration entre la France et le tout jeune État polonais, né des décombres des empires et notamment de la Prusse et de la Russie. Elle prévoit le recrutement massif de travailleurs polonais, notamment dans les régions industrielles minières.

L’année suivante (3 juillet 1921), le projet de loi « portant approbation de la convention relative à l’assistance et à la prévoyance sociales conclue entre la France et La Pologne » est adopté par la Chambre qui établit directement des bureaux de recrutement en Pologne.

Ici, certificat de résidence de Pologne que le demandeur complétait par un extrait dcasier judiciaire.

Au départ, dans le Nord et l’Est de la France, cette Immigration est prise en charge par le ministère des Régions libérées. En 1921, le ministère passe la main au Comité des houillères de France.

La convention permet à l’industrie de « faire son marché » et d’organiser l’essor de sa productivité.

Au départ de Pologne

La Société Générale d’Immigration organisait le recrutement directement en Pologne dans des bureaux spéciaux, chargés de « trier » les demandeurs. Le prêtre de la paroisse délivrait un certificat de moralité. Une visite médicale permettait d’évaluer leur état de santé.

De plus, la France veillait à la Le centre le plus important était celui de Myslowise. Un contrat de 4 pages est remis à chaque postulant, traduit dans les deux langues.

Le trajet

En général, le trajet se fait en train sur deux ou trois jours.

Différents trajets d’immigration

A partir de 1923, la SGI ouvre l’autre trajet, en bateau vers Le havre et Dunkerque.

Toul, le plus grand centre d’accueil d’étrangers

Le centre dit de Toul est une zone sanitaire de transit pour des milliers de Polonais. En fait, les migrants arrivaient en gare de Toul et devaient rallier des baraquements de l’armée réquisitionnée pour leur accueil.

En 1931, on estime la population polonaise en France à 500 000 individus, hommes, femmes et enfants pour une population active de plus de 250 000 personnes, parmi eux presque tous connaissent une période de transit dans le dépôt de Toul. Par ailleurs, les archives du centre ont brûlé en 1939. Il ne reste donc rien, à part les documents privés.

De la gare, où des trains entiers déversaient les foules, uniquement des hommes au début, il fallait faire plusieurs kilomètres à pied pour rejoindre les baraquements. Alors, commençaient les vérification d’usage (Sureté générale, Hygiène et santé et évaluation de la possible main d’œuvre) qui pouvait durer trois jours. Après par convoi, les migrants étaient évacués vers les régions de France où ils étaient affectés.

Alors, chaque arrivant dispose d’un numéro et d’une affectation.

Ici sont photographiées la catégorie T de l’immigration, celles des bonnes de ferme.

La fermeture des mines allemandes va obliger les ouvriers à émigrer vers la France. Il leur sera fourni un sauf-conduit spécial.

Expulsion dès 1930/1932

Seulement, la crise économique mondiale, commencée aux États-Unis en 1929, commence a arriver en France dès le début des années 30.Le travail se raréfie. Les premiers qui seront renvoyés seront les hommes célibataires. Comme on a organisé leur venue, on organisera leur départ. Suivront après les couples et même les familles. Ceux qui sont restés, sont souvent ceux qui ont réussis à fonder une famille en France.

Tout était prétexte à expulsion: une dénonciation, une accusation sans fondement, une délation, etc. Le Front Polpulaire mettra fin à ces retours forcés.

6 130 000 expulsés selon les autorités françaises

Sources

Polonia

France Pologne généalogie

Exposition Polonia au Musée de l’Immigration du 2 mars au 28 août 2011

Famille K

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Marie Eugénie, religieuse

Marie Eugénie est une grand-tante que je n’ai pas connue. Pourtant devenue religieuse des Filles de la sagesse le lien est très fort !

Parfum d’enfance

Lorsque je raconte mes vacances chez ma tante Geneviève, dans ses différents couvents, après le décès de mon père, ce sont pour moi des moments de joie et de soulagement. Pourtant, je vois dans les yeux de mes interlocuteurs de la compassion, au mieux, de la raillerie, au pire.

Marie-Louise Trichet fondatrice

Comment être heureuse dans un couvent en étant petite fille ? D’abord, ils ne connaissent pas les magnifiques bâtisses meublées avec de l’ancien, que je n’avais jamais connu au préalable. Ça sentait l’encaustique. Le silence était immense. Et pourtant mes journées étaient peuplées de rêves où j’étais une princesse en son château. J’imaginais des histoires extraordinaires loin de la tristesse dépressive de ma mère.

Souvent le matin, je rejoignais ma tante dans sa petite classe. Première orthophoniste de sa congrégation, elle maniait dans l’année magnétophones et micros pour ces jeunes élèves sourdes et muettes. Je ne me rappelle plus qu’elle m’ait fait travailler. Et, pourtant, adulte, ma peur et ma tristesse d’enfant sont réapparues d’un coup lorsqu’elle s’est mis en tête de corriger mes fautes pour une lettre officielle. Je suis redevenue quelques instants, l’enfant chagrine, morte de honte, lui présentant son travail.

Mais l’après-midi, j’étais récompensée par la liberté dont je jouissais. Je pouvais rejoindre, par exemple, la sœur qui s’occupait de la buanderie, en face de la chapelle. J’y passais de longues heures à la regarder plier le linge, à le repasser. Je l’aidais à tirer les draps pour les faire sécher au soleil. Les jours de temps maussades, la chaleur dégagée par le fer était bienvenue.

Après je pouvais rejoindre une autre sœur dans son immense potager, où au milieu de ses rangées parfaitement alignées, s’épanouissaient fleurs, fruits et légumes. Je passais de longs moments aussi à l’accueil à parler de tout et de rien avec la sœur qui en était chargée à ce moment-là. Je me rappelle mon ravissement lorsqu’autorisée à appuyer sur le bouton, la lourde porte s’ouvrait.

Il m’arrivait de passer voir la sœur de la cuisine. Dans son immense antre qui devait servir plus de trois cents repas dans l’année, la tranquillité du lieu avait vraiment des airs de vacances pour elle qui préparait les confitures et les conserves pour l’hiver.

Les jours où les sœurs avaient un invité, une des sœurs, toujours la même, m’accordait le privilège d’avoir une boisson. Mon plus grand plaisir était de choisir entre un Fanta orange ou un Fanta citron ! Plus tard, je l’ai retrouvée petite femme chétive incroyablement vive encore pour ses plus de 85 ans et d’un coup, je suis redevenue la petite fille aux cheveux courts qui l’appelait « Tata Fanta! ».

@vagabondageautourdesoi

Un seul lieu m’était interdit : La communauté où après le dîner, les sœurs se réunissaient pour parler de l’actualité, échanger et prier ensemble. Assises en cercle, elles portaient toutes de longues robes grises avec un tablier blanc et leurs coiffes empesées. L’été, les fenêtres ouvertes, je me glissais dehors à proximité et j’écoutais le chant de ses voix féminines à l’unisson autour de l’amour de leur Christ.

C’était merveilleux ces vacances offertes à l’enfant loin de sa mère qui devait apprendre à vivre seule. J’y ai ressenti le sourire qui éclaire, la gentillesse qui réchauffe et le rire qui éclate…

Certes, j’ai manqué de contacts. Les quelques jeunes filles présentes n’étaient que celles qui ne pouvaient rejoindre leurs familles et en plus, elles étaient sourdes et muettes.

Foi en Dieu

Évidemment, j’ai rêvé de croire en ce Dieu que ces femmes adoraient. Je me souviens, je devais avoir 12 ou 13 ans, un soir de Vendredi Saint à Larnay, près de Poitiers. Au côté de ma tante en prière dans l’église, j’ai pris conscience que je ne croyais pas en ce Dieu. Avant, je faisais semblant avec ferveur. Ce soir-là, au côté de ma tante en prières, devant cet homme supplicié, je me souviens m’être dit que je ne pouvais plus croire à cette histoire rocambolesque. Pourquoi souffrir autant ? Aucune tristesse. Juste une évidence.

J’aimerais toujours revenir dans ces demeures où ma tante était mutée au gré de ses ordinations. Tout au long de ma vie, j’ai cheminé auprès de cette femme qui a su m’apporter beaucoup. Mais, il est encore trop tôt pour en parler …

Mais, dans le choix de cette communauté,

…Ma tante avait suivi l’exemple d’un autre membre de la famille, certainement élargie, qui elle-même était devenue religieuse dans cette congrégation. Ma tante, dans les derniers temps, m’avait montré le cimetière à Saint-Laurent-sur-Sèvres où joyeuse elle savait qu’elle y serait enterrée. Elle était satisfaite aussi d’y rejoindre cette aïeule qu’elle n’avait pas vraiment connue mais qui l’avait si profondément influencée.

La lecture d’un roman me fait repenser à ces moments. Et d’un coup, je demande à Google où trouver les archives des congrégations. Et, là surprise, j’apprends qu’il suffit d’un clic pour y avoir accès.

Sur les traces de ma grand-tante lointaine

En 2021, la congrégation des Filles de la Sagesse a accepté de mettre en ligne ses archives ici accessibles sur le site des archives départementales de la Vendée. Je n’y trouve pas ma tante puisque la mise en ligne s’arrête avant son noviciat. Seulement, je n’ai ni son nom de religieuse, ni son nom réel.

Il me faut chercher dans les papiers que ma tante m’avait donnés bien avant son décès, sachant que sa congrégation prendrait tous ses objets personnels après sa mort. Avec son vœu de pauvreté, ma tante avait accepté de ne rien posséder.

J’ai aussi retrouvé le contrat passé entre la congrégation et ma tante qui communique sur les règles de vie, ses vœux désobéissance, les dotes qu’elle a versé et auxquelles elle a renoncé, etc.

Mais qui est cette religieuse ?

Je continue à chercher et je trouve d’anciennes notes de 1996, lorsque j’avais commencé l’arbre généalogique. J’y avais écrit Marie-Eugène Le Couédic, religieuse Fille de la Sagesse décédée à Saint-Laurent-sur-Sèvres, à la Maison-mère. C’est donc sur la branche de mon arrière-grand-mère, Marie-Louise Couédic (née le 25 août 1851* à Pontivy et décédée en 1891, je ne sais encore où). Elle est mon arrière-grand-tante.

Marie Eugénie Le Couédic était le second enfant de cette famille qui en comptera 3. Son père était Hyacinthe Le Couédic âgé de 49 ans, aubergiste, à sa naissance et Marie-Anne Harmonie âgée de 38 ans, ménagère. Marie Eugénie est née le 21 novembre 1854* à Pontivy.

Marie-Eugénie est devenue Sœur Marie-Anne de jésus dont le matricule était 5460. Elle est entrée au Noviciat en février 1874, soit à l’âge de 20 ans, et a célébré ses vœux un an plus tard.

Les archives apportent d’autres précisions, comme les différents endroits où cette femme a été mutée.

Néanmoins, la date de son décès est mal écrite. Heureusement, le récapitulatif des archives va lever l’ambiguïté. Sœur Marie-Anne ou Marianne de Jésus, née Marie-Eugénie Le Couédic est décédée lorsque ma tante avant 10 ans. Donc, il est tout à fait plausible que cette tante est demandée à sa communauté et notamment celle de la rue de Vouillé à Paris d’accueillir, ma tante Geneviève, âgée de 9 ans, et sa sœur, ma mère, alors âgée de 8 ans, lors du décès de leur maman, puis un an plus tard de leur père.

Je comprends mieux aussi pourquoi ma tante, dès l’âge de 9 ans, avait su qu’elle voulait être religieuse. C’est certainement, à ce moment-là qu’elle avait fait la connaissance de façon plus approfondie de cette tante qui leur a assuré d’être accueillies dans cet orphelinat géré par les religieuses de la Sagesse où elles ont pu être élevées et instruites.

Aujourd’hui, ma tante repose dans la même terre que cette femme qui l’avait tant inspirée pour consacrer sa vie à Dieu.

La congrégation de la Sagesse – Saint-Laurent-sur-Sèvre

*Acte d’état civil retrouvé et archivé

Archives départementales de Vendée

Congrégations de Vendée

Famille LM

FILIATION

Remonter la généalogie,

Ça m’avait déjà pris beaucoup de temps vers 1996. J’avais commencé les différents arbres de mes enfants, interrogé les souvenirs.

Ma tante (Geneviève) m’avait donné d’excellents repères sur sa famille. Nous avions fait aussi un voyage de mémoire à Cheminon, à Sermaizes, et même rencontré une cousine qui conservait l’urne de son mari décédé sur son buffet, M. s’en rappelle encore !

Des trous dans la raquette !

Mamie (Suzanne K. puis G. épouse J.) nous avait parlé d’un certain Jacques son frère, parait-il, et qu’elle avait été déposée dans un endroit pendant un an ou à l’âge d’un an…elle avait tenté des recherches à l’Assistance publique, mais on lui avait dit qu’il n’y avait rien la concernant. J’avoue qu’à l’époque je ne l’avais pas cru…

Elle avait expliqué qu’elle avait découvert que Honoré G. n’était pas son père à 18 ans, lors de son mariage et que son père était un juif polonais nommé Klein.

Plus avant, il y avait longtemps, A. devait avoir 3 ou 4 ans, Grand-Mémère (Frida D.épouse G.) m’avait parlé d’une horrible histoire : elle aurait perdu un fils dans un accident de train avec son compagnon qui s’était endormi et l’enfant qui avait échappé à sa vigilance. Il était mort. Et, elle avait ajouté, Jean-Yves me fait pensé à lui, un « brigand »!

La jeune mère que j’étais n’avait pas pu entendre cette horrible histoire. Surtout qu’à l’époque, Mamie répétait à qui voulait l’entendre qu’elle ne garderait jamais le bébé d’autres, car elle avait trop peur qu’il lui arrive quelque chose….

Lorsque nous ne pouvons entendre, on n’entend rien ! La vérité était pourtant là, évidente, dans les propos de Grand-Mémère et de Mamie, mais c’est une autre histoire …

Mais, aucun mot n’est venu apaisé la souffrance pour la mettre à distance d’un côté ou de l’autre. L’abîme est là, béant, à jamais insondable. Pourtant, revenir aux sources peut quelque fois reconstruire pour qu’enfin, cela ne fasse plus peur de s’en parler. Mais là encore c’est une autre histoire !

Puis, j’ai laissé mes porte-vues de côté, mes arbres reconstitués et j’ai tout oublié pendant de nombreuses années.

Lors de la Pandémie

Avec les différents confinements, les jours s’allongeaient imperturbablement. Le temps, je n’en manquais plus. L’archive s’était ouverte à Internet. Mon ordi fut ma porte sur le passé.

J’ai repris mes porte-vues. Je me suis inscrite sur différents sites, de nombreux groupes Facebook. Et j’ai remonté le temps ! Passé des heures sur les visionneuses des archives départementales en ligne. Annoter. Corriger. Reprendre. Effacer. Repartir. Trouver…

Le XIXè est difficile à traverser mais lorsque la famille est restée à peu près au même endroit, cela devient de plus en plus aisé.

Pour le XVIIIè siècle, alors là on s’étonne. Très vite en s’matchant avec d’autres arbres des différents sites abonnés, ça va très vite. Et on arrive à 1600 (soit au début du XVIIè siècle) sans s’en rendre compte !

Mais que vais-je faire de tous ces noms, ces professions, ces dates qui s’accumulent sur nos différents arbres. Actuellement 1631 noms trouvés. Des alertes pour les ascendances manquantes sont toujours en service. D’autres recoupements à faire. Des noms à ajouter, cela ne finit jamais. Poursuivre car il y a des branches vierges, certes, mais où s’arrêter !

Alors avec M. on a décidé de remonter au XVIè siècle, si c’était possible, uniquement sur les branches qui portent le nom :

  • Nicolas Juton né le 2 janvier 1570 à Couffé en Loire-Atlantique. Il s’est marié le 13 novembre 1606 toujours à Couffé avec Juliette Chéreau née aussi à Couffé le 1er mars 1571. Il est décédé le 27 octobre 1639, toujours à Couffé. Voir AD Loire Atlantique . Mais déjà s’annonce son père, Jean, et sa mère Catherine née Hachon, trouvés par psylvette2 sur Généanet…
  • Jean Le Maguet né vers 1584 et marié à Juliette Robigo. Lui est décédé le 16 septembre 1634 à Moustoir-Remungol dans le Morbihan et Juliette, le 14 octobre 1929 dans la même commune. Mais déjà s’annonce son père trouvé par H. Offedo sur Généanet. AD du Morbihan
  • Pierre Agier est né vers 1655 et décédé vers 1707 à Saint Agrève en Ardèche. Il s’est marié avec Claudine Chapuis qui est décédée le 8 mai 1698 toujours à Saint Agrève. Là, c’est plus difficile car ma famille était protestante et qu’à la faveur des différents édits, beaucoup de manques !
  • Robert J est né en 1924. Pas d’ascendance, côté paternel.
  • Suzanne née K, puis G. est née en 1929. Pas d’ascendance, côté paternel.
  • Frida Dick, mère de Suzanne est née en 1905 en Suisse. Pas d’ascendance paternelle et maternelle ou du moins trop floue !

Ce sont les vides qui attirent

Alors, je me suis passionnée pour les pères de Robert et Suzanne.

Du côté de Robert, Liliane, sa grande cousine, née six mois avant lui, en juillet 1924, était encore vivante et alerte. Il s’agissait de lui poser des questions pour avoir des réponses. Et, elle les a donnés.

Léon S. était le père de Robert. Comme d’habitude, tout le monde le savait mais personne n’en parlait de peur de blesser ou d’attrister. Plus tard, on comprendra l’expression Juif espagnol que la rumeur familiale avait gardé. Voir Brève histoire des juifs du Levant

Du côté de Suzanne, rapidement, je me suis heurtée à mes limites. Les articles de journaux ont révélé la véracité des propos de Grand-Mémère. Cet accident a eu lieu en septembre 1929, quatre mois après la naissance de Suzanne. Mais, là encore voir Frida amoureuse

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Brève histoire des juifs du Levant

Après la victoire des chrétiens contre le royaume de Grenade, les juifs furent expulsés de l’Espagne en 1492 et du Portugal en 1496. (Décret de l’Alhambra)

Expulsion des juifs de Séville -Tableau de Joaquim Turina Y Areal – XIXè s.

Les Juifs de la péninsule émigrent alors (sauf ceux qui se convertissent, devenant alors des « marranes ») vers l’Italie, les Balkans, les pays d’Afrique du Nord, l’ Empire Ottoman.

Expulsion des juifs en Europe (1100 – 1600)

Expulsion des juifs de 1100 à 1600

Cette population dispersée mais dotée d’une riche culture espagnole a longtemps conservé sa spécificité culturelle, parlant le judéoespagnol souvent appelé aussi le Ladino. Par contre, les élites à Salonique parlent le français.

Leurs influences furent importantes car toutes les communautés méditerranéennes ont fini par être désignées comme séfarades.

Séfarad est le mot hébraïque pour désigner la péninsule ibérique et l’Espagne en particulier, Ashkenaz correspond à l’Europe chrétienne (l’Europe de l’Est avec le Yiddish) . Les Juifs séfarades sont donc stricto sensu les juifs d’Espagne et du Portugal.

Avec leur diaspora, les Séfarades sont devenus en général multiculturels, mélangeant les influences arabes, berbères, espagnoles, portugaises, grecques ou turques puis françaises.

Au fil du temps, Salonique devient le centre mondial du judaïsme séfarade, au point d’être surnommée la « Jérusalem des Balkans » et la « madre de Israël ».

Salonique du XVI au XVII siècle

Au XVIIIe siècle, Salonique reste le débouché naturel des Balkans : grains, laines, cotons, soies et tabacs de la région transitent par son port, puis vers Constantinople. La ville est un de ses principaux centres d’approvisionnement, mais aussi vers les autres régions de l’Empire ottoman.

Chaque groupe d’exilés y fonde sa congrégation, le kahal. Salonique compte plus de trente de ces communautés, chacune étant regroupée autour d’une synagogue portant le nom de la région d’origine du groupe (par exemple Arago) qu’un conseil de rabbins vient chapeauter par la suite.

Vue générale de Thessalonique en 1831 – Port fermé et trains à l’arrêt le samedi

Salonique, au début du XXe siècle

Salonique est une des plus grandes et des plus modernes villes de l’Empire ottoman. Entre 1840 et 1912, le volume des échanges commerciaux de la ville est multiplié par vingt, ce qui en fait le second port de l’Empire (derrière Constantinople). C’est donc une ville riche où la scolarisation est importante chez les juifs. Les premières loges maçonniques se créent aussi. La ville irradie dans cette partie de la Méditerranée

En 1908, un mouvement de jeunes-turcs naît à Salonique qui désire réformer le vieil Empire ottoman. Pour étouffer leur révolte, le sultan met en place une nouvelle constitution. Une année après, les mouvements contestataires continuent et ils remplacent le sultan par son frère.

La légende raconte qu’un édit fait par le rabbin permet au jeunes turcs de circuler le samedi. Et on assigne à résidence à Salonique le sultan destitué. Le mouvement choisit de conserver la clandestinité. La communauté juive dans son ensemble est en général favorable à l’Empire ottoman. Le nouveau Sultan est venu remercier la ville et il a pris trois enfants, un juif, un grec et un turc, pour leur offrir une « bonne » éducation dans la capitale, Constantinople.

En 1912/ 1913, c’est la première guerre des Balkans. En 1912, les troupes grecques entrent dans la ville, accompagnées de soldats bulgares. En 1913, les Grecs annexent Salonique qui reprend son nom qui lui vient de la Grèce antique,Thessalonique. Des musulmans partent pour l’Asie mineure. Le rôle des juifs décline. Beaucoup émigrent aux États-Unis, en Angleterre, en France, en Italie, à Alexandrie.
Une deuxième guerre balkanique éclate en 1913. Les Bulgares non antisémites sont défaits. En novembre 1912, La ville de Salonique entre officiellement dans la Grèce.

Carte postale de Salonique vers 1917

Catastrophe à Salonique

En 1917, un incendie détruit complètement la ville. Les maisons souvent construites en bois ont toutes brûlé. Des milliers de documents communautaires disparaissent.

Selon la légende locale, l’incendie s’est déclaré durant un après-midi de Shabbat, pendant la Première Guerre mondiale, lorsque le charbon utilisé par un réfugié de guerre qui faisait cuire des aubergines s’est renversé sur le sol. Un vent féroce a alors attisé les flammes, provoquant un embrasement majeur qui a laissé les deux-tiers de la ville en cendres et a réduit à néant les logements de 70 000 habitants, dont 52 000 juifs.

Extrait de Times of Israël

Trente-deux synagogues, 10 bibliothèques rabbiniques, huit écoles juives, les archives communales et de nombreuses entreprises et organisations caritatives juives, ainsi que des clubs communautaires, ont été détruits.

La tenue des registres d’état civil par la Communauté Juive a continué après l’incorporation de Salonique à la Grèce en novembre 1912 et cela jusqu’en 1982, année de la reconnaissance du mariage civil par la Grèce.

Souvent le frère aîné d’une famille de Salonique partait en occident pour établir un pont et si ça marchait bien, les autres jeunes de la famille suivaient.

Au cours de la seconde guerre mondiale, les nazis ont anéantis plus de 90 % de la population juive de la ville.

La ville s’est toujours appelée Thessalonique pour célébrer la victoire de Théssalie.

Famille S

FILIATION

Je vous présente Léon S.

« Quand dans ma famille, on disait espagnols, cela voulait dire judéo-espagnols. » Alain de Tolédo, spécialiste de Salonique

« (…) ils disent descendre de juifs séfarades qui ont fui l’Inquisition espagnole (…) » A l’ombre de l’histoire des autres – Camille Lefebvre

Cette photo était dans les archives de Robert et Suzanne. Véronique l’a retrouvée, là, prête à être regardée et admirée.

Aux questions des enfants, on répond comme pour s’excuser : « Tu le sauras quand tu seras plus grand », ou encore : « Je te dirai peut-être cela un jour… » C’est pourquoi le chemin des secrets, comme celui de l’enfer, est pavé de bonnes intentions… Pourtant les secrets que les parents gardent, soi-disant pour protéger leurs enfants, créent à ces derniers des difficultés bien plus graves que celles contre lesquelles on voulait les protéger !

Serge Tisseron – Les secrets de famille

Ici quelques éléments de sa vie qui ne sont pas dans sa fiche Wikipédia

Léon S. est né à Salonique le 17 avril 1883.

(Pour référence, en 1881, Mustafa Kémal- le futur Atatürk- est né à Salonique).

Son père s’appelait Jacob Ascer S. et il était né en 1850 toujours à Salonique et meurt en 1918, toujours dans la même ville.

Sa mère s’appelait Nathana ou Nahama Esther. Elle est née en 1856 à Salonique, aussi.

Une femme juive

Les archives des migrants établies dans le cadre du recensement ottoman de 1905 se trouve maintenant au Musée Juif de Salonique, uniquement disponible en consultation sur place. Donc, impossible de retrouver les ascendants de cette famille sans un voyage à Thessalonique ! De plus, les archives de la ville ont été pillées par les nazis. Les russes les ont volés. Depuis peu, certaines archives ont été restituées à la ville et deviennent au fil du temps en accès libre.

On retrouve dans les cercles de généalogie de nombreux Salem. C’est une grande famille qui a de nombreuses ramifications à Salonique. Un chirurgien dentiste, un avocat et de nombreux autres parfaitement inconnus. En france aussi, de nombreux Salem ont choisi de vivre, mais aussi en Angleterre en Amérique latine, aux États Unis, etc. Sans connaître les ascendants directs des parents de Léon, difficile de trouver des précisions.

Émigration

Tout d’abord, Léon S. choisit d’émigrer en Angleterre. Il a 24 ans. Il arrive en France le 24 décembre 1911 ou 1912. Il vient de Manchester et est déclaré représentant de commerce principalement en parfumerie.

Pour expliquer cette émigration: plusieurs pistes : Est-ce que la famille avait vu baisser son influence à Salonique ? Ou était-il missionné par sa famille pour agrandir l’entreprise familiale. Nous ne le saurons pas. Pour l’instant, rien ne permet d’identifier les raisons de son émigration.

La France

Sa carte d’étranger porte le numéro 995379 et a été délivré à Paris le 1er octobre 1918. Sa femme est encore en demande de CI le 6 juin 1917. Sa profession est commissaire en marchandise et gagne à peu près 24 000 francs /mois. Voir le document ci-dessous.

En 1918, Léon S. demande l’autorisation de quitter la France pour un séjour à Manchester afin de retrouver sa famille. En tant qu’étranger, il en fait la demande officielle au Ministère de l’Intérieur qui diligente une enquête de moralité auprès de la Préfecture de Police de Paris. Les extraits suivants viennent du dossier retrouvé sur le site Cercle de Généalogie Juive.

Éléments du rapport d’enquête 1918

Vécu dans la capitale

A son arrivée à Paris, en 1912, Léon S. vit seul au 80 rue de Rambuteau jusqu’en 1914.

Le couple habite au 120 rue de Turenne pendant 18 mois puis s’est installé au 55 rue des Petites Écuries que Léon semble avoir garder après son divorce.

Son loyer au 55 rue des Petites Écuries est de 1500 francs ce qui équivaut à 3476 euros aujourd’hui. On peut imaginer que sa femme a retrouvé sa famille à Manchester. Les recherches en Angleterre ne sont pas faciles. Donc, pour l’instant aucune suite concernant sa première femme, Mathilde Louise Bodart, née le 18 janvier 1892 à Liège en Belgique.
Est-ce que l’habitation de Léon S lui servait de local commercial.
Rien ne le sous-entend. Mais, pour son commerce, il avait besoin d’entrepôt (s).
Son revenu annuel de 2400 anciens francs équivaudrait à 58 668 euros soit plus de 4800 euros par mois. Voir Calculateur

L’activité de négoce est une entreprise familiale. Le guide SAM recense les activités de toute la famille S.

A noter que le guide SAM était une sorte d' »annuaire pour l’expansion économique française pour le Levant ».

Un exemple : Lévy S

Juste en dessous de Léon S, est inscrit un certain Lévy S. commerçant lui aussi.
Il a fait l’objet d’une enquête de la Sureté aussi et son dossier est archivé au Cercle de Généalogie Juive.

Son dossier de surveillance en 1917 du Ministère de l’Intérieur démontre des activités commerciales de Rio de Janeiro à Paris en passant par Salonique et New-York.

Ici, l’enquêteur montre sa complète ignorance …car Lévy Salem était bien devenu portugais. Mais le doute et même la suspicion vont continuer à s’exprimer …pour conclure ainsi l’enquête :

Et, voici l’ultime décision :

Il y a deux dossiers réalisés sur Lévy Salem. Celui de 1918 produira entre autres en annexe les papiers certifiés de sa naturalisation et même il écrira au Ministre (reproduit dans le dossier) puis invoquera sa santé… Mais, rien ne changera la décision de 1917. Lévy S ne pourra plus faire son négoce à l’international, puisqu’il ne peut plus sortir de France. S’il avait de la famille dans ces différents endroits, il est condamné à ne plus les voir.

Pour rappel

Avec l’entrée en guerre en 1914, les processus de surveillance s’intensifient. Les mouvements de la population sont étroitement surveillés par peur de « l’espion ». Le 2 août, un décret, destiné en premier lieu aux ressortissants des pays ennemis, mais qui va rapidement se généraliser, impose de nouvelles mesures d’identification en prescrivant à tous les étrangers séjournant en France de se faire connaître des autorités.
Le décret du 2 avril 1917 instaure la création d’une carte d’identité pour les étrangers sous l’égide d’un service central de la carte d’identité des étrangers, installé auprès de la direction de la Sûreté générale du ministère de l’Intérieur. Tout étranger de plus de quinze ans et séjournant plus de quinze jours en France a l’obligation de posséder cette carte, délivrée par les préfets, et de la faire viser à chaque changement de résidence.
Cette nouvelle mesure, qui concerne un peu plus d’un million et demi de personnes définies comme « étrangères », montre la volonté des autorités politiques de contrôler leur présence et leurs déplacements sur le territoire et de réguler le marché du travail. Les cartes, par un système de couleurs, distinguent les différents secteurs d’activité, industrie, agriculture ou artisanat. En 1924, la création de la Société générale d’immigration généralise l’enregistrement des travailleurs immigrés.

Extrait de Archives départementales du Pas de Calais

Léon S sollicite de nouveau le ministère en 1919

Cette lettre prouve son degré d’instruction. Je ne pense pas qu’il ait recopié un texte élaboré par un autre. Il y a une habitude à écrire dans cette graphie. Il parle et écrit parfaitement le français. Il a donc reçu une instruction de qualité. L’Alliance Israélite Française avait implanté des écoles à Salonique depuis la fin du XIXè s. Voir l’article AIU

Léon S. joint aussi le faire-part. A noter qu’à chaque fois, leur retour en France est soumis à leur bonne conduite sur place. Il a 35 ans à la mort de son père.

Dans celui-ci, on apprend le nom de son père et l’adresse de la famille. Ce sont des éléments qui peuvent avoir leur utilité dans des recherches futures, mais que je peux les utiliser pour l’instant. Le centre ville de Thessalonique est encore peu Googolisée.

Léon S. obtient son autorisation :

Léon S, de nouveau libre

Léon S divorce le 1er janvier 1922 (?). Sa procédure est bien enregistrée au Tribunal de la Seine. Il est probable que sa femme rejoigne sa famille en Angleterre, à Manchester, précisément où sa famille a émigré depuis la Belgique.

Robert nait en décembre 1924. Il a donc été conçu en avril de la même année. Cette année-là, Léon S. a 41 ans et se voit déjà grand acteur. D’ailleurs, il se fait appeler Lionel. Car, cette année-là, il joue dans deux films :

Il jouait un marinier dans La fille de l’eau de Jean Renoir et le secrétaire de théâtre dans l’heureuse mort de Serge Nadejdine. Il commence à, enfin, accéder à son rêve. Il est probable qu’il en avait envie depuis longtemps. Ou autre possibilité, à la faveur de rencontres, on lui a trouvé « une belle gueule » et on l’encourage à entrer dans le circuit. Sauf qu’il gagnait très bien sa vie et qu’il n’avait plus vingt ans! Non, je penche pour un rêve de jeunesse auquel il peut enfin croire le mettre en pratique. Il est probable aussi, comme la femme de Van Gogh, n’a pas du tout apprécié ce virage utopique. Le divorce n’a fait qu’officialiser leur désaccord.

Où se sont-ils rencontrés ? Est-ce en Angleterre, lorsque Berthe y travaillait ? Ou est-ce à Paris ? En tout cas, elle couturière de qualité et lui négociant en tissus, bonneterie et autres fanfreluches, leur rencontre semble possible. Mais, là, pour l’instant, nous ne pouvons en savoir plus. Je dois encore retrouver où vivait Berthe à Paris. Mais où chercher ? Car le recensement de 1926 pourrait nous aider …

Pour revenir à la photo, rien nous renseigne (aucun signe à l’arrière) sur l’époque où elle a été prise mais aussi sur le moment où Léon l’a donné à Berthe. Car, rien ne dit que la photo fut donnée à la naissance de Robert…

Liliane a raconté que Berthe avait rencontré Léon une nouvelle fois après la naissance de Robert. Quand ? Nous ne le saurons jamais ! Berthe, âgée à la naissance de son fils de 26 ans, lui demandait de reconnaître l’enfant. Léon avait refusé. Certes pour un acteur commençant une carrière prometteuse, la présence d’un enfant pouvait l’encombrer. A postériori, Léon, par son attitude, a sauvé Robert !

Entre son divorce et son premier film, deux ans où il a abandonné son négoce et commençait à fréquenter les lieux de cultures parisiens, etc… pour arriver en 1926 à sa consécration :

D’autres articles souligneront sa percée dans le monde du cinéma. Et sa fiche d’acteur est à consulter ici

Les jours sombres arrivent…

18 films plus tard dans des petits rôles, et 2 annoncés, la loi du 3 octobre 1940 « portant statut des Juifs » vient interrompre sa carrière. A 57 ans, il n’a plus le droit de travailler.

Franc-Maçon, membre de la Grande loge de France, il apparaît dans la liste des dignitaires publiée en août 1941 au Journal officiel par la présidence du Conseil du Maréchal Pétain. Il habite au no 23 rue Jansen et se déclare traducteur.

JO du 19 août 1941

Le 4 octobre 1940, la loi sur « les ressortissants étrangers de race juive » entre en vigueur. Peut-être a-t-il cherché à s’enfuir, à émigrer ailleurs. Ou, alors, il a cru que l’innommable ne se produirait pas….

En Octobre 1941, la création de la Police aux questions juives (PQJ) est créé dans les 2 zones. Même en Zone dite libre, l’étau se resserre.

Sur le site du mémorial de la Shoah :

3828 septembre 1942Camp de DrancyAuschwitz90418733 meurent dans les chambres à gaz dès leur arrivée. Dans ce convoi on trouve Michel Sima, la mère de Gérard Lebovici, Lionel Salem, Milo Adoner (17 ans)4 et 7 autres membres de sa famille mais aussi 609 Juifs roumains arrêtés lors de la rafle du 24 septembre 1942.

Léon S. décède le 3 octobre 1942 à Auschwitz à l’âge de 59 ans.

Famille S

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