La fin tragique de Léon

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L’arrestation et la déportation de Léon sont documentés dans les archives de la Shoah en France (Mémorial de la Shoah et dossiers des victimes des conflits contemporains). Son parcours illustre tragiquement comment le statut d’étranger, qui avait été sa force dans les années 30, est devenu un piège mortel sous l’Occupation.

📦 Son arrestation

Fin septembre 1942, Léon est arrêté lors de la rafle de la place Maubert (ou rafle du 5ᵉ arrondissement) à Paris. Contrairement à la rafle du Vél d’Hiv qui visait les familles, les rafles de l’été 1942 ciblaient aussi spécifiquement les hommes juifs étrangers ou « apatrides » aptes au travail.

Il est immédiatement transféré au camp de Drancy.

🔯Le Convoi n° 39

Léon fait partie du Convoi n° 39, l’un des plus importants de l’automne 1942. Il démarre de la gare du Bourget-Drany le 30 septembre 1942. Le convoi transportait 1 000 personnes (dont 794 hommes et 206 femmes).

Parmi eux se trouvaient de nombreux Juifs originaires de Grèce et de l’ancien Empire ottoman résidant à Paris.

⛓️Arrivée à Auschwitz

Le trajet dure environ trois jours dans les conditions que l’on connaît. Il arrive le 2 octobre 1942.

À l’ouverture des wagons à Auschwitz-Birkenau, la « sélection » a lieu sur la rampe. Sur les 1 000 déportés du convoi 39, seuls 211 hommes ont été sélectionnés pour entrer dans le camp de travail (ils ont reçu les matricules compris de 65 965 à 66 175).

Léon est âgé de 53 ans (un âge limite pour la « capacité de travail » selon les critères SS- la limite se situait généralement autour de 45-50 ans). La date officielle de son décès est fixée au 3 octobre 1942 à Auschwitz.

Pourquoi a-t-il été arrêté à ce moment-là ?

En 1942, les Juifs de nationalité turque ou grecque étaient particulièrement vulnérables. Les autorités allemandes pressaient les consulats de ces pays de rapatrier leurs ressortissants. Si le consulat ne répondait pas ou si la personne n’était pas protégée explicitement, elle était déportée.

Le fait que son statut de franc-maçon soit connu par la publication au Journal officiel par le gouvernement de Pétain le place d’emblée dans une situation d’incertitude critique.

Pourquoi n’est-il pas passé dans la clandestinité? Pourquoi n’avoir pas tenté de rejoindre l’Angleterre où la famille de son ex-femme et une de ses sœurs s’étaient réfugiés ? Il n’a pas cru au danger imminent. Il pensait que la France des Lumières et du pays des Droits de l’homme ne pouvait céder si facilement. De nombreux ressortissants y ont cru. Ils l’ont payé de leur vie.

La mention « Mort en déportation »

Elle a été attribuée par un arrêté du 10 décembre 1988 (publié au Journal Officiel le 18 avril 1988).

Cette mention est portée en marge de son acte de décès. Elle atteste officiellement du décès de Léon suite à sa déportation au camp d’extermination d’Auschwitz le 3 octobre 1942 (certaines sources indiquent le 5 octobre, mais l’arrêté fixe une date officielle pour l’état civil).

À partir de 1942, les appartements des Juifs déportés étaient systématiquement vidés par les services allemands. Après l’arrestation de Léon Salem en septembre 1942, les scellés ont été apposés sur la porte de son appartement. Quelques semaines plus tard, des camions de l’ERR (Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg) venaient vider l’appartement pour envoyer le mobilier en Allemagne.

À ce jour, il n’existe aucune trace de procédure de restitution ou d’indemnisation ouverte par des ayants droit auprès des instances officielles (comme la Commission pour indemniser les victimes de spoliation – CIVS) pour les biens de Léon Salem à sa dernière adresse : 23 rue Jansen dans le 19ᵉ.

👨‍👩‍👧‍👦Et sa famille ?

Ricoula Salem, sa sœur aînée, habitait au 6 rue de Rochechouart à Paris 9ᵉ. Elle est partie de Drancy à Auschwitz par le convoi n°44 le 9 novembre 1942.

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Le témoignage de son neveu, enfant caché en France ici https://ressources.memorialdelashoah.org/notice.php?q=id:768548

Il est le fils de Samuel Raphaël et de Gilberte née Nahmias. Le frère de Raphaël, Abraham, se mariera avec Ricoula. Samuel et Gilberte émigrent en 1916. Après une brève association avec son frère Abraham, il ouvre une boutique de bas de soie au 27 rue Bleue. Le couple se sépare. Ricoula élève l’enfant. La famille Raphaël sera raflée. Dans le convoi 44, ils sont 1160 Juifs originaires de Grèce. Dans ce témoignage, on apprend que toute la famille de Ricoula, donc celle de Léon, avait sept frères et sœurs, venus en France. La famille de Ricoula respectait beaucoup les rites juifs. Voilà qui ouvre des perspectives nouvelles. Un témoignage très important à reprendre dans d’autres chroniques.

Le frère aîné, Asher Yaakov Salem, est décédé à Manchester, Lancashire, en Angleterre, à l’âge de 74 ans, le 11 novembre 1947. Il avait émigré avec sa famille avant l’occupation.

Son autre frère, David Salem, celui que Léon avait dû visiter lors de son voyage en Palestine, est décédé le 2 novembre 1950 à Paris. Il habitait alors 6 rue Vaucanson. Il n’a pas dû rentrer durant l’occupation.

Deux autres sœurs, Fakima et Victoria, sont encore en cours de recherche. Et, peut-être, d’autres encore.

💡 Conseil généalogique :

🔎 Le titre de « Mort pour la France »

Généralement, pour les victimes de la Shoah déportées depuis la France, le titre de « Mort pour la France » n’est pas automatique. Il doit faire l’objet d’une demande auprès de l’Office National des Combattants et des Victimes de Guerre (ONACVG).

Léon figure sur le Mur des Noms au Mémorial de la Shoah (dalle 94, colonne 32, rangée 1), cela signifie que son statut de victime de la persécution antisémite est pleinement reconnu.

Le titre de « déporté politique » est souvent plus complexe à obtenir pour les étrangers, car il était initialement réservé aux actes de résistance ou de convictions politiques.

Pour les victimes de la Shoah, le statut juridique créé après-guerre est celui de « Déporté ou Interné Résistant » (DIR) ou « Déporté ou Interné de la Résistance« , ou, celui de « Déporté ou Interné Politique« .

🔎 Chercher l’existence d’un dossier au Service Historique de la Défense (SHD)

Demander le dossier individuel de déporté au SHD de Caen (Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains). Ces dossiers ont fréquemment été constitués après-guerre (entre 1945 et 1960) par des proches ou des ayants droit pour obtenir des pensions ou la régularisation de l’état civil.

🔎Consulter l’index du Service Historique de la Défense (SHD)

Le site Mémoire des Hommes répertorie les dossiers de déportés, sous le statut de « Déporté politique » (le terme administratif utilisé pour les victimes de la Shoah n’ayant pas fait acte de résistance armée).

🔎Formuler des demandes :

Service Historique de la Défense à Caen

Base de données de la FMD (Fondation pour la Mémoire de la Déportation),

Les associations des anciens déportés

Pillage culturel par l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg :

Base de données des objets d’art du Jeu de Paume

Archives Nationales (site de Pierrefitte-sur-Seine)

(Série AJ/38, dossiers du Commissariat général aux questions juives) ou dans la base de données du Mémorial de la Shoah, qui conserve de nombreux dossiers de spoliation.

🧭 Généalogie à suivre

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La vie de Léon de 1927 à 1933

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En réalité, l’âge des désillusions

Léon abandonne son prénom pour le cinéma, au moment où il achète une entreprise. Même s’il tente de s’inventer en Lionel, il garde la tête sur les épaules.

Le cinéma est alors une mine d’or pour ceux qui croient dans ce nouveau mode artistique. Lucien Pinoteau, régisseur de Duvivier sur L’agonie de Jérusalem, raconte combien la préparation fut exigeante. La cellule qui figure dans le film se devait d’être le plus réaliste possible. Une réalité qu’il a fallu chercher.

L’Agonie de Jérusalem était le second film d’un « triptyque de la foi« , après « Credo ou La Tragédie de Lourdes«  (1924). Le troisième intitulé « Jésus l’humanitaire« , ne verra pas le jour sinon sous le nom de Golgotha (1935).

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Julien Duvivier

Élevé par les jésuites, Duvivier revisite son éducation à l’aide de ses premiers films. En tournant en Palestine, il découvre Jérusalem, Bethléem, Nazareth, Génézareth, Bethanie, Tibériade, Jéricho, vallée de Josaphat, mont Tabor, etc. Pourtant, ce fut, malgré l’interprétation de Léon, un « véritable bide », selon Hervé Dumont, critique cinématographique.

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Porte de Damas – Jérusalem- 1926

Imaginer ce que fut ce voyage pour Léon, n’est pas chose aisée. Son évolution montre que son engagement religieux devait être mesuré, sans qu’évidemment, aucun fait ne puisse l’attester.

Son frère, de six ans son aîné, David, commerçant, fait naître son premier enfant, Isodore, en 1916 à Beyrouth (décès à Paris 5e en 2002) et sa seconde, Juliette, à Jaffa en 1919, Esther, la suivante au Caire, etc. David meurt à Paris 4ᵉ en 1950, ce qui démontre certainement qu’il n’était pas en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, pour son voyage en Palestine, Léon en profite, probablement, pour rencontrer son frère.

Devenir véritable acteur à  part entière ?

Cette figure christique ne fait pas de Léon un acteur. Malgré son ambition et ses relations, sa carrière ne décolle pas du statut de figurant.

Duvivier évoque ses débuts dans l’industrie cinématographique. Alors qu’il percevait 50 F mensuellement au théâtre, il pouvait recevoir 15 F pour une matinée comme figurant et 10 F pour un après-midi en 1920. Ainsi, Léon se fait des petits cachets pour améliorer son ordinaire

📽️La vie miraculeuse de Thérèse Martin

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La vie miraculeuse de Thérèse Martin (1929) est réalisée par un collaborateur fidèle de Julien Duvivier. Il y tient le rôle de Louis Martin, le père de Sainte Thérèse. Ce film consolide son image d’homme sérieux, grave et « habité ».

📽️Chacun porte sa croix

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Dans Chacun porte sa croix (1929), Léon y incarne à nouveau la figure de Jésus. Pour le public, il est alors l’acteur « biblique » par excellence du cinéma français.

Parallèlement, le rapport de la Sûreté nationale témoigne que Léon reçoit un diplôme d’honneur pour service rendu par la Société Nationale d’encouragement à la mutualité, à la même période. Pour l’instant, je n’ai rien retrouvé concernant cette distinction.

La carrière de Léon stagne ! À part Jésus, que joue-t-il d’autre ? Rien ou si peu, et toujours dans des films qui parlent de bondieuserie ! Il est temps d’oser casser une image. Il a 47 ans lorsqu’il rencontre Buñuel.


🎬L’Âge d’or de Luis Buñuel (1930)

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Coécrit avec Salvador Dalí, L’Âge d’or est un des premiers films parlants en France. Il est conçu comme une succession de scènes oniriques et provocatrices, explorant les thèmes de l’amour fou et de la lutte contre les inhibitions sociales.

Le film commence par un documentaire sur les scorpions, passe par la fondation de la Rome impériale sur des squelettes d’évêques, et suit les tentatives désespérées d’un couple de s’unir malgré les obstacles de la religion et de la bourgeoisie.

Le film est entièrement financé par le vicomte Charles de Noailles et sa femme Marie-Laure, mécènes de l’avant-garde. L’Âge d’or est écrit à Hyères, dans la villa cubiste des Noailles qu’a construite Robert Mallet-Stevens, et tourné dans les studios de Billancourt. D’ailleurs, la première projection eut lieu dans leur hôtel particulier à Paris.

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Charles de Noailles et sa femme Marie-Laure

📜 Secrets de tournage

Bien que crédité au scénario, Dalí n’a travaillé que quelques jours sur le projet. Une dispute (notamment liée à la relation de Dalí avec Gala, que Buñuel n’appréciait pas) a mis fin à leur collaboration étroite commencée avec Un Chien andalou. Le film fait apparaître de grandes figures de l’art, particulièrement le peintre Max Ernst dans le rôle du chef des bandits.

Léon dit Lionel tient le rôle du duc de Blangis dans la séquence finale, une référence directe aux 120 Journées de Sodome du Marquis de Sade, où le personnage est grimé en figure christique.

L’accueil du film fut l‘un des plus violents de l’histoire du cinéma : décembre 1930, des militants d’extrême droite (Ligue des Patriotes et Ligue de l’Antisémitisme) saccagent la salle de cinéma, jettent de l’encre sur l’écran et détruisent des œuvres surréalistes exposées dans le hall. À la suite de ce tumulte, le préfet de police Jean Chiappe interdit le film. Cette interdiction a duré plus de 50 ans ; le film n’a été officiellement autorisé à nouveau qu’en 1981. Le scandale fut tel que le vicomte de Noailles fut menacé d’excommunication par le Vatican et exclu du Jockey Club.

Si Léon voulait casser son image de Jésus, en participant à ce film, il n’y réussit absolument pas !

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🪵Fin de sa carrière d’acteur ?

À 47 ans, Léon ne pouvait imaginer faire carrière au cinéma ! L’achat de l’entreprise des Batignolles le prouve. Il a surfé sur l’engouement pour le cinéma. Il a dû bien s’amuser, aussi. Mais, en aucune manière, il n’a pensé qu’il deviendrait le prochain Gabin, qui lui allait crever l’écran, quelque temps après. De plus, la photographie, façon Harcourt, devait être réservé pour quelques privilégiés. Sur aucune fiche technique des films auxquels il a participé ne figure son portrait. Il n’y a aucune photo pour rappeler son travail cinématographique !

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👵 L’année 1930, année du deuil

Le film sort le 28 novembre 1930. Mais, le scandale a dû être effacé par le décès de sa mère au 10 rue Saulnier à Paris 9ᵉ à l’âge de 84 ans.

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Au recensement de 1926, elle était déjà à Paris et résidait au même endroit avec une autre femme d’à peu près son âge et une jeune femme.


🌿Toujours au 55 rue Petites Écuries

Au recensement de 1931, Léon vit toujours à la même adresse. Il se fait appeler Lionel, artiste de cinéma. Erreur ou volonté de rajeunissement, sa date de naissance est fausse (1889). Il vit avec Schneider Sarah qui est identifiée comme parente. Pourtant, la même année, Sarah vit avec ses parents, Isaac et Dora, émigrés russes, son frère Benjamin (né en 1909 à Paris) et sa sœur Marion (née en 1913 à Paris) au 55 rue des Poissonniers à Paris 18ᵉ, quartier Clignancourt. Sarah, alors âgée de 21 ans, travaille comme dactylo, le nom de son employeur est illisible. Marion est employée à « Bourse publicité ». Leur vie commune devait être récente.

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🟢 Fin de l’âge d’or, en 1931

En novembre, la maison Tourisme et Industrie pour laquelle il était chef de publicité fait faillite (source Fichier de Mocou. Voir prochaine chronique). Elle est située au 6 boulevard d’Aurelle de Paladines à Neuilly-sur-Seine. Ce point vient ébranler la théorie que Léon attendait, à 48 ans, une hypothétique carrière d’acteur ! Au contraire, avec Jean-José Frappat, il investissait un domaine extrêmement novateur pour l’époque.

La maison Tourisme et Industrie est une société de production et promotion de films culturels, touristiques et industriels, dont la vocation est de mettre en valeur des régions (comme le Nord dans l’article notés ci-après) et des activités économiques comme le lin par la promotion à ambition poétique, documentaire ou symbolique. Elle a été active principalement de 1929 à 1931.

🎯 Jean-José Frappat, romancier, en sa qualité de directeur de Tourisme et Industrie, est le maître d’œuvre intellectuel, celui qui donne un sens narratif et culturel aux films. Son rôle est culturel, narratif et artistique, non technique.
✔ Léon assume les fonctions de chef de publicité. Sa connaissance du milieu cinématographique et ses qualités relationnelles sont parfaitement exploitées dans ce travail.

🎬Au côté de Tourisme et Industrie, l’entreprise Nord-Film est une société de production cinématographique active en 1930-1931 qui travaillait en partenariat. Elle est spécialisée dans des films industriels, documentaires ou sociaux.

Elle a été décrite notamment dans un articleLe cinéma au service du patronat : Nord-Film, une maison de production française en 1930-1931. Il souligne que certains films produits par Nord-Film étaient commandés ou réalisés dans un cadre très lié au patronat et à des thèmes industriels, reflétant explicitement des intérêts économiques plutôt que purement artistiques. Dirigée par Gaston Roudès, la société exploitait des studios à Neuilly-sur-Seine au 7, boulevard du Château.

Un projet attribué à la société est un film, La Chanson du Lin (1930), préparé à Lille, qui est consacré à la culture et à l’industrie du lin dans le Nord de la France. Le traitement du sujet, tel qu’il apparaît dans la presse (voir ci-dessous), s’inscrit dans une démarche associant documentation économique et ambition poétique, caractéristique de certaines productions, non fictionnelles de l’entre-deux-guerres.

Ces informations montrent la modernité de la démarche. Léon a tenté de capitaliser sur son succès cinématographique pour asseoir sa légitimité dans le milieu du cinéma, sa véritable passion.

Licencié, il perd son statut social. Le rapport de la Sûreté nationale consigne son basculement : il passe des cercles du cinéma et de la presse aux guichets du chômage de la mairie du 10e.

🧭 Une généalogie-Source

Cinémathèque – L’âge d’or

LA BELLE ÉQUIPE : Lucien Piniteau – Souvenirs d’un régisseur.  Part 4

Hervé Dumont – Sur son site – L’antiquité au cinéma. 

Le cinéma au service du patronat : Nord-Film, une maison de production française en 1930-1931– Paul Renard 1895, Revue d’histoire du cinéma – Année 1994

💡 Conseil généalogique 

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Faire-part

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Plan de la ville de Salonique-1917

La famille est souvent fascinante. Elle peut avoir pour terrain de jeux, le monde entier comme celle-ci avec l’exil qu’elle porte en bandoulière. Mais, elle sait se retrouver autour d’événements marquants de la vie.

À partir d’un faire-part, j’ai essayé de remonter la famille de Léon Salem. En effet, en 1919, Léon Salem demande à la Sureté nationale de pouvoir quitter le territoire français pour gérer les affaires familiales après le décès de son père à Salonique. Il veut y rester un mois.

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Le voyage

Difficile d’imaginer que le voyage fut simple, en pleine première guerre mondiale ! Bien sûr, c’était la dernière année puisqu’on peut supposer que Léon a voyagé au cours du premier trimestre 1919.

Pendant la Première Guerre mondiale, Thessalonique était un important centre stratégique. Pendant une grande partie de la guerre, la ville fut utilisée comme base militaire par les Alliés, notamment par les forces françaises, britanniques, italiennes et serbes.

Néanmoins, il semble difficile d’envisager qu’il ait pu rallier Théssalonique uniquement par le train. Il existait probablement des restrictions de déplacement et des contrôles plus stricts aux frontières. Les voyages entre les pays étaient probablement soumis à des autorisations spéciales, et les civils devaient, peut-être, obtenir des permis pour traverser certaines zones.

Il est plus probable qu’il ait pris des trains reliant Paris à des ports maritimes, suivis d’une traversée maritime jusqu’à Thessalonique. Évidemment, Marseille est la ville auquel on se réfère, avec son quartier du Panier qui abritait de nombreux juifs sépharades, port d’entrée des exils méditerranéens. Seulement la traversée de Marseille à Thessalonique a probablement impliqué une combinaison de moyens de transport, tels que des trains et des navires. En définitive, un voyage qui a pu durer, peut-être, toute une semaine, au mieux.

Faire-part

En même temps que sa demande à la Sureté nationale, il produit la copie du faire-part familial, traduite. Le fait que Léon n’ait pas pu assister à l’enterrement ouvre de nouvelles pistes de recherche généalogique, d’après le faire-part.

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La veuve

Esther a 62 ans* lorsque son mari, Jacob, décède à 73 ans. Elle habite à l’angle du numéro 3 de la rue Philopomenos du 66 rue du Roi Georges. Aucun moyen de situer cette habitation sur une carte actuelle. La ville a été détruite lors de la Seconde guerre mondiale.

Ester décède le 14 décembre 1930. Elle habitait alors au 10 rue de Saulnier à Paris 9. Son fils Léon dit Lionel habite alors au 55 rue des Petites Ecuries – Paris 10 ème – Quartier Porte de Saint-Denis.

Pour les enfants Victoria et Salomon, on en reparle plus loin !

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Couple juif de Salonique à la fin du XIXè siècle

Mr et Mme Acher Jacob Salem et leurs enfants

Acher est le premier fils de la famille, frère de Léon, né à Salonique. Il a 48 ans au décès de son père. Il s’est marié à 23 ans avec Fortunée Levi (ou levy). Elle avait alors 20 ans et, elle aussi, est née à Salonique.

Apparemment, ils ont quatre enfants : Jacques, l’aîné, âgé de 24 ans, certainement marié avec Corine Roditi, Esther, âgée de 23 ans, Mickaël, âgé de 14 ans et Adolphe Albert, âgé de 10 ans.

Acher décède en 1947 à Lancaster, en Pennsylvanie, aux Etats-Unis, à l’âge de 77 ans. Sa femme est décédée, avant lui, en 1936, à Manchester, dans le New Hamphire, aussi à l’âge de 63ans.

Mr et Mme David Jacob Salem et leurs enfants de Beyrouth

Pour l’instant, je n’ai pu établir le lien de parenté avec la famille de Léon. Néanmoins, les éléments généalogiques ne manquent pas.

Au journal Officiel du 2 mai 1938, il est naturalisé français, commerçant né le 3 février 1877 à Salonique. Avec sa femme Bina Cardova, née le 15 juin 1888 à Yanboli en Bulgarie. Ils ont deux filles : Guéola née le 4 juin 1919 à Jaffa en Palestine et Esther née le 10 mai 1922 au Caire en Egypte. Ils demeurent à Saint-Maur-des-Fossés. Néanmoins, ses enfants n’étaient pas encore nées à l’enterrement du père de Léon.

Dans les Archives Commerciales de la France, on apprend dans le numéro du 19 novembre 1934 que David Jacob et sa femme ont vendu leur fonds de commerce de Mercerie – Nouveautés. Ils habitent à Alfortville.

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David Jacob aura deux autres fils qui décéderont aussi rapidement.

Mr et Mme Elie Jacob Salem et leurs enfants de Manchester

Mr et Mme Léon Jacob Salem et leurs enfants

Ici, est-ce Léon Mais il n’a pas d’enfant ! Erreur de traduction, peut-être ?

Mme Veuve Ricoula de Abram Sabetay (ou Sabelay) et ses enfants de Paris

C’est la sœur aînée de Léon. Mais son genre ne lui permet pas d’être citée devant ses frères ! Elle a 60 ans à la mort de son père. Elle aussi est née à Salonique et apparemment elle vit à Paris. Elle décède à Auschwitz- Birkenau vers 1941, soit avant son frère !

Pour l’instant rien de plus.

Mme Fakima de Moïse Dassa

C’est la petite sœur de Léon. Rien de plus pour l’instant

Mr et Mme Samuel Frances et leurs enfants

C’est la famille de la troisième sœur de Léon. Seulement, elle se situe dans l’ordre de la fratrie des filles au milieu. Est-ce parce qu’elle n’est pas veuve qu’elle n’est pas citée avant ?

Elle s’appelle Flor, est née à Salonique et a 38 ans à la mort de son père. Elle s’est mariée avec Samuel Frances et a eu 5 enfants. L’aîné Sam est décédé en 1976 à Manchester en Angleterre.

Rien de plus pour l’instant.

La famille Salem

Jacob, le père de Léon, avait un frère, Haïm, né 10 ans avant lui. Il est décédé en 1904 à Salonique. Il s’était marié et avait une fille Victoria, certainement recueille par la famille de Léon, comme l’une de leur fille. (Cf plus haut)

Le père de Jacob, grand-père de Léon, Asher, né en 1820 à Salonique avait peut-être d’autres frères, les grands-oncles de Léon. Pour l’instant, rien de plus.

La famille Mallah

Cette famille est celle de la sœur de Jacob, Estra, tante de Léon, née 10 ans après son frère. Elle se marie avec un bijoutier, Jacob Mallah. Ils passeront toute leur vie Salonique. Elle mourra en 1935, avant l’arrivée des nazis en 1941. Ils ont eu sept enfants. Des recherches sont en cours. Deux fils, Léon et Mario, sont décédés à Auschwich- Birkenau.

La famille Levy

Certainement, celle de Fortunée, la belle famille du frère de Léon.

La famille Nahama

ou Nehama, celle d’Esther la veuve

La famille Confortes

Rien de plus pour l’instant.

Légende

  • Acte d’état civil

Source

Archives nationales – Pierrefite

  • Sûreté générale – Police Nationale
  • Surveillance des étrangers

Cercle de Généalogie juive

Généanet

Filae

Famille de Salonique

FILIATION

Salem Léon

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Brève biographie

Naissance – Salonique, Nomós Thessaloníkis, Macédoine, GRÈCE

De Jacob et Nehama Esther

Étude à l’Alliance israélite française de Salonique.

Arrivée en France – Venant de Manchester, âgé de 28 ans.

Commissaire en marchandises, principalement de luxe et en parfumerie.

Vie avec sa future femme au 80 rue Rambutteau à Paris 1er jusqu’en 1914

Recensement par la Préfecture de police. Domicile au 19 rue Notre-Dame de Nazareth à Paris 3ème.

Domicile au 120 rue de Turenne à Paris 3ème.

La Préfecture de police de Paris lui refuse un voyage à Clermont-Ferrand de 8 jours, à but commercial.

Léon est porteur d’une carte d’identité n° 995379 émise ce jour. Il exerce la profession de commissaire en marchandise et gagne 24 000 Francs/an.

Domicile au 55 rue des Petites Ecuries – Paris 10ème – Loyer annuel 4400 Frs

Mariage avec Marie Louise BOBART- Née à Liège – Paris Xe, Seine, France. Sa femme possède d’un récépissé de demande de carte d‘identité délivré le 6 juin 1917. Elle est déclarée s’occuper des soins du ménage.

Accord de la Préfecture de police pour que Léon et sa femme puissent se rendre à Manchester (Angleterre) rencontrer des membres de la famille réfugiée. Léon et sa femme habitent alors au 55 rue des Petites Ecuries. Les parents de sa femme habitent au 27, Zellington street – Bradford à Manchester.

Le père de Léon est enterré à Salonique. Léon obtient l’autorisation de s’y rendre pour y assister. Il y restera un mois. Autorisation accordée par la Préfecture de police.

Divorce prononcé à la Mairie du 10e arrondissement – Tribunal de la Seine – en défaveur du mari.

(Date à vérifier ou 1932)

Publicité parue dans Le Guide SAM : pour l’expansion économique française pour le Levant sur l’entreprise de Léon.

La fille de l’eau de Jean Renoir. Lionel joue un marinier.

L’heureuse mort de Serge Nadejdine où il joue le secrétaire de théâtre.

L’abbé Constantin de Julien Duvivier

Madame Saint-Gêne de Léonce Perret

Recensement de 1926 : Léon vit seul au 55 rue des Petites Ecuries – Paris 10 ème – Quartier Porte de Saint-Denis –

Travail dans l’art cinématographique. Néanmoins, il occupe le poste de chef de publicité à la maison Tourisme – Industrie au 6 boulevard d’Aurelle de Paladines à Neuilly-sur-Seine.

Diplôme d’honneur pour service rendu à la mutualité par la Socièté Nationale d’Encouragement à la Mutualité.

La flamme de René Hervil où il joue l’ami d’Hugues Sedley

L’Agonie de Jérusalem de Julien Duviver où il joue Jésus.

Article paru dans L’Information financière, économique et politique du 14 juin 1926 sur L’Agonie de Jérusalem de Julien Duvivier et éloge de l’interprétation de Léon.

Simone d’Emile-Bernard Donation où il joue le notaire.

Titi 1er roi des gosses de René Leprince où il joue le roi Ivan VII

Article dans Paris Midi sur L’Agonie de Jérusalem de Julien Duvivier et éloge de l’interprétation de Léon.

Article dans L’Intransigeant sur la composition des acteurs dont Léon en Jésus.

Article dans Le Républicain de Belfort sur L’Agonie de Jérusalem de Julien Duvivier et éloge de l’interprétation de Léon.

Article dans Le Guide Sam : pour l’expansion économique française dans le Levant sur les juifs orientaux dont Léon Salem. Article repris dans L’Est Républicain paru le 17 mars 1927.

Article dans Le Guide Sam : pour l’expansion économique française dans le Levant recensant les noms et adresses des Salem, dont Léon. Article repris par L’Univers Israélite paru le 7 janvier 1927.

Vente du fonds de commerce de Lingerie, Tissus et Confections situé aux 94 Bd des Batignoles, certainement, à des membres de la famille Salem (Lévy, Jacques et Albert). Léon se fait appeler Grottas. Source Le Courrier. Journal quotidien, Feuille officielle d’annonces légales et judiciaires du 22 mai 1927.

Le Martyre de Sainte-Maxence d’Emile-Bernard Donatien où il joue Hugues Valens

Le P’tit Parigot de Réné Le Somptier en 6 épisodes où il joue Napoléon III

Gros…sur le cœur de Pierre Weill

Article paru dans Mémorial de La Loire et de La Haute-Loire sur le film l’Agonie de Jérusalem de Julien Duvivier avec éloge de l’interprétation de Léon.

Chacun porte sa croix de Jean Choux où il joue Jésus

La vie miraculeuse de Thérèse Martin de Julien Duvivier où il joue Louis Martin

Article de Jean-Charles Reynaud intitulé Lionel Salem, paru dans le Guide Sam de l’année.

L’âge d’or de Luis Bunuel où il joue le Duc de Blangis

Montparnasse de George Burton

Article paru dans Le Petit Dauphinois, le grand quotidien des Alpes françaises présentant le film de Julien Duvivier, L’Agonie de Jérusalem.

Licenciement : faillite de l’entreprise Tourisme Industrie.

Inscription à la mairie du 10ème arrondissement au service du chômage.

Radiation des listes du chômage par la commission paritaire locale à partir d’un signalement pour versement d’allocations indues.

Carte d’Identité n° 327503 délivrée par la Préfecture de Police.

Décès de sa mère au 10 rue Saulnier à Paris 9ème à l’âge de 84 ans.

Recensement : domicile toujours au 55 rue des petites écuries. Il se fait appeler Lionel, artiste de cinéma. Erreur ou volonté de rajeunissement sa date de naissance est fausse (1889). Il vit avec Schneider Sarah qui est identifiée comme parente. Pourtant, la même année, Sarah vit avec ses parents, Isaac et Dora émigré russe, son frère Benjamin (né en 1909 à Paris) et sa sœur Marion (née en 1913 à Paris) au 55 rue des Poissonniers à Paris 18ème, quartier Clignancourt. Sarah, alors âgée de 21 ans, travaille comme dactylo, le nom de son employeur est illisible. Marion est employée à « Bourse publicité ». Leur vie commune devait être récente.

Refus de séjour au titre de renouvellement tardif de carte d’identité et non paiement des indemnités encourues.

Demande de refoulement. Après démarches de la Ligue des Droits de l’Homme auprès du Ministre de l’Intérieur autorise en date du 00 mars dernier à résider en France jusqu’au 31 mai 1933.

Annulation de la demande de refoulement par production d’un certificat de travail visé favorablement par le Service de Main-d’œuvre étrangère.

Carte d’identité avec la profession de secrétaire traducteur « chez M. Le Perrin, Député de la Nièvre, pour un salaire de 1000 francs mensuels ». Source la Sureté national.

Sauf-conduit, aller et retour, d’une durée de 3 mois, obtenu pour l’Italie.

Golgotha de Julien Duvivier

Un article de L’intransigeant du 11 janvier signale que Lionel Salem est pressenti pour jouer dans le film Jésus de Nazareth en deux versions (italienne et française). Film qui ne sera pas réalisé.

Recensement *: Même domicile – Son prénom, toujours Lionel, avec la bonne année de naissance. Maria Lacour, née en 1904 en Saône-et-Loire, vit avec lui, comme « amie ». Elle est chef de service commercial. Au recensement de 1931, Maria habite au 30 rue de la Croix de Nivert Paris 15ème Quartier Grenelle. Elle travaille comme comptable aux Galeries Lafayettes. Elle est dénommée « amie » des sœurs Pauvert qui vivent avec elle;

Il y a Joséphine née le 06 avril 1887* à Nantes, infirmière ex-modiste, et Clémence née le 29 mai 1888* à Nantes, alors couturière chez Weil à Paris.

Au recensement de 1906, à Nantes, Anna Marie Victorine Brisseau épouse Pauvert, née en 1851, vit avec sa famille au 39 rue du Bel-Air, à Nantes, avec ses enfants Germaine, Marie, Josephe (dite Joséphine), toutes deux modistes, Clémence, tailleuse, et Joseph, né en 1892, tapissier.

Maria a eu un fils de « père confidentiel », Pierre, né entre 1930 et 1932, sans autre précision. Pierre est décédé entre 2005 et 2007. Il n’a ni le nom Salem ni celui de Latour. Le « mariage » de Maria est toujours dit confidentiel.

Thérèse Martin de Maurice de Canonge

L’enfer des anges de Christian-Jacques où il joue le Rouquin.

Lois portant statut des juifs

Publication au Journal Officiel de la liste des dignitaires et des officiers de la Franc-Maçonnerie au Journal officiel. Léon est membre de la Grande Loge de France (loge Thebah).

Domicile au 23 rue Jansen dans le 19ème. Il se dit traducteur.

Port obligatoire de l’étoile jaune en France

Le convoi 38 l’emmène à Auschwitz où il sera gazé à son arrivée.

Décembre 1988

Reconnu par Arrêté portant mention « Mort en déportation » au Journal Officiel

Mémorial de la Shoah

Mur des noms à Paris, Dalle n°94 – Colonne n°32- rangée 1

Légende

XXXXXXXXX : Film avec Léon comme acteur.

XXXXXXXXX : Recensement officiel

XXXXXXXXX : Informations provenant des différents dossiers retrouvés aux Archives nationales.

  • Acte d’état civil

Source

Archives nationales – Pierrefite

  • Sûreté générale – Police Nationale
  • Surveillance des étrangers

Cercle de Généalogie juive

Généanet

Filae

Famille de Salonique

FILIATION