La vie de Léon de 1925 à 1927

Ou l’explosion culturelle par son talent

Du Sentier aux Studios,

Le quartier Bonne Nouvelle et le Sentier, où Léon exerce son activité de commercial en bonneterie, touchent directement les Grands Boulevards. À l’époque, ce secteur n’est pas seulement le cœur du textile, mais, celui du divertissement. Les bureaux de production, les agences de casting et les théâtres y sont légion. Passer d’une boutique de tissus à un plateau de tournage ne demande que quelques minutes de marche.

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Guerre 1914-1918. Cinémas. « Grands Boulevards. Actualités concernant la guerre ». Paris, 20-30 août 1914. Photographie de Charles Lansiaux (1855-1939). Bibliothèque historique de la Ville de Paris.

Le quartier était le point de rencontre des acheteurs internationaux et des entrepreneurs. Les cafés des Grands Boulevards servaient de bureaux informels. La communauté séfarade de Salonique était très soudée. Dans ces cafés, on ne croisait pas seulement des marchands de tissus, mais également des agents artistiques, des décorateurs et des cinéastes à la recherche de « visages » authentiques.

Évidemment, Léon avait pour lui de nombreux avantages pour entrer dans le cinéma muet. Il avait « une gueule » éloignée des standards habituels. Il devait être ouvert et empathique, pour avoir réussi dans le commerce aussi vite et si bien. De plus, Léon, commerçant en bonneterie de luxe, pouvait fournir des accessoires (bas de soie ou autres) pour un film, en échange d’un petit rôle ou d’un accès aux coulisses.

Porosité des milieux

📽️ La Fille de l’Eau

Pour son entrée dans le cinéma muet, en 1924, il tourne dans La Fille de l’Eau, premier film de Renoir. Il y interprète un marinier. Le côté naturel de Léon devait plaire à Renoir. Et pour Léon, vue son indépendance financière, il pouvait se faire plaisir en jouant au figurant.

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Renoir a 29 ans lorsqu’il décide, de céramiste, de devenir cinéaste, avec l’envie de faire du dernier modèle de son père, Catherine Hessling, dont il était amoureux, une star ! Tourné à l’été puis à l’automne 1924, sur les bords du canal du Loing et dans la forêt de Fontainebleau (fief des Renoir), le film n’eut aucun succès.

📽️ L’Heureuse Mort

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Le réalisateur de son second film, L’Heureuse Mort, est Serge Nadejdine (un ancien maître de ballet russe émigré à Paris). Ce film, sorti en décembre 1924, est une grosse production distribuée par une société influente des années 20, les studios Albatros à Montreuil, le fief du cinéma russe en exil à Paris. Léon joue un secrétaire de théâtre aux côtés de la grande actrice Suzanne Bianchetti.

Le jour, Léon conduit ses affaires d’import-export dans le quartier de la porte Saint-Denis. La nuit, il fréquente les avant-premières sur les Grands Boulevards, où il voit son nom et son nouveau prénom, Lionel, s’afficher sur les écrans à quelques centaines de mètres de son domicile. Deux identités, avec deux prénoms ! L’acteur est né, le commercial n’a pas encore disparu. Léon a 41 ans !

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Guide SAM au 1er janvier 1924

Léon s’installe au cinéma

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Guide SAM au 1er janvier 1925

Avec son expérience des studios Albatros, Léon sait se faire apprécier du petit monde du cinéma. On y travaillait les décors et les éclairages avec une précision chirurgicale. Pour Léon, c’était l’endroit idéal pour apprendre le métier « sérieusement« . D’ailleurs, le jeune cinéaste Julien Duvivier le choisit pour jouer dans L’Abbé Constantin.

📽️ L’Abbé Constantin

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C’est sa première collaboration avec Julien Duvivier. Le film est une adaptation d’un roman très célèbre à l’époque de Ludovic Halévy. C’est une comédie de mœurs légère sur l’arrivée d’Américaines riches dans un petit village français. Léon y joue un rôle secondaire aux côtés de Jean Coquelin (le fils du célèbre Coquelin Aîné).

📽️ Madame Sans-Gêne

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La même année, Léon participe à un film d’une portée internationale. Au côté de Gloria Swanson, actrice hollywoodienne, il joue un homme de la cour dans cette coproduction franco-américaine réalisée par Léonce Perret.

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Ciné miroir – 1926

Léonce Perret a obtenu l’autorisation exceptionnelle de tourner au château de Fontainebleau et à Compiègne. Pour Léon, une véritable immersion dans l’histoire de France avec ce film en costume !

Depuis presque deux ans que Léon goûte au cinéma en composant des rôles de figurant plus ou moins importants tout en continuant son négoce. Il a 38 ans. Seulement, ce second semestre 1925 annonce un véritable tournant dans sa carrière naissante.

📽️Le Juif Jésus dans l’Agonie de Jérusalem

Le film L’Agonie de Jérusalem (aussi titré Révélation) est sorti en France le 8 avril 1927, mais le tournage fut réalisé l’année précédente. Julien Duvivier souhaitait pour ce nouveau film oublier les cartons-pâtes des décors de studios pour tourner les scènes de Jérusalem et du mont des Oliviers en Palestine. Pour donner un souffle mystique inédit à sa future œuvre, l’équipe a passé environ 3 à 4 mois sur place. À cette époque, le voyage se faisait en train jusqu’à Marseille, puis en paquebot (souvent des Messageries Maritimes) vers Alexandrie ou directement vers Jaffa/Haïfa.

Duvivier aimait voyager.  Entraîner son équipe de cinéma sur les lieux bibliques était une première.  Son éducation catholique l’inspira énormément pour ses premiers films. Néanmoins, ils eurent pour conséquence la perte de sa foi.

En Palestine,  Duvivier fût  extrêmement déçu,  comme il le raconte dans une série d’entretiens diffusés sur France Culture. Les lieux dont il a tant rêvé ne correspondent aucunement à ses attentes. Et, il ne réitérera pas l’expérience pour Golgotha (1935).

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Extrait de Ciné Miroir -Mars 1926

Devenu un notable, Léon n’est plus surveillé par la préfecture de police, certainement depuis une petite dizaine d’années. Il lui est alors possible, sans crainte, d’envisager ce voyage en Palestine. De plus, un contrat avec la société Vandal et Delac (le plus gros producteur français de l’époque) valait tous les laissez-passer. Vivre ce voyage et interpréter ce rôle fut sûrement pour Léon une expérience forte.

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L’Agonie de Jérusalem
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L’Agonie de Jérusalem
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L’Agonie de Jérusalem

Dans une conférence, Hubert Niogret, spécialiste de cinéma, précise que Duvivier avait épousé une femme juive russe et qu’il avait un fils. Ainsi, le cinéaste expliquait son départ aux États-Unis, lors de la Seconde Guerre mondiale : une mesure de protection pour sa famille.

Qu’échangeaient ces deux hommes hors tournage ? Léon, l’émigré juif, qui s’était réinventé dans le luxe et qui se renouvelait dans le cinéma muet. Julien dont les débuts d’acteur furent écourtés et qui essayait de percer au cinéma… Cinq ans plus tard, Julien se fera une vraie place dans le cinéma parlant.

L’interprétation de Léon est saluée par beaucoup de critiques.

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Guide SAM 1er janvier 2027

Il fait la fierté de sa communauté. Mais, son talent est reconnu aussi par les professionnels.

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Lionel remplace Léon

Léon rachète l’entreprise familiale en 1927. Cette annonce nous apprend que son entrepôt se situe certainement au 94 bd des Batignolles. Entrepôt au fond d’une cour ou magasin en bord de rue, aucune indication à ce jour.

La présence de membres de sa famille (Lévy, Jacques et Albert Salem) indique qu’il a retrouvé ou trouvé toute une communauté à Paris.(voir chronique La fin tragique de Léon)

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Selon les travaux de l’historienne Annie Benveniste, le 11e arrondissement abritait les familles séfarades et leurs commerces de gros et de demi-gros.

Le Bottin du commerce des années 20 et 30 montre la concentration de noms de familles séfarades dans la bonneterie et le textile. D’ailleurs, le 55 rue des Petites Écuries abritait plusieurs entreprises de négoce. Dans le quartier, des noms typiques de Salonique, de Constantinople ou Smyrne se distinguent : Amar, Saporta, Modiano, Cohen, etc.

Les archives de l’Association culturelle israélite séfarade (ACIS), fondée au début du XXᵉ siècle par des juifs ottomans de Paris, montrent qu’elle dirigeait les intérêts de la communauté.  Le périmètre « Sentier-Petites Écuries » était le lieu où se concentraient les dons et les activités économiques des membres les plus influents, souvent des importateurs de tapis ou de bonneterie.

La carte des commerçants de la préfecture de police qui a permis de cartographier Paris, montre que la bonneterie était la porte d’entrée classique pour des émigrés car elle demandait peu de capital mais beaucoup de réseaux, ce que possédaient les anciens habitants de Salonique.

Le 94 boulevard des Batignolles est à deux pas de la place de Clichy et de Montmartre, qui étaient à l’époque les quartiers des théâtres et des premiers studios de cinéma (comme les studios Gaumont au Pathé-Palace).

La carrière cinématographique devrait se lancer. Pourtant, l’année 2027, Léon va jouer dans d’autres films. Aucun n’aura le succès, pour lui, de L’Agonie de Jérusalem.

Le guide SAM de 1929 ne s’y trompe pas, même si, pourtant entre les lignes un peu « too much », le lecteur sent la difficulté de Léon à tourner la page de son Jésus.

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🗄️Importance de cet article

Jean-Charles Reynaud (1893-1957), qui signe cet article, n’est pas un simple journaliste, mais un scénariste et publiciste de premier plan. Il était rédacteur en chef de La Griffe cinématographique (citée dans le document) et collaborait à de nombreuses revues comme Photo-Ciné. Reynaud était un collaborateur direct de Julien Duvivier (il a notamment adapté pour lui La Vie miraculeuse de Thérèse Martin en 1929). Il a écrit aussi le roman L’Agonie de Jérusalem dont Duvivier a fait une adaptation et La Tragédie de Lourdes, Credo dont le réalisateur avait écrit le scénario.

Reynaud mentionne qu’il a connu Léon « fort jeune » et que ce dernier était son « secrétaire au Journal de Salonique ». Ce détail est d’importance. Il signale que Léon écrivait, sur le cinéma certainement, dans le grand quotidien francophone de la communauté juive de Salonique.

Il utilise les termes comme « force magnétique« , « visage de douceur infinie«  et « vocation évangélique » et souligne une sorte de mysticisme. Reynaud souligne que Léon est devenu prisonnier de son image. Les producteurs ne lui proposaient plus que des rôles bibliques (« tel patriarche, tel père de l’Église« ), ce qui a freiné sa carrière d’acteur et l’a probablement incité à revenir à d’autres activités pour survivre financièrement.

En tout cas, cet article démontre aussi que Léon n’était absolument pas dupe. Il avait compris qu’il n’arriverait pas à sortir de ce rôle fort, même s’il l’espérait sincèrement. Il insiste aussi sur une passion datant de très longtemps, celle du cinéma !

🧭 En généalogie-Source

Conférence Le cinéma muet de Julien Duvivier par Hubert Niogret – 10 septembre 2021

Le Guide Sam : pour l’expansion économique française dans le Levant

Annie Benveniste – Juifs de Salonique à  Paris.

💡 Conseil généalogique 

🧩Gallica BNF tient à disposition les revues du cinéma.

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La fin tragique de Léon

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L’arrestation et la déportation de Léon sont documentés dans les archives de la Shoah en France (Mémorial de la Shoah et dossiers des victimes des conflits contemporains). Son parcours illustre tragiquement comment le statut d’étranger, qui avait été sa force dans les années 30, est devenu un piège mortel sous l’Occupation.

📦 Son arrestation

Fin septembre 1942, Léon est arrêté lors de la rafle de la place Maubert (ou rafle du 5ᵉ arrondissement) à Paris. Contrairement à la rafle du Vél d’Hiv qui visait les familles, les rafles de l’été 1942 ciblaient aussi spécifiquement les hommes juifs étrangers ou « apatrides » aptes au travail.

Il est immédiatement transféré au camp de Drancy.

🔯Le Convoi n° 39

Léon fait partie du Convoi n° 39, l’un des plus importants de l’automne 1942. Il démarre de la gare du Bourget-Drany le 30 septembre 1942. Le convoi transportait 1 000 personnes (dont 794 hommes et 206 femmes).

Parmi eux se trouvaient de nombreux Juifs originaires de Grèce et de l’ancien Empire ottoman résidant à Paris.

⛓️Arrivée à Auschwitz

Le trajet dure environ trois jours dans les conditions que l’on connaît. Il arrive le 2 octobre 1942.

À l’ouverture des wagons à Auschwitz-Birkenau, la « sélection » a lieu sur la rampe. Sur les 1 000 déportés du convoi 39, seuls 211 hommes ont été sélectionnés pour entrer dans le camp de travail (ils ont reçu les matricules compris de 65 965 à 66 175).

Léon est âgé de 53 ans (un âge limite pour la « capacité de travail » selon les critères SS- la limite se situait généralement autour de 45-50 ans). La date officielle de son décès est fixée au 3 octobre 1942 à Auschwitz.

Pourquoi a-t-il été arrêté à ce moment-là ?

En 1942, les Juifs de nationalité turque ou grecque étaient particulièrement vulnérables. Les autorités allemandes pressaient les consulats de ces pays de rapatrier leurs ressortissants. Si le consulat ne répondait pas ou si la personne n’était pas protégée explicitement, elle était déportée.

Le fait que son statut de franc-maçon soit connu par la publication au Journal officiel par le gouvernement de Pétain le place d’emblée dans une situation d’incertitude critique.

Pourquoi n’est-il pas passé dans la clandestinité? Pourquoi n’avoir pas tenté de rejoindre l’Angleterre où la famille de son ex-femme et une de ses sœurs s’étaient réfugiés ? Il n’a pas cru au danger imminent. Il pensait que la France des Lumières et du pays des Droits de l’homme ne pouvait céder si facilement. De nombreux ressortissants y ont cru. Ils l’ont payé de leur vie.

La mention « Mort en déportation »

Elle a été attribuée par un arrêté du 10 décembre 1988 (publié au Journal Officiel le 18 avril 1988).

Cette mention est portée en marge de son acte de décès. Elle atteste officiellement du décès de Léon suite à sa déportation au camp d’extermination d’Auschwitz le 3 octobre 1942 (certaines sources indiquent le 5 octobre, mais l’arrêté fixe une date officielle pour l’état civil).

À partir de 1942, les appartements des Juifs déportés étaient systématiquement vidés par les services allemands. Après l’arrestation de Léon Salem en septembre 1942, les scellés ont été apposés sur la porte de son appartement. Quelques semaines plus tard, des camions de l’ERR (Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg) venaient vider l’appartement pour envoyer le mobilier en Allemagne.

À ce jour, il n’existe aucune trace de procédure de restitution ou d’indemnisation ouverte par des ayants droit auprès des instances officielles (comme la Commission pour indemniser les victimes de spoliation – CIVS) pour les biens de Léon Salem à sa dernière adresse : 23 rue Jansen dans le 19ᵉ.

👨‍👩‍👧‍👦Et sa famille ?

Ricoula Salem, sa sœur aînée, habitait au 6 rue de Rochechouart à Paris 9ᵉ. Elle est partie de Drancy à Auschwitz par le convoi n°44 le 9 novembre 1942.

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Le témoignage de son neveu, enfant caché en France ici https://ressources.memorialdelashoah.org/notice.php?q=id:768548

Il est le fils de Samuel Raphaël et de Gilberte née Nahmias. Le frère de Raphaël, Abraham, se mariera avec Ricoula. Samuel et Gilberte émigrent en 1916. Après une brève association avec son frère Abraham, il ouvre une boutique de bas de soie au 27 rue Bleue. Le couple se sépare. Ricoula élève l’enfant. La famille Raphaël sera raflée. Dans le convoi 44, ils sont 1160 Juifs originaires de Grèce. Dans ce témoignage, on apprend que toute la famille de Ricoula, donc celle de Léon, avait sept frères et sœurs, venus en France. La famille de Ricoula respectait beaucoup les rites juifs. Voilà qui ouvre des perspectives nouvelles. Un témoignage très important à reprendre dans d’autres chroniques.

Le frère aîné, Asher Yaakov Salem, est décédé à Manchester, Lancashire, en Angleterre, à l’âge de 74 ans, le 11 novembre 1947. Il avait émigré avec sa famille avant l’occupation.

Son autre frère, David Salem, celui que Léon avait dû visiter lors de son voyage en Palestine, est décédé le 2 novembre 1950 à Paris. Il habitait alors 6 rue Vaucanson. Il n’a pas dû rentrer durant l’occupation.

Deux autres sœurs, Fakima et Victoria, sont encore en cours de recherche. Et, peut-être, d’autres encore.

💡 Conseil généalogique :

🔎 Le titre de « Mort pour la France »

Généralement, pour les victimes de la Shoah déportées depuis la France, le titre de « Mort pour la France » n’est pas automatique. Il doit faire l’objet d’une demande auprès de l’Office National des Combattants et des Victimes de Guerre (ONACVG).

Léon figure sur le Mur des Noms au Mémorial de la Shoah (dalle 94, colonne 32, rangée 1), cela signifie que son statut de victime de la persécution antisémite est pleinement reconnu.

Le titre de « déporté politique » est souvent plus complexe à obtenir pour les étrangers, car il était initialement réservé aux actes de résistance ou de convictions politiques.

Pour les victimes de la Shoah, le statut juridique créé après-guerre est celui de « Déporté ou Interné Résistant » (DIR) ou « Déporté ou Interné de la Résistance« , ou, celui de « Déporté ou Interné Politique« .

🔎 Chercher l’existence d’un dossier au Service Historique de la Défense (SHD)

Demander le dossier individuel de déporté au SHD de Caen (Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains). Ces dossiers ont fréquemment été constitués après-guerre (entre 1945 et 1960) par des proches ou des ayants droit pour obtenir des pensions ou la régularisation de l’état civil.

🔎Consulter l’index du Service Historique de la Défense (SHD)

Le site Mémoire des Hommes répertorie les dossiers de déportés, sous le statut de « Déporté politique » (le terme administratif utilisé pour les victimes de la Shoah n’ayant pas fait acte de résistance armée).

🔎Formuler des demandes :

Service Historique de la Défense à Caen

Base de données de la FMD (Fondation pour la Mémoire de la Déportation),

Les associations des anciens déportés

Pillage culturel par l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg :

Base de données des objets d’art du Jeu de Paume

Archives Nationales (site de Pierrefitte-sur-Seine)

(Série AJ/38, dossiers du Commissariat général aux questions juives) ou dans la base de données du Mémorial de la Shoah, qui conserve de nombreux dossiers de spoliation.

🧭 Généalogie à suivre

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La vie de Léon de 1933 à 1939

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Porte de Vanves -1933

Ou chronique ordinaire des années noires


🌳Évolution historique

En arrivant en France en 1911, Léon est considéré comme ottoman. Salonique était la seconde ville de Turquie. La France et l’Empire ottoman ont des relations centenaires. Léon, malgré son statut d’émigré est protégé par les réseaux de l’Alliance Israélite Universelle, qualifiée par la Sûreté nationale comme « œuvre de propagande de la France à l’étranger« . Il n’a pas besoin de visa complexe, mais il est un « Oriental » aux yeux de l’administration.

Alliance Israélite Universelle

Lorsque Salonique devient une ville grecque en 1912, Léon aurait pu prendre la nationalité hellénique. Le fait qu’en 1935, il soit encore considéré comme Ottoman prouve qu’il ne l’a pas fait. Pendant la Première Guerre mondiale, son statut devient précaire, d’où les dossiers de 1917 et de 1918, retrouvés aux Archives nationales montrant des sauf-conduits à demander pour chaque voyage et sortie du territoire. Car, la Turquie est ennemie de la France.

Avec la loi de 1927 qui facilite énormément la naturalisation en réduisant le délai de résidence à 3 ans (au lieu de 10), Léon pouvait demander une naturalisation. Mais, il ne le fait pas.

La crise de 29 finit par arrivée en France et en 1932, la loi dite Protection du travail national introduit des quotas d’étrangers dans les entreprises. De plus, la montée de la xénophobie et de l’antisémitisme dans les années 30 rend le statut social des Ottomans plus précaire, même s’ils possèdent des papiers en règle.

🗃️Le Fichier dit de Moscou

C’est grâce à la surveillance organisée par la Sûreté nationale selon les préconisations de la direction de la surveillance des étrangers que les éléments suivants nous sont connus. En effet, Léon a fait l’objet d’une surveillance de 1933 à 1939 comme l’attestent les enquêtes retrouvées aux Archives nationales de Pierrefitte contenues dans le dossier dit Fichier dit de Moscou.

Le sauf-conduit, malgré les contraintes, était idéal. Il lui permettait de garder son passeport d’origine (et donc ses droits en Orient) tout en ayant la garantie de la France qu’il pouvait revenir. C’est le statut typique de l’élite nomade de l’époque.

🌿Demande de Sauf-conduit

En 1935, Léon, identifié de nationalité ottomane, demande un titre d’identité et de voyage. Un article de L’Intransigeant du 11 janvier signale que Lionel Salem est pressenti pour jouer dans le film Jésus de Nazareth en deux versions (italienne et française). Le film qui n’a pas été réalisé.

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Il prouve qu’il n’est pas turc en produisant une lettre du consulat grec de Paris, déclarant qu’il est impossible aux autorités ottomanes de le reconnaître comme citoyen turc. Les différentes instances le lui accordent après enquête de moralité.

🖋️Précarité ?

Après la faillite de Tourisme et Industrie, Léon s’inscrit au chômage. En 1931, être au chômage permet surtout d’être reconnu officiellement comme sans emploi. Cela donne accès à des secours publics (aides municipales, parfois allocations modestes), à des travaux de secours organisés par la commune, et aux bureaux de placement pour retrouver un emploi.

Ce n’est pas une assurance chômage généralisée, mais un filet d’assistance limitée, souvent conditionnée et insuffisante face à la crise. Il en est radié le 27 décembre 1932, après la décision d’une commission paritaire locale, ayant été signalée touchant irrégulièrement ses allocations.

La crise économique aggrave la xénophobie : les étrangers sont accusés de prendre le travail des Français, et les Juifs sont particulièrement visés par des préjugés antisémites de plus en plus visibles. Même si Paris reste un lieu de relative liberté comparé à l’Europe centrale ou orientale, la vie est marquée par l’insécurité matérielle, la surveillance administrative et la crainte d’expulsion ou de marginalisation.

La faillite ne semble pas n’être qu’un revers commercial, mais une véritable mort professionnelle qui le pousse vers les aides publiques. L’inscription au chômage indique qu‘il n’avait pas de réserves financières suffisantes après l’achat de l’entreprise des Batignolles. Et même que cette entreprise n’existe plus.

La commission paritaire est une instance composée de représentants des employeurs et des salariés. Cette radiation suggère une enquête ou une dénonciation (d’où l’emploi du mot signaler). Cela le place dans une situation d’illégalité ou, au moins, de conflit avec l’État dès 1932. En tout cas, Léon devait travailler « au noir » comme commissionnaire ou d’intermédiaire non déclaré ou traducteur, comme il se qualifie peu après.

🖋️ Indésirable ?

Sa nouvelle carte d’identité n° 327563 est délivrée le 7 juillet 1930. Une demande de refoulement est déposée le 15 mars 1933. La démarche de la Ligue des droits de l’homme (LDH) auprès du ministère de l’Intérieur lui permet d’être autorisé à séjourner jusqu’au 31 mai 1933 par note du 30 mars.

En 1932, la loi protégeant la main-d’œuvre nationale est votée. On veut chasser les étrangers pour « libérer » des emplois. Mars 1933 marque aussi l’arrivée au pouvoir de Hitler. Ce climat antisémite et xénophobe commence à infuser les administrations préfectorales.

Que la LDH doive intervenir auprès du ministère de l’Intérieur montre que le cas est devenu « politique ». Obtenir un séjour jusqu’au 31 mai 1933 (seulement deux mois de répit) montre l’inflexibilité du ministère. Léon Salem vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Mais, il peut compter sur des appuis solides !

Seulement la note datant du 8 mai 1933, retrouvée dans le fichier « dit de Moscou », qui a déclenché la seconde enquête de la Sûreté nationale, ne vient pas répondre à cette mesure d’expulsion, mais à une demande particulière du ministère de l’Intérieur.

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Enquête pour obtenir les Palmes académiques

Les conclusions, bien que pointant l’honorabilité de Léon, ne lui permettront pas de les recevoir.

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L’enquête de 1935 apporte des précisions importantes. La mesure de refoulement avait été prise pour renouvellement tardif de la carte d’identité et non-paiement des indemnités qu’il avait encourues. La production d’un certificat de travail visé favorablement par le service de la main-d’œuvre étrangère lève le contentieux. Ce certificat devait affirmer que Léon était un traducteur.

📚Traducteur

Dans les années 30, avec l’arrivée du cinéma parlant, le besoin de traducteurs pour le doublage et les sous-titres était immense. C’est peut-être ainsi qu’il a maintenu un lien avec le milieu du cinéma tout en restant officiellement « traducteur » pour l’administration.

De plus, se déclarer traducteur (profession libérale/intellectuelle) était souvent une stratégie pour les étrangers en sursis afin de justifier de revenus sans avoir besoin d’une carte de commerçant ou d’un contrat de travail industriel, plus strictement contrôlés.

Seulement, là encore, l’enquête de la Sûreté en 1935 renseigne plus précisément sur ses activités de traducteur, puisqu’il travaille chez « M. Le Perrin », député de la Nièvre, pour un salaire de 1000 F.

Émile Périn (1892-1965) était un homme politique français, maire de Nevers de 1925 à 1935 et député de la Nièvre de 1932 à 1936 (puis réélu en 1936) sous l’étiquette d’Union de la gauche (groupe Unité ouvrière puis Parti d’unité prolétarienne au Parlement). Voir Wikipédia

Sur le plan parlementaire, il s’est fait connaître par :

  • son engagement social, en particulier la lutte contre le chômage et la défense des travailleurs. Assemblée nationale
  • des propositions législatives sur les caisses de chômage municipales, l’aide aux travailleurs saisonniers, l’amélioration de la sécurité routière, et l’éclairage des grandes routes. Assemblée nationale
  • son implication dans des questions variées, dont les transports et les communications. Assemblée nationale

Il a aussi participé à l’élan du Front populaire lors des élections de 1936 et a été actif sur les thèmes du mieux-être social et de l’entente européenne dans sa campagne. Assemblée nationale

À l’époque, il est rémunéré comme employé du député, une fonction probablement polyvalente (secrétariat, rédaction, documentation). Elle recouvre vraisemblablement aussi des tâches de traduction et de traitement de documentation politique étrangère. Le salaire correspond à une rémunération normale pour un travail modeste mais réel, compatible avec un emploi régulier à temps partiel ou quasi plein.

Et toujours acteur de second ordre

– 🎬Golgotha (1935) de Julien Duvivier

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Car, en 1935, Léon apparaît encore dans un film de Duvivier, « Golgotha ». C’est une fresque historique et religieuse monumentale qui retrace la Semaine sainte, de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem jusqu’à sa Crucifixion. Le film est resté célèbre pour son réalisme, sa mise en scène grandiose et son casting prestigieux (notamment Robert Le Vigan en Jésus et Jean Gabin en Ponce Pilate).

Dans cette production, Léon interprète le rôle de Simon de Cyrène. Il est l’homme réquisitionné par les soldats romains pour aider Jésus à porter sa croix sur le chemin du Calvaire.

– 🎬Thérèse Martin (1938) de Maurice de Canonge

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C’est un retour symbolique pour lui. Il avait déjà joué dans la version de 1929 réalisée par Duvivier (La Vie miraculeuse de Thérèse Martin), où il tenait le rôle important de Louis Martin (le père de la sainte). En 1938, il participe à cette nouvelle version parlante. Bien que son rôle y soit plus secondaire, sa présence souligne sa spécialisation dans les fresques religieuses ou historiques de l’époque.

– 🎬L’Enfer des anges (1939) de Christian-Jaque

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C’est sa dernière apparition à l’écran. Il y interprète un personnage nommé « Le Rouquin ». C’est un drame social très noir sur l’enfance maltraitée et les bas-fonds de Paris. Tourné en 1939, le film a été censuré et n’est sorti qu’en 1941.

Le projet de L’Enfer des anges est né de la stupéfaction qu’éprouva Christian-Jaque, réalisateur des Disparus de Saint-Agil et de nombreuses comédies, lors de sa découverte de la zone de Saint-Ouen. Une image l’avait alors particulièrement frappé : celle d’habitants miséreux lui refusant l’accès à leur quartier. La Cinémathèque

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Christian-Jaque

Tourné en 1939, le film, sélectionné pour le premier Festival de Cannes, est censuré par le gouvernement Daladier car soupçonné d’idéologie communiste. Il sort en 1941, récupéré par la politique vichyste qui y voit une illustration de la « France d’avant ». La Cinémathèque

Commissionnaire, traducteur et acteur, le trois en un !

Pendant presque dix ans, Léon, sous le pseudo de Lionel, passe de « vedette » à acteur de second rôle, mais ne quitte pas les studios. Il a toujours travaillé aussi parallèlement, prouvant ainsi qu’il n’a jamais été dupe. Il savait qu’à son âge, il ne pourrait pas prétendre à une carrière de premier ordre. Fréquenter le milieu cinématographique était une manière de vivre plus intensément sa passion pour le cinéma. Depuis ses articles dans le Journal de Salonique souligné par Jean-Charles Reynaud aux films de Duvivier, Léon prouve sa passion pour le cinéma et le réseau solide dont il fait partie, dans l’ombre, mais toujours soutenant.

⚖️⚠️ D’un cadre répressif et xénophobe à un antisémitisme légal, systématique et persécuteur

Gouvernement Daladier (1938-1940)
Avant Vichy, la IIIᵉ République adopte déjà des mesures discriminatoires contre les Juifs étrangers : décrets-lois de 1938 durcissant le droit d’asile, révision et retrait de naturalisations (1938-1939), puis à partir de septembre 1939 internement administratif des étrangers « indésirables » ou ressortissants de pays ennemis, parmi lesquels de nombreux Juifs, dans des camps comme Gurs. Il ne s’agit pas encore d’une politique raciale d’État, mais d’une exclusion administrative et sécuritaire.

⛓️Régime de Vichy (1940-1944)
Vichy instaure une politique antisémite d’État, autonome puis aggravée sous pression allemande. À la suite de l’ordonnance allemande du 3 octobre 1940, Léon se fait recenser comme « Juif » auprès de la préfecture. Il lui est interdit de travailler officiellement comme traducteur ou comme acteur. Aryanisation économique (spoliation des biens, 1941). Recensement, port de l’étoile (zone occupée, 1942)

Internement des Juifs étrangers (4 octobre 1940). C’est certainement à cette époque que Léon déménage. Il quitte le 55 rue des Petites Écuries, trop connu, trop exposé, pour occuper un appartement plus modeste au 23 rue Jansen dans le 19ᵉ. Il se dit traducteur.

Le régime de Vichy publie les noms de francs-maçons pour désigner des ennemis intérieurs, légitimer sa Révolution nationale et exclure durablement des individus de la vie publique. Le nom de Léon Salem (ou Lionel Salem) apparaît dans le Journal Officiel de l’État français du samedi 27 septembre 1941. Léon est membre de la Grande Loge de France (loge Thebah). Il est à noter qu’Ascher Salem (avocat à Issy-les-Moulineaux) était aussi Franc-maçon.

Asher Salem, peut-être le frère de Léon

👉 La publication des noms n’est pas un simple recensement : c’est un outil politique de persécution, destiné à désigner, exclure et discréditer un groupe identifié comme ennemi du nouvel ordre vichyste. Mais, attention, inscrit sur les listes publiées par le régime de Vichy atteste moins d’une activité maçonnique vérifiée que de son identification comme tel par l’appareil répressif.

En conclusion, Léon est ciblé par Vichy à la fois pour ses origines et pour son appartenance maçonnique, ce qui accélère les procédures de surveillance.

La Loge Thebah

Fondée en 1901, cette loge porte le titre distinctif de Thebah (« l’Arche » en hébreu).
Selon Jean-Pierre Lassalle, le recrutement de la Loge Thebah « était sélectif et l’on y trouvait nombre d’esprits originaux, à la fois tournés vers la tradition et ouverts aux novateurs » (Lassalle, 2000, 89).

L´un des fondateurs de la loge maçonnique Thébah de la Grande Loge de France fut Pierre Deullin, qui était par ailleurs un membre du Mouvement cosmique créé par Max Théon (1848-1927), courant ésotérique juif et plus précisément kabbalistique qui constituera en France une véritable tradition représentée également en Inde par la Mère de Pondichéry, Sri Aurobindo et Satprem.

Il faudrait encore plus de temps pour comprendre ce que Léon a trouvé dans cette loge, si particulière, qui attira, après la Seconde Guerre mondiale, nombre de surréalistes, comme le premier d’entre eux, André Breton.


🧭 En généalogie-Source

🔎 Le Fichier dit de Moscou : une mine généalogique

Le Fichier dit de Moscou (parfois appelé Archives de Moscou ou Fonds de Moscou) est un ensemble de documents d’une importance capitale pour la généalogie française.

📜 Qu’est-ce que c’est ?

C’est une collection d’archives françaises qui a été saisie par les troupes allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale et qui a fini par être transférée à Moscou, en Union soviétique (aujourd’hui Russie), après la défaite du Reich.

👨‍👩‍👧‍👦 Où les consulter ?

Grâce à des accords entre la France et la Russie, une grande partie du fonds a été microfilmée et est désormais consultable en France.

  • Le Service historique de la Défense (SHD) à Vincennes possède une copie importante de ces microfilms, notamment pour les archives nobles et familiales.
  • Les Archives nationales détiennent également une partie de la collection.

🧭 En généalogie-Source (suite)

Archives Nationales de Pierrefitte

Le fonds de Moscou – Revue française de généalogie

Émile Perin – Wikipédia

M. J. Lesage

💡 Conseils généalogiques :

Attente des réponses. 🧩

Famille saloniquiste

La vie de Léon de 1927 à 1933

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En réalité, l’âge des désillusions

Léon abandonne son prénom pour le cinéma, au moment où il achète une entreprise. Même s’il tente de s’inventer en Lionel, il garde la tête sur les épaules.

Le cinéma est alors une mine d’or pour ceux qui croient dans ce nouveau mode artistique. Lucien Pinoteau, régisseur de Duvivier sur L’agonie de Jérusalem, raconte combien la préparation fut exigeante. La cellule qui figure dans le film se devait d’être le plus réaliste possible. Une réalité qu’il a fallu chercher.

L’Agonie de Jérusalem était le second film d’un « triptyque de la foi« , après « Credo ou La Tragédie de Lourdes«  (1924). Le troisième intitulé « Jésus l’humanitaire« , ne verra pas le jour sinon sous le nom de Golgotha (1935).

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Julien Duvivier

Élevé par les jésuites, Duvivier revisite son éducation à l’aide de ses premiers films. En tournant en Palestine, il découvre Jérusalem, Bethléem, Nazareth, Génézareth, Bethanie, Tibériade, Jéricho, vallée de Josaphat, mont Tabor, etc. Pourtant, ce fut, malgré l’interprétation de Léon, un « véritable bide », selon Hervé Dumont, critique cinématographique.

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Porte de Damas – Jérusalem- 1926

Imaginer ce que fut ce voyage pour Léon, n’est pas chose aisée. Son évolution montre que son engagement religieux devait être mesuré, sans qu’évidemment, aucun fait ne puisse l’attester.

Son frère, de six ans son aîné, David, commerçant, fait naître son premier enfant, Isodore, en 1916 à Beyrouth (décès à Paris 5e en 2002) et sa seconde, Juliette, à Jaffa en 1919, Esther, la suivante au Caire, etc. David meurt à Paris 4ᵉ en 1950, ce qui démontre certainement qu’il n’était pas en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, pour son voyage en Palestine, Léon en profite, probablement, pour rencontrer son frère.

Devenir véritable acteur à  part entière ?

Cette figure christique ne fait pas de Léon un acteur. Malgré son ambition et ses relations, sa carrière ne décolle pas du statut de figurant.

Duvivier évoque ses débuts dans l’industrie cinématographique. Alors qu’il percevait 50 F mensuellement au théâtre, il pouvait recevoir 15 F pour une matinée comme figurant et 10 F pour un après-midi en 1920. Ainsi, Léon se fait des petits cachets pour améliorer son ordinaire

📽️La vie miraculeuse de Thérèse Martin

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La vie miraculeuse de Thérèse Martin (1929) est réalisée par un collaborateur fidèle de Julien Duvivier. Il y tient le rôle de Louis Martin, le père de Sainte Thérèse. Ce film consolide son image d’homme sérieux, grave et « habité ».

📽️Chacun porte sa croix

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Dans Chacun porte sa croix (1929), Léon y incarne à nouveau la figure de Jésus. Pour le public, il est alors l’acteur « biblique » par excellence du cinéma français.

Parallèlement, le rapport de la Sûreté nationale témoigne que Léon reçoit un diplôme d’honneur pour service rendu par la Société Nationale d’encouragement à la mutualité, à la même période. Pour l’instant, je n’ai rien retrouvé concernant cette distinction.

La carrière de Léon stagne ! À part Jésus, que joue-t-il d’autre ? Rien ou si peu, et toujours dans des films qui parlent de bondieuserie ! Il est temps d’oser casser une image. Il a 47 ans lorsqu’il rencontre Buñuel.


🎬L’Âge d’or de Luis Buñuel (1930)

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Coécrit avec Salvador Dalí, L’Âge d’or est un des premiers films parlants en France. Il est conçu comme une succession de scènes oniriques et provocatrices, explorant les thèmes de l’amour fou et de la lutte contre les inhibitions sociales.

Le film commence par un documentaire sur les scorpions, passe par la fondation de la Rome impériale sur des squelettes d’évêques, et suit les tentatives désespérées d’un couple de s’unir malgré les obstacles de la religion et de la bourgeoisie.

Le film est entièrement financé par le vicomte Charles de Noailles et sa femme Marie-Laure, mécènes de l’avant-garde. L’Âge d’or est écrit à Hyères, dans la villa cubiste des Noailles qu’a construite Robert Mallet-Stevens, et tourné dans les studios de Billancourt. D’ailleurs, la première projection eut lieu dans leur hôtel particulier à Paris.

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Charles de Noailles et sa femme Marie-Laure

📜 Secrets de tournage

Bien que crédité au scénario, Dalí n’a travaillé que quelques jours sur le projet. Une dispute (notamment liée à la relation de Dalí avec Gala, que Buñuel n’appréciait pas) a mis fin à leur collaboration étroite commencée avec Un Chien andalou. Le film fait apparaître de grandes figures de l’art, particulièrement le peintre Max Ernst dans le rôle du chef des bandits.

Léon dit Lionel tient le rôle du duc de Blangis dans la séquence finale, une référence directe aux 120 Journées de Sodome du Marquis de Sade, où le personnage est grimé en figure christique.

L’accueil du film fut l‘un des plus violents de l’histoire du cinéma : décembre 1930, des militants d’extrême droite (Ligue des Patriotes et Ligue de l’Antisémitisme) saccagent la salle de cinéma, jettent de l’encre sur l’écran et détruisent des œuvres surréalistes exposées dans le hall. À la suite de ce tumulte, le préfet de police Jean Chiappe interdit le film. Cette interdiction a duré plus de 50 ans ; le film n’a été officiellement autorisé à nouveau qu’en 1981. Le scandale fut tel que le vicomte de Noailles fut menacé d’excommunication par le Vatican et exclu du Jockey Club.

Si Léon voulait casser son image de Jésus, en participant à ce film, il n’y réussit absolument pas !

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🪵Fin de sa carrière d’acteur ?

À 47 ans, Léon ne pouvait imaginer faire carrière au cinéma ! L’achat de l’entreprise des Batignolles le prouve. Il a surfé sur l’engouement pour le cinéma. Il a dû bien s’amuser, aussi. Mais, en aucune manière, il n’a pensé qu’il deviendrait le prochain Gabin, qui lui allait crever l’écran, quelque temps après. De plus, la photographie, façon Harcourt, devait être réservé pour quelques privilégiés. Sur aucune fiche technique des films auxquels il a participé ne figure son portrait. Il n’y a aucune photo pour rappeler son travail cinématographique !

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👵 L’année 1930, année du deuil

Le film sort le 28 novembre 1930. Mais, le scandale a dû être effacé par le décès de sa mère au 10 rue Saulnier à Paris 9ᵉ à l’âge de 84 ans.

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Au recensement de 1926, elle était déjà à Paris et résidait au même endroit avec une autre femme d’à peu près son âge et une jeune femme.


🌿Toujours au 55 rue Petites Écuries

Au recensement de 1931, Léon vit toujours à la même adresse. Il se fait appeler Lionel, artiste de cinéma. Erreur ou volonté de rajeunissement, sa date de naissance est fausse (1889). Il vit avec Schneider Sarah qui est identifiée comme parente. Pourtant, la même année, Sarah vit avec ses parents, Isaac et Dora, émigrés russes, son frère Benjamin (né en 1909 à Paris) et sa sœur Marion (née en 1913 à Paris) au 55 rue des Poissonniers à Paris 18ᵉ, quartier Clignancourt. Sarah, alors âgée de 21 ans, travaille comme dactylo, le nom de son employeur est illisible. Marion est employée à « Bourse publicité ». Leur vie commune devait être récente.

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🟢 Fin de l’âge d’or, en 1931

En novembre, la maison Tourisme et Industrie pour laquelle il était chef de publicité fait faillite (source Fichier de Mocou. Voir prochaine chronique). Elle est située au 6 boulevard d’Aurelle de Paladines à Neuilly-sur-Seine. Ce point vient ébranler la théorie que Léon attendait, à 48 ans, une hypothétique carrière d’acteur ! Au contraire, avec Jean-José Frappat, il investissait un domaine extrêmement novateur pour l’époque.

La maison Tourisme et Industrie est une société de production et promotion de films culturels, touristiques et industriels, dont la vocation est de mettre en valeur des régions (comme le Nord dans l’article notés ci-après) et des activités économiques comme le lin par la promotion à ambition poétique, documentaire ou symbolique. Elle a été active principalement de 1929 à 1931.

🎯 Jean-José Frappat, romancier, en sa qualité de directeur de Tourisme et Industrie, est le maître d’œuvre intellectuel, celui qui donne un sens narratif et culturel aux films. Son rôle est culturel, narratif et artistique, non technique.
✔ Léon assume les fonctions de chef de publicité. Sa connaissance du milieu cinématographique et ses qualités relationnelles sont parfaitement exploitées dans ce travail.

🎬Au côté de Tourisme et Industrie, l’entreprise Nord-Film est une société de production cinématographique active en 1930-1931 qui travaillait en partenariat. Elle est spécialisée dans des films industriels, documentaires ou sociaux.

Elle a été décrite notamment dans un articleLe cinéma au service du patronat : Nord-Film, une maison de production française en 1930-1931. Il souligne que certains films produits par Nord-Film étaient commandés ou réalisés dans un cadre très lié au patronat et à des thèmes industriels, reflétant explicitement des intérêts économiques plutôt que purement artistiques. Dirigée par Gaston Roudès, la société exploitait des studios à Neuilly-sur-Seine au 7, boulevard du Château.

Un projet attribué à la société est un film, La Chanson du Lin (1930), préparé à Lille, qui est consacré à la culture et à l’industrie du lin dans le Nord de la France. Le traitement du sujet, tel qu’il apparaît dans la presse (voir ci-dessous), s’inscrit dans une démarche associant documentation économique et ambition poétique, caractéristique de certaines productions, non fictionnelles de l’entre-deux-guerres.

Ces informations montrent la modernité de la démarche. Léon a tenté de capitaliser sur son succès cinématographique pour asseoir sa légitimité dans le milieu du cinéma, sa véritable passion.

Licencié, il perd son statut social. Le rapport de la Sûreté nationale consigne son basculement : il passe des cercles du cinéma et de la presse aux guichets du chômage de la mairie du 10e.

🧭 Une généalogie-Source

Cinémathèque – L’âge d’or

LA BELLE ÉQUIPE : Lucien Piniteau – Souvenirs d’un régisseur.  Part 4

Hervé Dumont – Sur son site – L’antiquité au cinéma. 

Le cinéma au service du patronat : Nord-Film, une maison de production française en 1930-1931– Paul Renard 1895, Revue d’histoire du cinéma – Année 1994

💡 Conseil généalogique 

Famille saloniquiste

La vie de Léon à Paris de 1912 à 1925

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Séfarades du levant – OFPRA

Ou l’intégration par le travail

🕎À Salonique

L’identité grecque ne fut pas reconnue aux juifs séfarades de Salonique. Comme le souligne, dans son essai Juifs de Grèce (XIXe-XXe siècle), Katherine E. Fleming, « la grécité moderne était, à cette date, exclusivement accordée à la seule religion chrétienne orthodoxe. »

Par conséquent, « les juifs séfarades, arrivés dans l’Empire ottoman après leur expulsion de la péninsule Ibérique, s’étaient installés surtout à Salonique. Ayant conservé leur espagnol – le judéo-espagnol ou ladino – comme langue parlée et écrite, ils avaient développé un sentiment d’identité lié à une culture sépharade spécifique et au caractère particulier de Salonique. » Voir Katherine E. Fleming

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L’arrivée des troupes grecques à Salonique –
26 octobre 1912

L’armée grecque entre à Salonique, comme plus tôt, dans d’autres endroits, en 1912. L’Europe reconnait Salonique appartenant à la Grèce en 1913 par le traité de Londres

Aux arrivées des troupes grecques à Salonique, Léon choisit l’immigration à Paris. Il arrive vers le 24 décembre 1911. Il a 28 ans. Avant, un article dans le Guide SAM le décrivait comme journaliste dans Le Journal de Salonique.

Célibataire, à son arrivée, il se dit alors commissaire en marchandises, principalement de luxe et de parfumerie, et vit avec sa future femme, qui a 23 ans.

L’incendie de la ville de Salonique en 1917 n’a fait qu’aggraver la situation de la communauté juive, car ils en seront les principales victimes.

Vers 1920, le gouvernement grec impose le repos dominical, une redistribution des droits fonciers, une conscription obligatoire et l’obligation de fréquenter, pour tous les enfants, l’école publique grecque. De plus, l’antisémitisme est croissant. Du petit paradis juif, Salonique devient une ville beaucoup moins fréquentable.

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En France

En 1914, en France, c’est le basculement ! Les Ottomans résidant en France passent du statut d’étrangers « exotiques » à celui de « ressortissants de puissances ennemies« , voir Michel Garin. Beaucoup seront emprisonnés. D’autres, comme Léon, devront, dès qu’ils souhaiteront quitter la capitale, demander un sauf-conduit.

Le fichier de 1917 (se rendre à Lyon, et Ambert et Clermont-Ferrand en raison d’activités commerciales) et celui de 1918 (assister à l’enterrement de son père à Salonique) prouvent que, même s’il doit demander une autorisation pour quitter Paris, Léon n’est pas suspecté. Et le refus notifié, pour Ambert et Clermont-Ferrand, semble plus être motivé par une systématisation plutôt qu’une suspicion.

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Néanmoins, ses activités ont été freinées par ces demandes incessantes. En négoce, de chaussettes et bas de luxe ou de parfum, ne pas pouvoir se rendre en province, comme Lyon et ses alentours, doit fortement handicaper son entreprise. Elle fut certainement une entreprise familiale qui permet à des membres de confiance d’assurer les différentes étapes du négoce

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Publicité dans le Guide SAM – 1926

Dans la même période, Léon s’engage auprès de la femme avec qui il vit déjà, à 35 ans. Son mariage est célébré le 3 octobre 1918 à la mairie du 10ᵉ. Il divorcera deux ans plus tard,  presque au jour près. Le tribunal signalela fin de la procédure en 1932 aux torts du mari. Des recherches sont en cours pour récupérer le dossier.

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🕍Les Séfarades à Paris

La communauté séfarade se regroupe à Paris, comme dans d’autres capitales européennes. Deux facteurs favorisent l’intégration de Léon en France:
– son intégration professionnelle avec son activité commerciale,
– son intégration sociale avec son mariage, avec une Belge, et sa langue française impeccable.
De plus, il rejoint la communauté des indépendants juifs grecs de Paris qui se sont installés majoritairement dans les arrondissements du 9ᵉ, 2e et du 10e.

Ainsi, il vit dès 1918 au 55 rue des Petites Écuries 10e, en plein cœur du quartier séfarade des juifs grecs.

✡️La communauté séfarade des commerçants

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Guide Sam – 1926

Sur la période 1920 à 1936, ils sont nombreux à commercialiser des tissus, de la bonneterie et de la confection. Plus de cent immatriculations durant cette période. Les commerçants en bonneterie et tissus sont implantés, nous rappelle Michel Garin, principalement dans un pôle centré dans le quartier Bonne Nouvelle. 

Le quartier Bonne Nouvelle est traditionnellement lié au commerce de gros et aux métiers du textile (le Sentier est juste à côté). Contrairement aux Juifs ashkénazes installés plus à l’est dans le Marais (le Pletzl), les Séfarades s’installent volontiers vers les Grands Boulevards. Ils parlent souvent le judéo-espagnol ou le français, ce qui facilite leur intégration commerciale. C’est tout à fait le cas de Léon.

C’est l‘âge d’or du prêt-à-porter naissant. On y vend des tissus, des dentelles et des accessoires de mode. La fabrication et la vente de bas, de chaussettes et de tricots sont en pleine explosion.

Rapidement, les jarretelles sont adoptées par les femmes et cousues aux corsets et autres guêpières pour supporter les bas de soie. Dans les années 1920, les bas féminins sont tissés en rayonne, qu’on appelle aussi viscose, une matière opaque et chaude qui est une copie grossière de la soie mais bien meilleur marché. Léon devait vendre des bas en soie.

Jusqu’aux années 1930, la fabrication d’une paire de bas est longue, les métiers à tisser « à plat », inventés par un Anglais, ne permettent que la fabrication d’un unique bas diminué et proportionné (technique dite Fully Fashioned en anglais), bas qui doit ensuite être cousu à la main. En France dans les années 1930, la production de bas de soie, qui est alors concentrée dans les Cévennes, s’équipe de métiers à tisser plus performants. La coûteuse soie naturelle servant à fabriquer les bas est peu à peu remplacée par la soie artificielle, la rayonne (à base de viscose), matière grossière, chaude, froissable, et opaque fabriquée à partir des fibres de cellulose des arbres. Wikipédia

Et, le quartier sert de plaque tournante pour distribuer des marchandises dans toute la France.

Vivre et travailler à Bonne-Nouvelle, à cette époque, c’est être au cœur de la modernité parisienne. Le Grand Rex ne sera construit qu’en 1932, mais les cinémas comme le Gaumont-Palace sont déjà là et les théâtres créent un flux constant de clients potentiels. Et, ils sont nombreux dans le quartier : Théâtre Antoine, Théâtre du Gymnase, Palais des Glaces, la Porte-Saint-Martin, etc.

Les commerçants se retrouvaient dans les cafés du quartier pour conclure des affaires en ladino (judéo-espagnol), la langue véhiculaire du textile dans ce secteur à l’époque. Léon fréquente sans doute les cafés de la porte Saint-Denis ou de la porte Saint-Martin pour conclure ses affaires de gré à gré, une pratique courante dans le milieu du textile.

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Synagogue Berith Chalom

Le centre spirituel pour cette communauté est souvent la synagogue de la rue Buffault (9ᵉ arrondissement), Berith Chalom, toute proche, qui est le haut lieu du rite séfarade à Paris. D’autres petits oratoires, fréquemment situés dans des appartements ou des arrière-boutiques, se trouvaient à proximité immédiate de ce quartier.

De 1920 à 1923, la France est en pleine reconstruction économique. La demande en vêtements neufs est conséquente après les privations de la guerre. À partir de 1924 jusqu’en 1926, la période économique est plutôt stable avant les crises monétaires du milieu de la décennie.

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Publicité pour des bas en 1920

Dans son dossier de 1917, Léon est noté comme gagnant 24 000 F, soit une somme conséquente.
Bien qu’au 55 rue des Petites Écuries, il y ait, au rez-de-chaussée, l’espace d’une ancienne boutique, dans aucun dossier, il n’est fait état qu’il possédait ce local commercial au 55.

Tous les rapports notent un appartement avec un loyer de 480 F rue de Turenne, (appartement petit dans un quartier populaire) en 1917 et un loyer de 1500 F au 55 rue des Petites Écuries (appartement avec 3 ou 4 pièces dans un quartier démontrant son aisance professionnelle). En 1935, son loyer est de 4 400 F. Augmentation justifiée par l’inflation ou surface plus conséquente, impossible de le justifier ! Cet appartement servait d’adresse commerciale comme le montre sa carte de visite professionnelle. Il est à noter que Léon a su, en peu de temps, faire fructifier son affaire.

En 1927, Léon achète une entreprise au 94 bd des Batignolles. Mais, il n’est pas encore temps d’en parler !

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Le Courrier : anciennement Guide du commerce – 22 mars 1927 –

🌐D’où lui viennent ces importations ?

En 1905, un article du journal de Salonique nous indique la profession du père de Léon : « négociant en manufacture ».

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Le Journal de Salonique est un journal bihebdomadaire publié de 1895 à 1911 à Salonique, en Grèce ottomane. Il s’agit du plus ancien journal français publié dans la ville. Wikipédia

Salonique était un port majeur de l’Empire ottoman, très cosmopolite, avec des communautés grecques, juives séfarades, turques, bulgares, etc. L’économie de la ville dépendait fortement du commerce international et du transit de marchandises entre l’Europe, l’Empire ottoman et les Balkans.

Être négociant en produits facturés signifie qu’il est au cœur d’un commerce de gros de produits fabriqués. On peut facilement imaginer qu’il s’agit certainement de vêtements, de tissus ou de parfums. Cette hypothèse peut expliquer pourquoi en arrivant à Paris, Léon se lance dans le négoce de tissus et de parfums. S’apercevant du potentiel de la vente des bas de soie, il se spécialise. Et, cela lui réussit !

🧭 En généalogie-Source

Archives Nationales de Pierrefitte

2. Les Arméniens, les Grecs et les Juifs originaires de Grèce et de Turquie, à Paris de 1920 à 1936 – Michel Garin ici

3. Katherine E. Fleming – Juifs de Grèce – 2011

4. Le Journal de SaloniqueWikipédia – Numéros archivés sur Gallica.fr

5. L’œil sur l’écran : la fille de l’eau

💡 Conseil généalogique :

Famille saloniquiste