La fin tragique de Léon

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L’arrestation et la déportation de Léon sont documentés dans les archives de la Shoah en France (Mémorial de la Shoah et dossiers des victimes des conflits contemporains). Son parcours illustre tragiquement comment le statut d’étranger, qui avait été sa force dans les années 30, est devenu un piège mortel sous l’Occupation.

📦 Son arrestation

Fin septembre 1942, Léon est arrêté lors de la rafle de la place Maubert (ou rafle du 5ᵉ arrondissement) à Paris. Contrairement à la rafle du Vél d’Hiv qui visait les familles, les rafles de l’été 1942 ciblaient aussi spécifiquement les hommes juifs étrangers ou « apatrides » aptes au travail.

Il est immédiatement transféré au camp de Drancy.

🔯Le Convoi n° 39

Léon fait partie du Convoi n° 39, l’un des plus importants de l’automne 1942. Il démarre de la gare du Bourget-Drany le 30 septembre 1942. Le convoi transportait 1 000 personnes (dont 794 hommes et 206 femmes).

Parmi eux se trouvaient de nombreux Juifs originaires de Grèce et de l’ancien Empire ottoman résidant à Paris.

⛓️Arrivée à Auschwitz

Le trajet dure environ trois jours dans les conditions que l’on connaît. Il arrive le 2 octobre 1942.

À l’ouverture des wagons à Auschwitz-Birkenau, la « sélection » a lieu sur la rampe. Sur les 1 000 déportés du convoi 39, seuls 211 hommes ont été sélectionnés pour entrer dans le camp de travail (ils ont reçu les matricules compris de 65 965 à 66 175).

Léon est âgé de 53 ans (un âge limite pour la « capacité de travail » selon les critères SS- la limite se situait généralement autour de 45-50 ans). La date officielle de son décès est fixée au 3 octobre 1942 à Auschwitz.

Pourquoi a-t-il été arrêté à ce moment-là ?

En 1942, les Juifs de nationalité turque ou grecque étaient particulièrement vulnérables. Les autorités allemandes pressaient les consulats de ces pays de rapatrier leurs ressortissants. Si le consulat ne répondait pas ou si la personne n’était pas protégée explicitement, elle était déportée.

Le fait que son statut de franc-maçon soit connu par la publication au Journal officiel par le gouvernement de Pétain le place d’emblée dans une situation d’incertitude critique.

Pourquoi n’est-il pas passé dans la clandestinité? Pourquoi n’avoir pas tenté de rejoindre l’Angleterre où la famille de son ex-femme et une de ses sœurs s’étaient réfugiés ? Il n’a pas cru au danger imminent. Il pensait que la France des Lumières et du pays des Droits de l’homme ne pouvait céder si facilement. De nombreux ressortissants y ont cru. Ils l’ont payé de leur vie.

La mention « Mort en déportation »

Elle a été attribuée par un arrêté du 10 décembre 1988 (publié au Journal Officiel le 18 avril 1988).

Cette mention est portée en marge de son acte de décès. Elle atteste officiellement du décès de Léon suite à sa déportation au camp d’extermination d’Auschwitz le 3 octobre 1942 (certaines sources indiquent le 5 octobre, mais l’arrêté fixe une date officielle pour l’état civil).

À partir de 1942, les appartements des Juifs déportés étaient systématiquement vidés par les services allemands. Après l’arrestation de Léon Salem en septembre 1942, les scellés ont été apposés sur la porte de son appartement. Quelques semaines plus tard, des camions de l’ERR (Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg) venaient vider l’appartement pour envoyer le mobilier en Allemagne.

À ce jour, il n’existe aucune trace de procédure de restitution ou d’indemnisation ouverte par des ayants droit auprès des instances officielles (comme la Commission pour indemniser les victimes de spoliation – CIVS) pour les biens de Léon Salem à sa dernière adresse : 23 rue Jansen dans le 19ᵉ.

👨‍👩‍👧‍👦Et sa famille ?

Ricoula Salem, sa sœur aînée, habitait au 6 rue de Rochechouart à Paris 9ᵉ. Elle est partie de Drancy à Auschwitz par le convoi n°44 le 9 novembre 1942.

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Le témoignage de son neveu, enfant caché en France ici https://ressources.memorialdelashoah.org/notice.php?q=id:768548

Il est le fils de Samuel Raphaël et de Gilberte née Nahmias. Le frère de Raphaël, Abraham, se mariera avec Ricoula. Samuel et Gilberte émigrent en 1916. Après une brève association avec son frère Abraham, il ouvre une boutique de bas de soie au 27 rue Bleue. Le couple se sépare. Ricoula élève l’enfant. La famille Raphaël sera raflée. Dans le convoi 44, ils sont 1160 Juifs originaires de Grèce. Dans ce témoignage, on apprend que toute la famille de Ricoula, donc celle de Léon, avait sept frères et sœurs, venus en France. La famille de Ricoula respectait beaucoup les rites juifs. Voilà qui ouvre des perspectives nouvelles. Un témoignage très important à reprendre dans d’autres chroniques.

Le frère aîné, Asher Yaakov Salem, est décédé à Manchester, Lancashire, en Angleterre, à l’âge de 74 ans, le 11 novembre 1947. Il avait émigré avec sa famille avant l’occupation.

Son autre frère, David Salem, celui que Léon avait dû visiter lors de son voyage en Palestine, est décédé le 2 novembre 1950 à Paris. Il habitait alors 6 rue Vaucanson. Il n’a pas dû rentrer durant l’occupation.

Deux autres sœurs, Fakima et Victoria, sont encore en cours de recherche. Et, peut-être, d’autres encore.

💡 Conseil généalogique :

🔎 Le titre de « Mort pour la France »

Généralement, pour les victimes de la Shoah déportées depuis la France, le titre de « Mort pour la France » n’est pas automatique. Il doit faire l’objet d’une demande auprès de l’Office National des Combattants et des Victimes de Guerre (ONACVG).

Léon figure sur le Mur des Noms au Mémorial de la Shoah (dalle 94, colonne 32, rangée 1), cela signifie que son statut de victime de la persécution antisémite est pleinement reconnu.

Le titre de « déporté politique » est souvent plus complexe à obtenir pour les étrangers, car il était initialement réservé aux actes de résistance ou de convictions politiques.

Pour les victimes de la Shoah, le statut juridique créé après-guerre est celui de « Déporté ou Interné Résistant » (DIR) ou « Déporté ou Interné de la Résistance« , ou, celui de « Déporté ou Interné Politique« .

🔎 Chercher l’existence d’un dossier au Service Historique de la Défense (SHD)

Demander le dossier individuel de déporté au SHD de Caen (Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains). Ces dossiers ont fréquemment été constitués après-guerre (entre 1945 et 1960) par des proches ou des ayants droit pour obtenir des pensions ou la régularisation de l’état civil.

🔎Consulter l’index du Service Historique de la Défense (SHD)

Le site Mémoire des Hommes répertorie les dossiers de déportés, sous le statut de « Déporté politique » (le terme administratif utilisé pour les victimes de la Shoah n’ayant pas fait acte de résistance armée).

🔎Formuler des demandes :

Service Historique de la Défense à Caen

Base de données de la FMD (Fondation pour la Mémoire de la Déportation),

Les associations des anciens déportés

Pillage culturel par l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg :

Base de données des objets d’art du Jeu de Paume

Archives Nationales (site de Pierrefitte-sur-Seine)

(Série AJ/38, dossiers du Commissariat général aux questions juives) ou dans la base de données du Mémorial de la Shoah, qui conserve de nombreux dossiers de spoliation.

🧭 Généalogie à suivre

Famille saloniquiste

La vie de Léon de 1933 à 1939

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Porte de Vanves -1933

Ou chronique ordinaire des années noires


🌳Évolution historique

En arrivant en France en 1911, Léon est considéré comme ottoman. Salonique était la seconde ville de Turquie. La France et l’Empire ottoman ont des relations centenaires. Léon, malgré son statut d’émigré est protégé par les réseaux de l’Alliance Israélite Universelle, qualifiée par la Sûreté nationale comme « œuvre de propagande de la France à l’étranger« . Il n’a pas besoin de visa complexe, mais il est un « Oriental » aux yeux de l’administration.

Alliance Israélite Universelle

Lorsque Salonique devient une ville grecque en 1912, Léon aurait pu prendre la nationalité hellénique. Le fait qu’en 1935, il soit encore considéré comme Ottoman prouve qu’il ne l’a pas fait. Pendant la Première Guerre mondiale, son statut devient précaire, d’où les dossiers de 1917 et de 1918, retrouvés aux Archives nationales montrant des sauf-conduits à demander pour chaque voyage et sortie du territoire. Car, la Turquie est ennemie de la France.

Avec la loi de 1927 qui facilite énormément la naturalisation en réduisant le délai de résidence à 3 ans (au lieu de 10), Léon pouvait demander une naturalisation. Mais, il ne le fait pas.

La crise de 29 finit par arrivée en France et en 1932, la loi dite Protection du travail national introduit des quotas d’étrangers dans les entreprises. De plus, la montée de la xénophobie et de l’antisémitisme dans les années 30 rend le statut social des Ottomans plus précaire, même s’ils possèdent des papiers en règle.

🗃️Le Fichier dit de Moscou

C’est grâce à la surveillance organisée par la Sûreté nationale selon les préconisations de la direction de la surveillance des étrangers que les éléments suivants nous sont connus. En effet, Léon a fait l’objet d’une surveillance de 1933 à 1939 comme l’attestent les enquêtes retrouvées aux Archives nationales de Pierrefitte contenues dans le dossier dit Fichier dit de Moscou.

Le sauf-conduit, malgré les contraintes, était idéal. Il lui permettait de garder son passeport d’origine (et donc ses droits en Orient) tout en ayant la garantie de la France qu’il pouvait revenir. C’est le statut typique de l’élite nomade de l’époque.

🌿Demande de Sauf-conduit

En 1935, Léon, identifié de nationalité ottomane, demande un titre d’identité et de voyage. Un article de L’Intransigeant du 11 janvier signale que Lionel Salem est pressenti pour jouer dans le film Jésus de Nazareth en deux versions (italienne et française). Le film qui n’a pas été réalisé.

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Il prouve qu’il n’est pas turc en produisant une lettre du consulat grec de Paris, déclarant qu’il est impossible aux autorités ottomanes de le reconnaître comme citoyen turc. Les différentes instances le lui accordent après enquête de moralité.

🖋️Précarité ?

Après la faillite de Tourisme et Industrie, Léon s’inscrit au chômage. En 1931, être au chômage permet surtout d’être reconnu officiellement comme sans emploi. Cela donne accès à des secours publics (aides municipales, parfois allocations modestes), à des travaux de secours organisés par la commune, et aux bureaux de placement pour retrouver un emploi.

Ce n’est pas une assurance chômage généralisée, mais un filet d’assistance limitée, souvent conditionnée et insuffisante face à la crise. Il en est radié le 27 décembre 1932, après la décision d’une commission paritaire locale, ayant été signalée touchant irrégulièrement ses allocations.

La crise économique aggrave la xénophobie : les étrangers sont accusés de prendre le travail des Français, et les Juifs sont particulièrement visés par des préjugés antisémites de plus en plus visibles. Même si Paris reste un lieu de relative liberté comparé à l’Europe centrale ou orientale, la vie est marquée par l’insécurité matérielle, la surveillance administrative et la crainte d’expulsion ou de marginalisation.

La faillite ne semble pas n’être qu’un revers commercial, mais une véritable mort professionnelle qui le pousse vers les aides publiques. L’inscription au chômage indique qu‘il n’avait pas de réserves financières suffisantes après l’achat de l’entreprise des Batignolles. Et même que cette entreprise n’existe plus.

La commission paritaire est une instance composée de représentants des employeurs et des salariés. Cette radiation suggère une enquête ou une dénonciation (d’où l’emploi du mot signaler). Cela le place dans une situation d’illégalité ou, au moins, de conflit avec l’État dès 1932. En tout cas, Léon devait travailler « au noir » comme commissionnaire ou d’intermédiaire non déclaré ou traducteur, comme il se qualifie peu après.

🖋️ Indésirable ?

Sa nouvelle carte d’identité n° 327563 est délivrée le 7 juillet 1930. Une demande de refoulement est déposée le 15 mars 1933. La démarche de la Ligue des droits de l’homme (LDH) auprès du ministère de l’Intérieur lui permet d’être autorisé à séjourner jusqu’au 31 mai 1933 par note du 30 mars.

En 1932, la loi protégeant la main-d’œuvre nationale est votée. On veut chasser les étrangers pour « libérer » des emplois. Mars 1933 marque aussi l’arrivée au pouvoir de Hitler. Ce climat antisémite et xénophobe commence à infuser les administrations préfectorales.

Que la LDH doive intervenir auprès du ministère de l’Intérieur montre que le cas est devenu « politique ». Obtenir un séjour jusqu’au 31 mai 1933 (seulement deux mois de répit) montre l’inflexibilité du ministère. Léon Salem vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Mais, il peut compter sur des appuis solides !

Seulement la note datant du 8 mai 1933, retrouvée dans le fichier « dit de Moscou », qui a déclenché la seconde enquête de la Sûreté nationale, ne vient pas répondre à cette mesure d’expulsion, mais à une demande particulière du ministère de l’Intérieur.

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Enquête pour obtenir les Palmes académiques

Les conclusions, bien que pointant l’honorabilité de Léon, ne lui permettront pas de les recevoir.

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L’enquête de 1935 apporte des précisions importantes. La mesure de refoulement avait été prise pour renouvellement tardif de la carte d’identité et non-paiement des indemnités qu’il avait encourues. La production d’un certificat de travail visé favorablement par le service de la main-d’œuvre étrangère lève le contentieux. Ce certificat devait affirmer que Léon était un traducteur.

📚Traducteur

Dans les années 30, avec l’arrivée du cinéma parlant, le besoin de traducteurs pour le doublage et les sous-titres était immense. C’est peut-être ainsi qu’il a maintenu un lien avec le milieu du cinéma tout en restant officiellement « traducteur » pour l’administration.

De plus, se déclarer traducteur (profession libérale/intellectuelle) était souvent une stratégie pour les étrangers en sursis afin de justifier de revenus sans avoir besoin d’une carte de commerçant ou d’un contrat de travail industriel, plus strictement contrôlés.

Seulement, là encore, l’enquête de la Sûreté en 1935 renseigne plus précisément sur ses activités de traducteur, puisqu’il travaille chez « M. Le Perrin », député de la Nièvre, pour un salaire de 1000 F.

Émile Périn (1892-1965) était un homme politique français, maire de Nevers de 1925 à 1935 et député de la Nièvre de 1932 à 1936 (puis réélu en 1936) sous l’étiquette d’Union de la gauche (groupe Unité ouvrière puis Parti d’unité prolétarienne au Parlement). Voir Wikipédia

Sur le plan parlementaire, il s’est fait connaître par :

  • son engagement social, en particulier la lutte contre le chômage et la défense des travailleurs. Assemblée nationale
  • des propositions législatives sur les caisses de chômage municipales, l’aide aux travailleurs saisonniers, l’amélioration de la sécurité routière, et l’éclairage des grandes routes. Assemblée nationale
  • son implication dans des questions variées, dont les transports et les communications. Assemblée nationale

Il a aussi participé à l’élan du Front populaire lors des élections de 1936 et a été actif sur les thèmes du mieux-être social et de l’entente européenne dans sa campagne. Assemblée nationale

À l’époque, il est rémunéré comme employé du député, une fonction probablement polyvalente (secrétariat, rédaction, documentation). Elle recouvre vraisemblablement aussi des tâches de traduction et de traitement de documentation politique étrangère. Le salaire correspond à une rémunération normale pour un travail modeste mais réel, compatible avec un emploi régulier à temps partiel ou quasi plein.

Et toujours acteur de second ordre

– 🎬Golgotha (1935) de Julien Duvivier

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Car, en 1935, Léon apparaît encore dans un film de Duvivier, « Golgotha ». C’est une fresque historique et religieuse monumentale qui retrace la Semaine sainte, de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem jusqu’à sa Crucifixion. Le film est resté célèbre pour son réalisme, sa mise en scène grandiose et son casting prestigieux (notamment Robert Le Vigan en Jésus et Jean Gabin en Ponce Pilate).

Dans cette production, Léon interprète le rôle de Simon de Cyrène. Il est l’homme réquisitionné par les soldats romains pour aider Jésus à porter sa croix sur le chemin du Calvaire.

– 🎬Thérèse Martin (1938) de Maurice de Canonge

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C’est un retour symbolique pour lui. Il avait déjà joué dans la version de 1929 réalisée par Duvivier (La Vie miraculeuse de Thérèse Martin), où il tenait le rôle important de Louis Martin (le père de la sainte). En 1938, il participe à cette nouvelle version parlante. Bien que son rôle y soit plus secondaire, sa présence souligne sa spécialisation dans les fresques religieuses ou historiques de l’époque.

– 🎬L’Enfer des anges (1939) de Christian-Jaque

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C’est sa dernière apparition à l’écran. Il y interprète un personnage nommé « Le Rouquin ». C’est un drame social très noir sur l’enfance maltraitée et les bas-fonds de Paris. Tourné en 1939, le film a été censuré et n’est sorti qu’en 1941.

Le projet de L’Enfer des anges est né de la stupéfaction qu’éprouva Christian-Jaque, réalisateur des Disparus de Saint-Agil et de nombreuses comédies, lors de sa découverte de la zone de Saint-Ouen. Une image l’avait alors particulièrement frappé : celle d’habitants miséreux lui refusant l’accès à leur quartier. La Cinémathèque

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Christian-Jaque

Tourné en 1939, le film, sélectionné pour le premier Festival de Cannes, est censuré par le gouvernement Daladier car soupçonné d’idéologie communiste. Il sort en 1941, récupéré par la politique vichyste qui y voit une illustration de la « France d’avant ». La Cinémathèque

Commissionnaire, traducteur et acteur, le trois en un !

Pendant presque dix ans, Léon, sous le pseudo de Lionel, passe de « vedette » à acteur de second rôle, mais ne quitte pas les studios. Il a toujours travaillé aussi parallèlement, prouvant ainsi qu’il n’a jamais été dupe. Il savait qu’à son âge, il ne pourrait pas prétendre à une carrière de premier ordre. Fréquenter le milieu cinématographique était une manière de vivre plus intensément sa passion pour le cinéma. Depuis ses articles dans le Journal de Salonique souligné par Jean-Charles Reynaud aux films de Duvivier, Léon prouve sa passion pour le cinéma et le réseau solide dont il fait partie, dans l’ombre, mais toujours soutenant.

⚖️⚠️ D’un cadre répressif et xénophobe à un antisémitisme légal, systématique et persécuteur

Gouvernement Daladier (1938-1940)
Avant Vichy, la IIIᵉ République adopte déjà des mesures discriminatoires contre les Juifs étrangers : décrets-lois de 1938 durcissant le droit d’asile, révision et retrait de naturalisations (1938-1939), puis à partir de septembre 1939 internement administratif des étrangers « indésirables » ou ressortissants de pays ennemis, parmi lesquels de nombreux Juifs, dans des camps comme Gurs. Il ne s’agit pas encore d’une politique raciale d’État, mais d’une exclusion administrative et sécuritaire.

⛓️Régime de Vichy (1940-1944)
Vichy instaure une politique antisémite d’État, autonome puis aggravée sous pression allemande. À la suite de l’ordonnance allemande du 3 octobre 1940, Léon se fait recenser comme « Juif » auprès de la préfecture. Il lui est interdit de travailler officiellement comme traducteur ou comme acteur. Aryanisation économique (spoliation des biens, 1941). Recensement, port de l’étoile (zone occupée, 1942)

Internement des Juifs étrangers (4 octobre 1940). C’est certainement à cette époque que Léon déménage. Il quitte le 55 rue des Petites Écuries, trop connu, trop exposé, pour occuper un appartement plus modeste au 23 rue Jansen dans le 19ᵉ. Il se dit traducteur.

Le régime de Vichy publie les noms de francs-maçons pour désigner des ennemis intérieurs, légitimer sa Révolution nationale et exclure durablement des individus de la vie publique. Le nom de Léon Salem (ou Lionel Salem) apparaît dans le Journal Officiel de l’État français du samedi 27 septembre 1941. Léon est membre de la Grande Loge de France (loge Thebah). Il est à noter qu’Ascher Salem (avocat à Issy-les-Moulineaux) était aussi Franc-maçon.

Asher Salem, peut-être le frère de Léon

👉 La publication des noms n’est pas un simple recensement : c’est un outil politique de persécution, destiné à désigner, exclure et discréditer un groupe identifié comme ennemi du nouvel ordre vichyste. Mais, attention, inscrit sur les listes publiées par le régime de Vichy atteste moins d’une activité maçonnique vérifiée que de son identification comme tel par l’appareil répressif.

En conclusion, Léon est ciblé par Vichy à la fois pour ses origines et pour son appartenance maçonnique, ce qui accélère les procédures de surveillance.

La Loge Thebah

Fondée en 1901, cette loge porte le titre distinctif de Thebah (« l’Arche » en hébreu).
Selon Jean-Pierre Lassalle, le recrutement de la Loge Thebah « était sélectif et l’on y trouvait nombre d’esprits originaux, à la fois tournés vers la tradition et ouverts aux novateurs » (Lassalle, 2000, 89).

L´un des fondateurs de la loge maçonnique Thébah de la Grande Loge de France fut Pierre Deullin, qui était par ailleurs un membre du Mouvement cosmique créé par Max Théon (1848-1927), courant ésotérique juif et plus précisément kabbalistique qui constituera en France une véritable tradition représentée également en Inde par la Mère de Pondichéry, Sri Aurobindo et Satprem.

Il faudrait encore plus de temps pour comprendre ce que Léon a trouvé dans cette loge, si particulière, qui attira, après la Seconde Guerre mondiale, nombre de surréalistes, comme le premier d’entre eux, André Breton.


🧭 En généalogie-Source

🔎 Le Fichier dit de Moscou : une mine généalogique

Le Fichier dit de Moscou (parfois appelé Archives de Moscou ou Fonds de Moscou) est un ensemble de documents d’une importance capitale pour la généalogie française.

📜 Qu’est-ce que c’est ?

C’est une collection d’archives françaises qui a été saisie par les troupes allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale et qui a fini par être transférée à Moscou, en Union soviétique (aujourd’hui Russie), après la défaite du Reich.

👨‍👩‍👧‍👦 Où les consulter ?

Grâce à des accords entre la France et la Russie, une grande partie du fonds a été microfilmée et est désormais consultable en France.

  • Le Service historique de la Défense (SHD) à Vincennes possède une copie importante de ces microfilms, notamment pour les archives nobles et familiales.
  • Les Archives nationales détiennent également une partie de la collection.

🧭 En généalogie-Source (suite)

Archives Nationales de Pierrefitte

Le fonds de Moscou – Revue française de généalogie

Émile Perin – Wikipédia

M. J. Lesage

💡 Conseils généalogiques :

Attente des réponses. 🧩

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La vie de Léon de 1927 à 1933

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En réalité, l’âge des désillusions

Léon abandonne son prénom pour le cinéma, au moment où il achète une entreprise. Même s’il tente de s’inventer en Lionel, il garde la tête sur les épaules.

Le cinéma est alors une mine d’or pour ceux qui croient dans ce nouveau mode artistique. Lucien Pinoteau, régisseur de Duvivier sur L’agonie de Jérusalem, raconte combien la préparation fut exigeante. La cellule qui figure dans le film se devait d’être le plus réaliste possible. Une réalité qu’il a fallu chercher.

L’Agonie de Jérusalem était le second film d’un « triptyque de la foi« , après « Credo ou La Tragédie de Lourdes«  (1924). Le troisième intitulé « Jésus l’humanitaire« , ne verra pas le jour sinon sous le nom de Golgotha (1935).

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Julien Duvivier

Élevé par les jésuites, Duvivier revisite son éducation à l’aide de ses premiers films. En tournant en Palestine, il découvre Jérusalem, Bethléem, Nazareth, Génézareth, Bethanie, Tibériade, Jéricho, vallée de Josaphat, mont Tabor, etc. Pourtant, ce fut, malgré l’interprétation de Léon, un « véritable bide », selon Hervé Dumont, critique cinématographique.

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Porte de Damas – Jérusalem- 1926

Imaginer ce que fut ce voyage pour Léon, n’est pas chose aisée. Son évolution montre que son engagement religieux devait être mesuré, sans qu’évidemment, aucun fait ne puisse l’attester.

Son frère, de six ans son aîné, David, commerçant, fait naître son premier enfant, Isodore, en 1916 à Beyrouth (décès à Paris 5e en 2002) et sa seconde, Juliette, à Jaffa en 1919, Esther, la suivante au Caire, etc. David meurt à Paris 4ᵉ en 1950, ce qui démontre certainement qu’il n’était pas en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, pour son voyage en Palestine, Léon en profite, probablement, pour rencontrer son frère.

Devenir véritable acteur à  part entière ?

Cette figure christique ne fait pas de Léon un acteur. Malgré son ambition et ses relations, sa carrière ne décolle pas du statut de figurant.

Duvivier évoque ses débuts dans l’industrie cinématographique. Alors qu’il percevait 50 F mensuellement au théâtre, il pouvait recevoir 15 F pour une matinée comme figurant et 10 F pour un après-midi en 1920. Ainsi, Léon se fait des petits cachets pour améliorer son ordinaire

📽️La vie miraculeuse de Thérèse Martin

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La vie miraculeuse de Thérèse Martin (1929) est réalisée par un collaborateur fidèle de Julien Duvivier. Il y tient le rôle de Louis Martin, le père de Sainte Thérèse. Ce film consolide son image d’homme sérieux, grave et « habité ».

📽️Chacun porte sa croix

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Dans Chacun porte sa croix (1929), Léon y incarne à nouveau la figure de Jésus. Pour le public, il est alors l’acteur « biblique » par excellence du cinéma français.

Parallèlement, le rapport de la Sûreté nationale témoigne que Léon reçoit un diplôme d’honneur pour service rendu par la Société Nationale d’encouragement à la mutualité, à la même période. Pour l’instant, je n’ai rien retrouvé concernant cette distinction.

La carrière de Léon stagne ! À part Jésus, que joue-t-il d’autre ? Rien ou si peu, et toujours dans des films qui parlent de bondieuserie ! Il est temps d’oser casser une image. Il a 47 ans lorsqu’il rencontre Buñuel.


🎬L’Âge d’or de Luis Buñuel (1930)

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Coécrit avec Salvador Dalí, L’Âge d’or est un des premiers films parlants en France. Il est conçu comme une succession de scènes oniriques et provocatrices, explorant les thèmes de l’amour fou et de la lutte contre les inhibitions sociales.

Le film commence par un documentaire sur les scorpions, passe par la fondation de la Rome impériale sur des squelettes d’évêques, et suit les tentatives désespérées d’un couple de s’unir malgré les obstacles de la religion et de la bourgeoisie.

Le film est entièrement financé par le vicomte Charles de Noailles et sa femme Marie-Laure, mécènes de l’avant-garde. L’Âge d’or est écrit à Hyères, dans la villa cubiste des Noailles qu’a construite Robert Mallet-Stevens, et tourné dans les studios de Billancourt. D’ailleurs, la première projection eut lieu dans leur hôtel particulier à Paris.

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Charles de Noailles et sa femme Marie-Laure

📜 Secrets de tournage

Bien que crédité au scénario, Dalí n’a travaillé que quelques jours sur le projet. Une dispute (notamment liée à la relation de Dalí avec Gala, que Buñuel n’appréciait pas) a mis fin à leur collaboration étroite commencée avec Un Chien andalou. Le film fait apparaître de grandes figures de l’art, particulièrement le peintre Max Ernst dans le rôle du chef des bandits.

Léon dit Lionel tient le rôle du duc de Blangis dans la séquence finale, une référence directe aux 120 Journées de Sodome du Marquis de Sade, où le personnage est grimé en figure christique.

L’accueil du film fut l‘un des plus violents de l’histoire du cinéma : décembre 1930, des militants d’extrême droite (Ligue des Patriotes et Ligue de l’Antisémitisme) saccagent la salle de cinéma, jettent de l’encre sur l’écran et détruisent des œuvres surréalistes exposées dans le hall. À la suite de ce tumulte, le préfet de police Jean Chiappe interdit le film. Cette interdiction a duré plus de 50 ans ; le film n’a été officiellement autorisé à nouveau qu’en 1981. Le scandale fut tel que le vicomte de Noailles fut menacé d’excommunication par le Vatican et exclu du Jockey Club.

Si Léon voulait casser son image de Jésus, en participant à ce film, il n’y réussit absolument pas !

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🪵Fin de sa carrière d’acteur ?

À 47 ans, Léon ne pouvait imaginer faire carrière au cinéma ! L’achat de l’entreprise des Batignolles le prouve. Il a surfé sur l’engouement pour le cinéma. Il a dû bien s’amuser, aussi. Mais, en aucune manière, il n’a pensé qu’il deviendrait le prochain Gabin, qui lui allait crever l’écran, quelque temps après. De plus, la photographie, façon Harcourt, devait être réservé pour quelques privilégiés. Sur aucune fiche technique des films auxquels il a participé ne figure son portrait. Il n’y a aucune photo pour rappeler son travail cinématographique !

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👵 L’année 1930, année du deuil

Le film sort le 28 novembre 1930. Mais, le scandale a dû être effacé par le décès de sa mère au 10 rue Saulnier à Paris 9ᵉ à l’âge de 84 ans.

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Au recensement de 1926, elle était déjà à Paris et résidait au même endroit avec une autre femme d’à peu près son âge et une jeune femme.


🌿Toujours au 55 rue Petites Écuries

Au recensement de 1931, Léon vit toujours à la même adresse. Il se fait appeler Lionel, artiste de cinéma. Erreur ou volonté de rajeunissement, sa date de naissance est fausse (1889). Il vit avec Schneider Sarah qui est identifiée comme parente. Pourtant, la même année, Sarah vit avec ses parents, Isaac et Dora, émigrés russes, son frère Benjamin (né en 1909 à Paris) et sa sœur Marion (née en 1913 à Paris) au 55 rue des Poissonniers à Paris 18ᵉ, quartier Clignancourt. Sarah, alors âgée de 21 ans, travaille comme dactylo, le nom de son employeur est illisible. Marion est employée à « Bourse publicité ». Leur vie commune devait être récente.

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🟢 Fin de l’âge d’or, en 1931

En novembre, la maison Tourisme et Industrie pour laquelle il était chef de publicité fait faillite (source Fichier de Mocou. Voir prochaine chronique). Elle est située au 6 boulevard d’Aurelle de Paladines à Neuilly-sur-Seine. Ce point vient ébranler la théorie que Léon attendait, à 48 ans, une hypothétique carrière d’acteur ! Au contraire, avec Jean-José Frappat, il investissait un domaine extrêmement novateur pour l’époque.

La maison Tourisme et Industrie est une société de production et promotion de films culturels, touristiques et industriels, dont la vocation est de mettre en valeur des régions (comme le Nord dans l’article notés ci-après) et des activités économiques comme le lin par la promotion à ambition poétique, documentaire ou symbolique. Elle a été active principalement de 1929 à 1931.

🎯 Jean-José Frappat, romancier, en sa qualité de directeur de Tourisme et Industrie, est le maître d’œuvre intellectuel, celui qui donne un sens narratif et culturel aux films. Son rôle est culturel, narratif et artistique, non technique.
✔ Léon assume les fonctions de chef de publicité. Sa connaissance du milieu cinématographique et ses qualités relationnelles sont parfaitement exploitées dans ce travail.

🎬Au côté de Tourisme et Industrie, l’entreprise Nord-Film est une société de production cinématographique active en 1930-1931 qui travaillait en partenariat. Elle est spécialisée dans des films industriels, documentaires ou sociaux.

Elle a été décrite notamment dans un articleLe cinéma au service du patronat : Nord-Film, une maison de production française en 1930-1931. Il souligne que certains films produits par Nord-Film étaient commandés ou réalisés dans un cadre très lié au patronat et à des thèmes industriels, reflétant explicitement des intérêts économiques plutôt que purement artistiques. Dirigée par Gaston Roudès, la société exploitait des studios à Neuilly-sur-Seine au 7, boulevard du Château.

Un projet attribué à la société est un film, La Chanson du Lin (1930), préparé à Lille, qui est consacré à la culture et à l’industrie du lin dans le Nord de la France. Le traitement du sujet, tel qu’il apparaît dans la presse (voir ci-dessous), s’inscrit dans une démarche associant documentation économique et ambition poétique, caractéristique de certaines productions, non fictionnelles de l’entre-deux-guerres.

Ces informations montrent la modernité de la démarche. Léon a tenté de capitaliser sur son succès cinématographique pour asseoir sa légitimité dans le milieu du cinéma, sa véritable passion.

Licencié, il perd son statut social. Le rapport de la Sûreté nationale consigne son basculement : il passe des cercles du cinéma et de la presse aux guichets du chômage de la mairie du 10e.

🧭 Une généalogie-Source

Cinémathèque – L’âge d’or

LA BELLE ÉQUIPE : Lucien Piniteau – Souvenirs d’un régisseur.  Part 4

Hervé Dumont – Sur son site – L’antiquité au cinéma. 

Le cinéma au service du patronat : Nord-Film, une maison de production française en 1930-1931– Paul Renard 1895, Revue d’histoire du cinéma – Année 1994

💡 Conseil généalogique 

Famille saloniquiste

La vie de Léon à Paris de 1912 à 1925

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Séfarades du levant – OFPRA

Ou l’intégration par le travail

🕎À Salonique

L’identité grecque ne fut pas reconnue aux juifs séfarades de Salonique. Comme le souligne, dans son essai Juifs de Grèce (XIXe-XXe siècle), Katherine E. Fleming, « la grécité moderne était, à cette date, exclusivement accordée à la seule religion chrétienne orthodoxe. »

Par conséquent, « les juifs séfarades, arrivés dans l’Empire ottoman après leur expulsion de la péninsule Ibérique, s’étaient installés surtout à Salonique. Ayant conservé leur espagnol – le judéo-espagnol ou ladino – comme langue parlée et écrite, ils avaient développé un sentiment d’identité lié à une culture sépharade spécifique et au caractère particulier de Salonique. » Voir Katherine E. Fleming

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L’arrivée des troupes grecques à Salonique –
26 octobre 1912

L’armée grecque entre à Salonique, comme plus tôt, dans d’autres endroits, en 1912. L’Europe reconnait Salonique appartenant à la Grèce en 1913 par le traité de Londres

Aux arrivées des troupes grecques à Salonique, Léon choisit l’immigration à Paris. Il arrive vers le 24 décembre 1911. Il a 28 ans. Avant, un article dans le Guide SAM le décrivait comme journaliste dans Le Journal de Salonique.

Célibataire, à son arrivée, il se dit alors commissaire en marchandises, principalement de luxe et de parfumerie, et vit avec sa future femme, qui a 23 ans.

L’incendie de la ville de Salonique en 1917 n’a fait qu’aggraver la situation de la communauté juive, car ils en seront les principales victimes.

Vers 1920, le gouvernement grec impose le repos dominical, une redistribution des droits fonciers, une conscription obligatoire et l’obligation de fréquenter, pour tous les enfants, l’école publique grecque. De plus, l’antisémitisme est croissant. Du petit paradis juif, Salonique devient une ville beaucoup moins fréquentable.

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En France

En 1914, en France, c’est le basculement ! Les Ottomans résidant en France passent du statut d’étrangers « exotiques » à celui de « ressortissants de puissances ennemies« , voir Michel Garin. Beaucoup seront emprisonnés. D’autres, comme Léon, devront, dès qu’ils souhaiteront quitter la capitale, demander un sauf-conduit.

Le fichier de 1917 (se rendre à Lyon, et Ambert et Clermont-Ferrand en raison d’activités commerciales) et celui de 1918 (assister à l’enterrement de son père à Salonique) prouvent que, même s’il doit demander une autorisation pour quitter Paris, Léon n’est pas suspecté. Et le refus notifié, pour Ambert et Clermont-Ferrand, semble plus être motivé par une systématisation plutôt qu’une suspicion.

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Néanmoins, ses activités ont été freinées par ces demandes incessantes. En négoce, de chaussettes et bas de luxe ou de parfum, ne pas pouvoir se rendre en province, comme Lyon et ses alentours, doit fortement handicaper son entreprise. Elle fut certainement une entreprise familiale qui permet à des membres de confiance d’assurer les différentes étapes du négoce

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Publicité dans le Guide SAM – 1926

Dans la même période, Léon s’engage auprès de la femme avec qui il vit déjà, à 35 ans. Son mariage est célébré le 3 octobre 1918 à la mairie du 10ᵉ. Il divorcera deux ans plus tard,  presque au jour près. Le tribunal signalela fin de la procédure en 1932 aux torts du mari. Des recherches sont en cours pour récupérer le dossier.

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🕍Les Séfarades à Paris

La communauté séfarade se regroupe à Paris, comme dans d’autres capitales européennes. Deux facteurs favorisent l’intégration de Léon en France:
– son intégration professionnelle avec son activité commerciale,
– son intégration sociale avec son mariage, avec une Belge, et sa langue française impeccable.
De plus, il rejoint la communauté des indépendants juifs grecs de Paris qui se sont installés majoritairement dans les arrondissements du 9ᵉ, 2e et du 10e.

Ainsi, il vit dès 1918 au 55 rue des Petites Écuries 10e, en plein cœur du quartier séfarade des juifs grecs.

✡️La communauté séfarade des commerçants

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Guide Sam – 1926

Sur la période 1920 à 1936, ils sont nombreux à commercialiser des tissus, de la bonneterie et de la confection. Plus de cent immatriculations durant cette période. Les commerçants en bonneterie et tissus sont implantés, nous rappelle Michel Garin, principalement dans un pôle centré dans le quartier Bonne Nouvelle. 

Le quartier Bonne Nouvelle est traditionnellement lié au commerce de gros et aux métiers du textile (le Sentier est juste à côté). Contrairement aux Juifs ashkénazes installés plus à l’est dans le Marais (le Pletzl), les Séfarades s’installent volontiers vers les Grands Boulevards. Ils parlent souvent le judéo-espagnol ou le français, ce qui facilite leur intégration commerciale. C’est tout à fait le cas de Léon.

C’est l‘âge d’or du prêt-à-porter naissant. On y vend des tissus, des dentelles et des accessoires de mode. La fabrication et la vente de bas, de chaussettes et de tricots sont en pleine explosion.

Rapidement, les jarretelles sont adoptées par les femmes et cousues aux corsets et autres guêpières pour supporter les bas de soie. Dans les années 1920, les bas féminins sont tissés en rayonne, qu’on appelle aussi viscose, une matière opaque et chaude qui est une copie grossière de la soie mais bien meilleur marché. Léon devait vendre des bas en soie.

Jusqu’aux années 1930, la fabrication d’une paire de bas est longue, les métiers à tisser « à plat », inventés par un Anglais, ne permettent que la fabrication d’un unique bas diminué et proportionné (technique dite Fully Fashioned en anglais), bas qui doit ensuite être cousu à la main. En France dans les années 1930, la production de bas de soie, qui est alors concentrée dans les Cévennes, s’équipe de métiers à tisser plus performants. La coûteuse soie naturelle servant à fabriquer les bas est peu à peu remplacée par la soie artificielle, la rayonne (à base de viscose), matière grossière, chaude, froissable, et opaque fabriquée à partir des fibres de cellulose des arbres. Wikipédia

Et, le quartier sert de plaque tournante pour distribuer des marchandises dans toute la France.

Vivre et travailler à Bonne-Nouvelle, à cette époque, c’est être au cœur de la modernité parisienne. Le Grand Rex ne sera construit qu’en 1932, mais les cinémas comme le Gaumont-Palace sont déjà là et les théâtres créent un flux constant de clients potentiels. Et, ils sont nombreux dans le quartier : Théâtre Antoine, Théâtre du Gymnase, Palais des Glaces, la Porte-Saint-Martin, etc.

Les commerçants se retrouvaient dans les cafés du quartier pour conclure des affaires en ladino (judéo-espagnol), la langue véhiculaire du textile dans ce secteur à l’époque. Léon fréquente sans doute les cafés de la porte Saint-Denis ou de la porte Saint-Martin pour conclure ses affaires de gré à gré, une pratique courante dans le milieu du textile.

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Synagogue Berith Chalom

Le centre spirituel pour cette communauté est souvent la synagogue de la rue Buffault (9ᵉ arrondissement), Berith Chalom, toute proche, qui est le haut lieu du rite séfarade à Paris. D’autres petits oratoires, fréquemment situés dans des appartements ou des arrière-boutiques, se trouvaient à proximité immédiate de ce quartier.

De 1920 à 1923, la France est en pleine reconstruction économique. La demande en vêtements neufs est conséquente après les privations de la guerre. À partir de 1924 jusqu’en 1926, la période économique est plutôt stable avant les crises monétaires du milieu de la décennie.

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Publicité pour des bas en 1920

Dans son dossier de 1917, Léon est noté comme gagnant 24 000 F, soit une somme conséquente.
Bien qu’au 55 rue des Petites Écuries, il y ait, au rez-de-chaussée, l’espace d’une ancienne boutique, dans aucun dossier, il n’est fait état qu’il possédait ce local commercial au 55.

Tous les rapports notent un appartement avec un loyer de 480 F rue de Turenne, (appartement petit dans un quartier populaire) en 1917 et un loyer de 1500 F au 55 rue des Petites Écuries (appartement avec 3 ou 4 pièces dans un quartier démontrant son aisance professionnelle). En 1935, son loyer est de 4 400 F. Augmentation justifiée par l’inflation ou surface plus conséquente, impossible de le justifier ! Cet appartement servait d’adresse commerciale comme le montre sa carte de visite professionnelle. Il est à noter que Léon a su, en peu de temps, faire fructifier son affaire.

En 1927, Léon achète une entreprise au 94 bd des Batignolles. Mais, il n’est pas encore temps d’en parler !

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Le Courrier : anciennement Guide du commerce – 22 mars 1927 –

🌐D’où lui viennent ces importations ?

En 1905, un article du journal de Salonique nous indique la profession du père de Léon : « négociant en manufacture ».

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Le Journal de Salonique est un journal bihebdomadaire publié de 1895 à 1911 à Salonique, en Grèce ottomane. Il s’agit du plus ancien journal français publié dans la ville. Wikipédia

Salonique était un port majeur de l’Empire ottoman, très cosmopolite, avec des communautés grecques, juives séfarades, turques, bulgares, etc. L’économie de la ville dépendait fortement du commerce international et du transit de marchandises entre l’Europe, l’Empire ottoman et les Balkans.

Être négociant en produits facturés signifie qu’il est au cœur d’un commerce de gros de produits fabriqués. On peut facilement imaginer qu’il s’agit certainement de vêtements, de tissus ou de parfums. Cette hypothèse peut expliquer pourquoi en arrivant à Paris, Léon se lance dans le négoce de tissus et de parfums. S’apercevant du potentiel de la vente des bas de soie, il se spécialise. Et, cela lui réussit !

🧭 En généalogie-Source

Archives Nationales de Pierrefitte

2. Les Arméniens, les Grecs et les Juifs originaires de Grèce et de Turquie, à Paris de 1920 à 1936 – Michel Garin ici

3. Katherine E. Fleming – Juifs de Grèce – 2011

4. Le Journal de SaloniqueWikipédia – Numéros archivés sur Gallica.fr

5. L’œil sur l’écran : la fille de l’eau

💡 Conseil généalogique :

Famille saloniquiste

Le Maguet Guillaume:

Ferme au Faoûet construite en 1815
Ferme au Faoûet construite en 1815

Un ancêtre commun avec mon cousin, notre arrière-arrière-grand-père, Le Maguet Guillaume (1815-1892).

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Acte de naissance

Guillaume est né le dimanche 8 mai 1815 à Pluméliau, canton de Pontivy. Son père, âgé de 27 ans, est cultivateur. Françoise Jegouzo, sa mère, est à peu près du même âge. Un des témoins est le père de Françoise.

Pluméliau est une ancienne commune du Morbihan. En 1806, il y a 3086 habitants. Le régime politique est la Restauration qui rassure les personnes appartenant à la Chouannerie. C’est donc une période calme lorsque Guillaume naît. Il sera l’aîné d’une fratrie de trois garçons.

À la chapelle de La Trinité, située à Bieuzy, fusionnée à Pluméliau depuis 2019, il y a une petite statue en bois (chêne ?) représentant saint Guillaume, datant de la première moitié du 17ᵉ siècle.

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Saint Guillaume à la chapelle de Bieuzy

À noter que ses parents, JP Le Maguet et Françoise Jégouzo, ont érigé une croix sur le chemin de Bodéhan en 1845, qui existe encore.

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Croix de chemin, près de Bodéhan (Pluméliau fusionnée en Pluméliau-Bieuzy en 2019)

🗂️ Frise historique — 1815 → 1892


📌 1815
Contexte : chute de Napoléon Iᵉʳ → début de la Restauration (Louis XVIII)


📌 1830 Révolution de Juillet
• Fin de la Restauration → début de la monarchie de Juillet (Louis-Philippe)


📌 1848 Révolution de février 1848
• Chute de Louis-Philippe
• Proclamation de la Deuxième République


📌 1852 Naissance du Second Empire
• Louis-Napoléon Bonaparte devient Napoléon III
• Retour à un régime très centralisé
• Les maires sont nommés, pas élus → rôle clé des préfets


📌 1859 — 1865Guillaume Le Maguet est maire de Pluméliau

. Nommé par le préfet du Morbihan
• Mandat dans un contexte d’ordre impérial et de contrôle préfectoral
• Pluméliau est alors un village rural important, avec une population très dispersée en hameaux
• Le maire est typiquement un notable local : cultivateur, propriétaire, homme de confiance du régime impérial


📌 1870 Chute du Second Empire → début de la Troisième République
• Guerre franco-prussienne
• Proclamation de la République le 4 septembre


📌 1871-1880 Démarrage de la Troisième République
• Lois républicaines, reprise progressive du pouvoir local par les élus
• Les maires sont enfin élus (loi municipale de 1882)


📌 1880–1890 Modernisation des communes
• École obligatoire (lois Ferry 1881-1882)
• Développement progressif des infrastructures rurales


🏘️Pluméliau

En 1840, les statistiques de Pluméliau font état de 2637 hectares de terres labourables, 325 hectares de bois, 13 de châtaigneraies, 124 de vergers et jardins, 9 hectares d’étangs et 5 de marais et 2867 de landes. Les chiffres évoluent au cours du temps vers davantage de terres cultivées et de pâtures, mais en 1963, il reste encore 1886 hectares de lande … La production est principalement céréalière : seigle, avoine et blé noir, ainsi que du chanvre, sans oublier une forte production cidricole, d’où le nombre de « granges », dénommées « caves », qui abritent le pressoir. Les prairies proches des rivières du Blavet et de l’Evel favorisent l’élevage des bovins dont le produit s’écoule dans les foires. Le cochon est plutôt réservé à l’usage domestique, jusqu’à ce qu’il devienne au 20ᵉ siècle la principale activité de Pluméliau. Le 18ᵉ siècle est représenté par 60 fermes ou maisons (12, 2 %). Site patrimoine.bzh
Il faudrait se déplacer aux archives départementales pour situer l’habitation de la famille.

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Plan cadastral 1829

🗂️Mariage

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À 21 ans, Guillaume se marie avec Perrine Guyot, fille de Cosme Guyot et Jeanne Le Maguet (?)

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1ère partie de l’acte de mariage

Deux laboureurs et un aubergiste sont enregistrés en qualité de témoins. Guillaume est laboureur et Perrine, cultivatrice. Ils habitent au bourg de Pluméliau, quartier ou autre, à Bojulant.

En 1835, le dictionnaire de l’Académie explique : le laboureur est « celui dont l’état est de labourer, de cultiver la terre », alors que le cultivateur « cultive la terre, ou… exploite une terre, un domaine ».

Le laboureur est le plus souvent un paysan qui possède sa parcelle et exploite plusieurs hectares. Il a un cheval ou des bœufs et une charrue qui lui permettent de retourner la terre et d’effectuer tous les travaux de labourage.

Le cultivateur désigne celui qui cultive la terre, d’ordinaire pour le compte d’un propriétaire.

Le terme apparaît dans les actes, vers le milieu du XVIIIᵉ siècle et petit à petit va supplanter celui de laboureur. Site Geneanet. Org

🗂️Enfants

Le 19 mars 1842, naît leur fils Jean-François. Les deux témoins sont laboureurs dont le premier est le père de Guillaume. Jean-François est le père d’Ulrich-André, le grand-père de mon cousin.

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Acte de naissance de Jean-François

À noter, l’élégance de la signature de Guillaume.


Marie-Louise Le Maguet, leur second enfant, naît le 18 mars 1844 à Pluméliau.

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Acte de naissance de Marie- Louise


Seulement cinq ans plus tard, Perrine, la femme de Guillaume, décède le 23 avril 1847 au bourg.

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Acte de décès de Perrine

Guillaume se remariera avec Mathurine Guillouzo le 5 février 1849 toujours à Pluméliau.

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2nd acte de mariage de Guillaume

À la fin de l’acte, les signatures :

De leur couple, naît deux enfants

– Marie-Julitte Le Maguet

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Acte de naissance de Marie-Louise

Elle naît le 20 août 18 toujours à Pluméliau.
– Yves Marie Le Maguet naît le 9 avril 1855, mon arrière-grand-père.

🏘️ Pluméliau en 1859 : comment devient-on maire ?

En 1859, Pluméliau est une commune rurale du Morbihan (environ 3 500 habitants à l’époque si on inclut les hameaux, mais administrativement elle est considérée comme commune rurale).

✔️ 1. Les habitants élisent le conseil municipal

  • Électeurs : seuls les hommes payant l’impôt.
  • Le vote est rare, surveillé, et très contrôlé par l’administration impériale.

✔️ 2. Le maire n’est pas élu

Dans une commune comme Pluméliau en 1859 :
👉 Le préfet du Morbihan choisit le maire parmi les conseillers municipaux.
👉 Le ministre de l’Intérieur valide cette nomination.

Le conseil municipal n’a pas son mot à dire dans l’élection du maire.

✔️ 3. Quel type de personne devient maire ?

Pour Pluméliau, comme dans la majorité des villages ruraux du Morbihan à cette époque, le maire est généralement :

  • un propriétaire foncier ou un agriculteur notable,
  • quelqu’un d’instruit (sait tenir les registres),
  • un homme politiquement modéré et loyal au régime impérial,
  • parfois un ancien militaire ou un notable local.

✔️ 4. Rôle très important du préfet

  • Il peut nommer, révoquer, remplacer un maire à tout moment.
  • Il surveille les délibérations du conseil, les budgets et les décisions.

Dans un département très pratiquant et conservateur comme le Morbihan, les préfets recherchent des maires « sûrs », proches de l’Église et de l’ordre impérial.


🗂️ Guillaume est Maire de Pluméliau de 1859 à 1865

✔️Guillaume Le Maguet a 44 ans lorsqu’il commence son mandat de maire.
✔️ Pour consulter les délibérations du conseil municipal pendant son mandat, se rendre en salle de lecture pour découvrir la cote des archives : 3 ES 173/2 – Registres municipaux de Pluméliau.
✔️ Voici un acte d’état civil signé de sa main :

En 1886, la famille habite toujours au Bojulant, un quartier de Pluméliau.

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Guillaume décède le 2 avril 1892, évidemment à Pluméliau.

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Acte de décès de Guillaume

Ce que nous apprend cet acte : les déclarants sont son fils, Jean-François et son gendre, Jean-Louis Le Strat.

🧭 En généalogie, source

Site patrimoine.bzh

Site Geneanet. Org

💡 Conseil généalogique : Si un des ancêtres a eu un mandat de maire, demander aux archives municipales ou départementales, à découvrir les registres de délibérations du conseil municipal.

Famille Le Maguet

FILIATION

Théodore Le Maguet:

Théodore Jean-Marie Le Maguet (dit Théo Le Maguet) fut un chanteur breton qui eut sa renommée à partir des années 50.

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Théo Le Maguet et ses chanteurs en 1973, lors de la kermesse de l’école ND du Sacré-Coeur – Photo JC Bellec.

Selon le blog AR VOUSTOER, Théo découvre dans le grenier familial un accordéon qui va déterminer toute sa carrière. Il reste cinq ans comme commis de ferme à partir de 13 ans. Paris l’accueille à dix-huit comme terrassier. En suivant des cours du soir, il devient secrétaire à la mairie de Levallois-Perret, puis rédacteur. Ses week-ends, il les passe à chanter dans les fêtes organisées par les bretons de Paris.

À quarante-neuf ans, il est repéré par la maison de disques Festival. Treize disques suivront.

Dans les années 60, Théo crée un bagad « Avel-A-Benn » en 1954 à Saint-Denis et il participe aussi au tournage de deux films, dans lesquels il a un petit rôle. Il est ordonné barde par les druides, dans la forêt de Paimpont. Il meurt à 79 ans et est enterré dans le cimetière de Moustoir-Remungol.

Recherche d’ancêtres communs

Mon cousin éloigné m’avait alertée en me signalant que nos familles devaient avoir un lien de parenté.

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À partir de la réception de son acte de naissance, j’ai pu remonter sa généalogie. Et je peux désormais affirmer qu’il n’y a pas de lien direct entre nos deux familles. Ainsi, son arrière-arrière-grand-père s’appelle bien Guillaume Le Maguet, né à Pluméliau, comme le mien. Néanmoins, les dates sont différentes. Son Guillaume Le Maguet est né le 22 janvier 1706. Le mien est né le 7 mai 1815. Un siècle d’écart.

Commune de Pluméliau au XVIIIè siècle

Le point commun reste la commune de Pluméliau dans le Morbihan. Après, son aïeul a installé sa famille à Naizin, à quelques vingt-cinq kilomètres à l’est.

genealogiefamille
D’azur à l’épée haute d’argent garnie d’or, accompagnée de sept roses d’or aboutées et ordonnées en cercle et brochant sur la lame.

Pluméliau, juste avant la Révolution, dispose d’une école privée qui reçoit une cinquantaine d’élèves avec deux maîtres. On n’y enseignait qu’à lire et à écrire. La Révolution a eu des difficultés à s’imposer avec une population et des prêtres réfractaires. Après la Révolution, le nombre d’habitants est sensiblement le même qu’aujourd’hui. En 2016, 3 624 étaient recensés.

Les deux familles ont dû se croiser et même certainement devenir cousines à la mode de Bretagne.

Sources

Blog AR VOUSTOER

🧭 En généalogie, chaque personne compte !

💡 Conseil généalogique : Prendre le temps de faire l’arbre généalogique des différents protagonistes.

Famille Le Maguet

FILIATION

Que représentait une dot de 1 800 francs en 1888 ?

Dans les archives familiales, certains détails révèlent bien plus qu’il n’y paraît. En 1888, une de mes ancêtres, vivant à Pontivy dans le Morbihan, apportait une dot de 1 800 francs lors de son mariage. Que signifiait cette somme à l’époque ? Était-ce beaucoup ? Suffisant ? Que permettait-elle réellement ?

Une dot modeste, mais solide pour une famille bretonne

À la fin du XIXe siècle, Pontivy était une ville administrative et commerciale entourée d’un monde profondément rural, fait de petites exploitations agricoles et d’artisanat local. Dans ce contexte, 1 800 francs représentaient une somme sérieuse mais modeste, probablement le fruit de plusieurs années d’économies.

C’était l’équivalent d’un an de salaire d’un ouvrier qualifié, ou plusieurs mois de revenu pour un petit artisan ou fonctionnaire. Ce n’était pas une grande fortune, mais ce n’était pas négligeable non plus.

Ce que cette somme permettait à Pontivy en 1888

Dans le Morbihan de l’époque, on pouvait acheter :

  • Plusieurs hectares de terre agricole (jusqu’à 5 selon la qualité du sol).
  • Une ou deux vaches laitières, essentielles dans une économie paysanne.
  • Le mobilier complet d’un foyer (lit, table, vaisselle, armoire).
  • Un trousseau de linge et vêtements pour la mariée.
  • Éventuellement, un petit fonds de commerce ou de matériel artisanal, si le couple exerçait un métier manuel.

À Pontivy, chef-lieu de sous-préfecture, cette dot aurait donc suffi à lancer modestement un couple dans la vie active — que ce soit en milieu rural ou dans un petit atelier ou commerce urbain.

Une dot à la mesure d’un foyer modeste

Une dot de cette taille indique que la famille n’était ni riche ni indigente : plutôt issue de la petite paysannerie, de l’artisanat ou du petit commerce local. Elle montre une volonté claire de donner à la mariée les moyens d’une installation stable, sans faste, mais avec une base solide.

C’est bien différent des dots bourgeoises (souvent de 10 000 francs et plus) qui servaient à asseoir un statut social. Ici, il s’agissait avant tout de pragmatisme : donner un coup de pouce au jeune ménage pour s’installer et vivre dignement.

Source

Le contrat de mariage entre Jean-François LE MAGUET et Marie-Hélène JOUAN est établi le 15
février 1888 devant notaire.

🧭 En généalogie, chaque dot raconte une stratégie familiale

Les mentions de dot dans les actes de mariage ou notariés sont bien plus que des chiffres : ce sont des reflets économiques et sociaux précieux. Dans un lieu comme Pontivy en 1888, cela permet de comprendre :

  • le niveau de vie de la famille,
  • leur réseau local (rural ou urbain),
  • et les ambitions ou prudences familiales vis-à-vis du mariage.

💡 Conseil généalogique : Si vous trouvez la trace d’une dot dans les registres, cherchez aussi les actes notariés ou inventaires après décès : ils éclairent les possessions réelles et les choix économiques de vos ancêtres.

Famille Le Maguet

FILIATION

Servon, petit village de la Manche

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Nous sommes passés dans le petit village de Servon dans la Manche en région Normandie un samedi pluvieux sur le chemin de retour vers notre domicile. Ses 263 habitants étaient calfeutrés chez eux. La Mairie était fermée, l’église aussi. Aucun commerce. L’école primaire a dû être transférée depuis longtemps dans le village voisin de Tanis. Donc, juste une exploration des quelques maisons entourant le centre du village.

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Pour rappel, Servon est le village natal d’Honoré Gauchet, mari de Frieda, l’endroit où il est né et d’où il est parti courir le monde son habit de militaire sur le dos.

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Église Saint-Martin

Au centre, domine l’église Saint-Martin, avec son clocher en dôme, construite entre les 14e et 18e siècle, classée au patrimoine historique religieux, avec son calvaire.

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Son chœur charpenté avec ses dix-huit personnages qui représentent la Jérusalem céleste.
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Un des six vitraux de Gabriel Loire, Maître-verrier
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Face à cette église toute simple mais particulièrement bien conservée, la foi d’Honoré semble compréhensible.

Le cimetière et son calvaire

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Inscrit aussi au patrimoine religieux, le calvaire invite le visiteur à découvrir le village.

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Impossible de se promener dans le cimetière, c’était fermé !

Seulement, sur le monument aux morts, deux noms attirent l’attention : Lesenechal et Guérendel. En effet, la mère d’Honoré était née Lesénéchal. Guérendel est le nom de l’arrière-grand-mère d’Honoré.

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Seconde guerre mondiale

« Tôt, dans la matinée du 1er août, le Major General Robert Grow, qui commande la 6th US Armored Division, reçoit la visite du General Patton ; ce dernier lui annonce : « prenez Brest… Pour samedi soir » ; près de trois cents kilomètres à parcourir en cinq jours !« 

Puis, quelques jours plus tard,

« Une centaine d’Allemands sont capturés. La Route Nationale 176 est encombrée d’épaves, pendant quelques jours les habitants de Servon et Tanis, goûtant à la liberté retrouvée, verront passer les blindés américains contournant l’obstacle. »

Sources : Breakout and Pursuit par Martin Blumenson, Combat History of The 6th Armored Division, Combat Command B 6th AD History

La Mairie

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La mairie n’est ouverte que deux matinées par semaine. Sur le côté se trouve l’entrée d’une bibliothèque municipale.

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Les manoirs de Servon

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Vue du cimetière

À côté de l’église se trouve le manoir dit grand manoir, qui comporte une vaste cour carrée encadrée de bâtiments sur trois côtés, un colombier et un puits dans la cour. Résidence du receveur des domaines, actuellement, c’est un gîte de groupe.

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Un autre endroit est labellisé Produits fermiers et accueil à la ferme, c’est l’endroit dit Petit manoir de Servon.

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Un peu plus

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Pour aller plus loin :

Honoré François Martin Gauchet

Carrière militaire d’Honoré

Famille d’Honoré Gauchet

Et encore :

Facebook de Servon

Gîte du Grand Manoir

Le petit Manoir

FAMILLE SUISSE

FILIATION

Mon grand-père, Élie Jean-Pierre

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Carte de combattant

Je n’ai pas connu cet homme que mon père ne portait pas trop dans son cœur, alors qu’il vouait un amour fort et respectueux à sa mère. J’ai toujours entendu parler de lui en mal. Réputé aimant la bouteille, il était aussi décrit comme ressentant la passion du jeu. Responsable de l’endettement de sa famille, il l’avait laissé dans une misère sombre. Qu’en disent les archives ?

La famille d’Élie Jean-Pierre

Élie Jean-Pierre est le fils de Jean-Pierre Agier âgé de 29 ans à sa naissance à Valence, ouvrier tonnelier habitant Maison Blache au 6 rue pétrolerie à Valence et de Marie Victorine Mourier âgée de 26 ans, ménagère.

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Petit, brun, il ne présente aucun signe distinctif, sauf sa petite moustache qu’il porte sur sa carte de combattant. Une dispense est accordée une fois pour charge de famille. Son niveau d’instruction est dit de 3, c’est-à-dire qu’il sait lire, écrire et compter. Pour la Première guerre mondiale, il n’est pas retenu, non plus, au titre que sa jambe gauche est plus courte que la droite ! Question d’âge aussi, il a quarante-quatre ans au début de 14 et est père de quatre enfants de combattant.

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La fratrie de Elie Jean-Pierre

Elie Jean-Pierre était lui-même l’aîné d’une fratrie de neuf enfants.

Jean Pierre-Samuel (1872-1894),

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Rachel-Victorine (1873- mariée à Eugène-Frédéric Courtial, charcutier à Lamastre),

Daniel-Pierre bébé rapidement décédé,

Marie-Victorine bébé décédé à 6 mois,

Daniel-Jean (1875 -) s’est marié à Séphora Blache, en 1910. Il était boulanger à Lamastre avec un niveau dit 3 d’instruction. Passé en conseil de révision, il est aussi dispensé.

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Ils ont eu trois enfants :

  • Une fille Marcelle-Séphora née à Levallois-Perret le 29/02/1912. Elle est décédée en 1991.
  • Une autre fille Léa
  • Un garçon, Jean.

En 1921, il vote à Levallois-Perret

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À son décès en 1948, il ne laisse aucun actif à sa famille.

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Abel-Jean-Jérémie (1878-1947) est devenu cultivateur toujours à Lamastre, marié à Nelie Dejour née et décédée à Lamastre.

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Ils ont eu treize enfants :

  • Jean Rémy né en 1909, était cantonnier à Lamastre. Il s’est marié avec une certaine Yvette et ils ont eu un fils, William.
  • Marie-Louise née en 1911, était bobineuse dévideuse, certainement comme mon père. Elle s’est mariée avec Charles Cros et ils ont eu un fils, Jean-Paul.
  • Martre Séraphie (1913-2005) s’est elle aussi mariée avec un Cros prénommé Paul-Elysée. Ils auront deux enfants dont André, directeur adjoint de poste, décédé en 2023.
  • 3 enfants morts en bas âge
  • Joël André (1919-1981) qui s’est marié à une institutrice, Eline Irma Combe, dont je recherche le dossier. Ils ont eu un fils et deux filles.
  • Fernand, marié sans enfant
  • Élie, marié, a eu 3 enfants
  • Henri marié a eu 7 enfants
  • Nelly Jeanne
  • Jémina mariée aussi

De nombreux cousins en perspective !

Au recensement de 1911, il est déclaré sabotier et habite Chemin de La Plaine à Lamastre à deux rues de mes grands-parents. D’ailleurs les enfants ont dû grandir ensemble. En 1921, il habite Blache d’Urbillac près de Lamastre avec sa famille, qui s’est largement agrandie.

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Filémon-Pierre, bébé décédé rapidement,

Judith-Marie (1880-1954) mariée à un Eugène-Henri Juston, cultivateur, frère d’Eulalie, ils ont eu 3enfants

Marie-Victoire (1882- )

Le mariage d’Elie Jean-Pierre

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Lors de son mariage, le 14 juillet 1901, Élie Jean-Pierre est déclaré marchand de vin. Probablement, qu’il a repris l’affaire de son père, en tant qu’aîné.

Seulement, dès 1905, ma grand-mère demande sa séparation de biens et la liquidation de ses reprises.

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Pourtant encore en 1911, ils habitent à Lamastre, quartier Chalumet.

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Le 18 juillet 1920, Elie Jean-Pierre décède, sans que ce soit sa femme qui fasse la déclaration.

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En 1921, Eulalie habite toujours à Lamastre avec ses sept enfants rue Olivier de Serres.

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Pour aller plus loin :

Élie Daniel, mon père

Un divorce dans les années 50 !

Grand-mère Eulalie Élisa

Famille ardéchoise

FILIATION

Les « secrets » de Frieda

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Nous étions venus voir Frieda dans son deux-pièces du 16ème arrondissement qui me rappelait étrangement l’appartement où nous avions vécu avec mes parents. Au moment de prendre le café, me semble-t-il, Frieda, que j’appelais comme tout le monde Grand-Mémère, me confia qu’elle avait eu un fils.

La fin de l’été s’annonçait à Herserange. Seulement, il faisait encore bien chaud, ce 5 septembre 1929. Fatiguée par les tétées de la nuit, Frieda avait préféré rester chez eux, au frais. Lui, Jacob, était parti avec André, son petit bout de deux ans. On venait de fêter son anniversaire. Ça devenait agréable maintenant qu’il parlait bien. Mieux que ses deux parents réunis, de ça, Jacob en était fier ! Curieux de tout, André en était même fatigant ! Il n’était plus tout seul depuis que sa petite sœur, Suzanne, les avait rejoints, il y a quatre mois. Elle, elle portait son nom. C’était une Klank ! Pour André, ça n’avait pas été possible, car il l’avait reconnu après Frieda. Difficile de s’y retrouver dans les méandres d’une administration qu’on ne connaît pas. Heureusement, il pouvait compter sur la communauté polonaise, nombreuse dans la région. En tout cas, père et fils profitaient de la douceur de cette fin d’après-midi.

Au milieu de leur promenade, ils se sont allongés et rapidement assoupis. André a-t-il échappé à la vigilance de son père ? Avait-il un sommeil trop profond, vu le vin du repas ou la fatigue des jours passés ? Impossible de savoir ! Seulement, la culpabilité des parents est palpable. Elle de lui avoir confié, malgré tout, l’enfant. Lui, d’être responsable de sa mort.

Toujours est-il que l’enfant descend le champ et s’approche des rails, en contrebas…

Le machiniste dira qu’il n’a pu l’éviter.

Plus de cinquante ans plus tard, dans cet appartement parisien, son premier petit-fils, allait du fauteuil à la cuisine. Je me rappelle l’avoir regardé, mon enfant, figée. J’étais tétanisée. Qu’ai-je pu dire à Frida ? Peut-être un  » comment avez-vous fait ». Aucune réponse n’était attendue et je n’ai plus osé lui en reparler.

Seulement, ce moment-là, je ne l’ai jamais oublié. Il m’obsède encore. Je songe souvent à Frieda, Grand Mémère pour les autres. Je souhaite qu’elle m’aide à donner vie à ses jeunes années...

Ce jeune couple a réussi à construire une famille loin de leurs propres attaches familiales.
Lui, Jacob, a tout quitté, il y a neuf ans, en 1920, peut-être un peu plus, pour se réinventer dans un pays qu’il ne connaissait pas. Était-ce le manque de travail, était-ce autre chose qu’il l’avait poussé à partir ? Qu’importe. Satisfait du chemin parcouru et des efforts fournis, il contemplait sa famille, heureux, le sentiment que le bonheur existait à cet instant précis. Pourquoi n’avoir pas envisagé le mariage ? Certes, ils étaient un couple installé, mais ça ne pouvait assurer l’avenir. Était-il déjà marié, pas divorcé ? Ou alors, s’agissait-il d’autres choses ! Une histoire de religion…

Elle, Frieda était partie peut-être avec lui de Suisse, ou avant de le connaître. En tout cas, sa tête était remplie de rêves et d’envies. Elle avait vingt et un an ! Il lui était permis de faire ce qu’elle voulait, enfin, loin des responsabilités. Elle avait envoyé promener sa sœur, ses frères et puis sa mère, aussi, jurant qu’elle ne reviendrait plus !

Par conséquent, au village, sa réputation avait été faite : une fille pas trop convenable ! La liberté des femmes était inacceptable ! Mais, aujourd’hui, elle était femme et deux enfants l’occupaient. Tellement heureuse ! Elle s’en fichait un peu de ne pas être mariée même si elle le lui demandait quelquefois. Alors, lui, il promettait !
Les promesses sont faites pour jamais n’être tenues !

Suzanne savait, au plus profond d’elle-même, ce qui s’était passé lorsqu’elle avait quatre mois. Elle avait vu son univers s’écrouler, sans explication. Comment expliquer à un bébé ce qui se passe ? Pourtant, si elle avait su, elle aurait pu, plus tard, essayer de comprendre. Car, Suzanne n’a plus senti la présence de son père, plus entendu sa voix, son accent particulier, ses mots étranges, murmurés à son oreille, l’odeur de son corps, mélange de fumée et de cambouis. Rien du jour au lendemain, ou si peu !
Les bras rassurants de sa mère sont aussi oubliés.

La froideur l’a envahi, d’un coup. Placée dans une pouponnière, Suzanne a dû vivre un moment de dépression. De plus, aucun homme n’est venu séparer ce lien tellement particulier qui unissait Suzanne à sa mère. Amour et haine mêlés, attraction, répulsion, ces deux femmes n’ont eu de cesse de se déchirer, ne pouvant plus se dire leur amour réciproque.

Ni le mari de sa mère ni son propre mari n’ont expliqué à Suzanne qu’elle n’était pas responsable et que la souffrance de sa mère avait créé le rejet. Aucun homme, ni même aucune femme, ne les a réunis pour expliquer à l’une ce que ressentait l’autre, et vice-versa.

Elles se sont murées dans leurs premiers ressentis, intransigeantes, blessantes mais continuellement en souffrance, toutes les deux.

Difficile pour Robert de parler des relations parentales ! Honoré a cru qu’en la considérant comme sa fille, son immense amour suffirait à combler la froideur de sa femme. Seulement, on ne remplace pas le manque sans un minimum de mots.

Ce rejet, Suzanne en souffrira toute sa vie, sans pouvoir le comprendre. Elle ne pouvait réentendre l’indicible phrase, inacceptable pour un enfant, qui n’a cessé de la faire souffrir « j’aurais préféré que ce soit toi qui meures plutôt qu’André ! »

Cette phrase exprimait le traumatisme vécu par une mère. Ses mots n’étaient pas à prendre aux pieds de la lettre. Seulement, comment faire lorsqu’aucun tiers ne vient dénouer les tensions. Alors, la souffrance se cristallise de part et d’autre, cadenassant à jamais leurs sentiments affectueux réciproques !

Est-ce que le chemin fut long de Longlaville à Paris ? Aucune idée ! En tout cas, elle débarque dans le quartier Bel-Air du 12ème arrondissement. Ketty, l’amie de son village suisse qu’elle a retrouvé par hasard à Paris, habitait-elle tout près ? Ce prénom, diminutif de Catherine, vient du grec et signifie « pur ».

En tout cas, Frieda devient domestique et commence à découvrir l’univers Parisien, ses immeubles haussmanniens et le chic des appartements cossus. Elle travaille son accent et apprend les bonnes manières. De fille de ferme à serveuse, elle sait qu’elle peut apprendre rapidement. Alors, pas de souci, elle devrait s’en sortir chez les bourgeois. Et, l’avenir prouvera combien elle avait raison !

Frieda n’a probablement pas trouvé cette nouvelle très agréable, quatre mois après la mort de son aîné. Seulement, difficile d’imaginer cette jeune femme occupée à trouver stabilité, être capable de courir les bals du samedi soirs, d’avoir une aventure d’un soir et, surtout, de garder l’enfant ! Car, les faiseuses d’ange étaient connues dans son milieu, même pour une nouvelle parisienne. Et, Honoré Gauchet, vu sa droiture, n’aurait pas mis un mois à reconnaître l’enfant s’il avait été le père !

Il est plus probable que Frieda est retrouvée Jacob, certainement peu de temps après leur séparation.

Mais, une nouvelle grossesse lui donnait la possibilité d’effacer la terreur des mois précédents. Faire comme si, cela n’avait jamais existé.

Frieda prend les choses en mains. Il lui faut un mari, un vrai, respectable, responsable, et surtout fiable financièrement. Finies les angoisses des journées sans travail, les fins de mois sans argent. Il lui faut un rentier qui ne soit pas trop dans ses pattes, tant pis s’il ne lui plaît pas autant que Jacob.

Suffit les bêtises !

Alors, peut-être avec Ketty, elle élabore un stratagème à suivre à la lettre. Avant que son ventre ne la trahisse, il faut qu’elle embobine un homme qui coche toutes ses attentes. Elle a vingt-cinq ans, sa jeunesse est son atout et elle sait parler aux hommes ! Trois ans de vie amoureuse lui ont appris bien des choses pour satisfaire un homme !

Aidée certainement par Ketty, la »pur », Frieda devient assidue à l’église. Chaque dimanche, elle se fait remarquer par son assiduité mais aussi sa foi aussi intense que démonstrative. Est-ce l’église de Notre-Dame de Saint-Mandé où elle va ? Qu’importe. C’est une course contre la montre pour trouver un mari pour elle et un père pour son enfant !

Honoré Gauchet est l’heureux élu ! Il approche de la quarantaine, un peu petit, trop trapu, déjà ventru. Lui, ce n’est pas le prince charmant !

Est-ce que Suzanne s’est rendu compte des efforts qu’avait consentis sa mère, en tant que femme, pour passer de Jacob à Honoré ? Non, car on imagine mal ses parents amants !

Seulement, Honoré était droit, respectueux, attentif et surtout sa rente de l’armée lui assurait une assise confortable qu’il voulait bien partager avec femme et enfant puisque depuis deux ans, il était démobilisé. Pour Frieda, ce fut, certainement, plus le père qu’elle n’avait jamais eu qu’un amant. D’ailleurs, après celui-ci, elle n’aura pas d’autres enfants !

Lorsqu’Honoré André naît le 16 octobre 1930 à vingt et une heures à l’hôpital Trousseau, Frieda n’a plus qu’à convaincre Honoré de le reconnaître. Il le fera un mois plus tard.

Il y a un an et un mois, la disparition d’André a provoqué un bouleversement dans sa vie. Frieda a su rebondir. Elle reprend sa fille, encouragée par Honoré.

Ce nouvel enfant porte en second prénom celui de l’enfant mort. La seule photo qu’on ait de lui le présente chétif avec ses oreilles décollées, sa frimousse triste. Le poids de l’enfant mort semble lourd à porter. D’ailleurs, il décédera avant sa seconde année !

Quand est-ce que Frieda a réalisé qu’Honoré André ne remplacerait pas André, que ses efforts étaient vains ? On dit qu’il faut lâcher la main des mourants pour qu’il trouve la paix. À quel moment, Frieda a lâché la main d’Honoré André ?

Il est aisé de comprendre l’état psychique de Frieda après ce nouveau décès. Le rayonnement de Suzanne papillonnant du haut de ses trois ans, devait lui être insupportable ! Et, pourtant, Frieda a élevé Suzanne avec suffisamment d’amour pour qu’elle puisse à son tour être mère, plusieurs fois !

Frieda a certainement perdu beaucoup de sa légèreté, de sa joie de vivre, apprenant à cacher sa fragilité derrière son ton bravache, affirmant, trop fort, trop haut, qu »après moi les mouches« , cachant son amour derrière son argent, incapable de laisser parler son cœur sans craindre qu’il ne se fende !

Elle a emporté avec elle, dans la tombe, le ressentiment de n’avoir jamais reçu la reconnaissance des sacrifices qu’elle avait consentis.

Sa fille ne lui a jamais offert, ce qu’elle attendait depuis si longtemps, une conversation de femme à femme. Que celle qui avait eu cinq garçons lui dise combien cela avait dû être dur de ne pas en voir grandir ! Qu’elle la remerciait de lui avoir apporté la sécurité en oubliant sa vie de femme ! Qu’elle lui parle de l’homme qu’elle avait à la fois tant aimé et tant haï ! Qu’elle comprenait et lui pardonnait de n’avoir pas su l’aimer, elle, comme elle le souhaitait !

La vie n’est pas une fiction. Mais, ici, c’est possible !

Frieda aurait pu enfin, dans les bras de sa fille, pleurer les deux garçons qu’elle avait perdus. Elle lui aurait dit que lorsqu’elle regardait son visage, elle reconnaissait des expressions de Jacob, ce qui lui suscitait des sentiments d’amour et de haine mêlés, qu’elle ne pouvait contenir ! Elle se serait excusée de l’avoir si mal aimée. Elle lui aurait aussi raconté son village en Suisse. Elle lui aurait dit que son deuxième petit-fils ressemblait à Honoré André. Sa fille lui aurait alors dit qu’elle avait compris pourquoi elle avait voulu élever un de ses enfants.

Tant d’autres choses, encore !

Peut-être alors sa sœur, Marthe, serait venue à son enterrement, permettant aux familles, enfin, de se retrouver !

Le secret de Frieda est de l’indicible : la honte de n’avoir su protéger son enfant. Et, à la jeune mère que j’étais, devant cet arrière-petit-fils, elle me mettait en garde : Faites attention, ma petite fille, à votre premier fils !

Sur la tête de mon enfant venait percuter l’histoire dramatique d’André. Évidemment, je n’ai eu de cesse de faire attention à cette filiation dramatique pour qu’elle ne se reproduise pas.

Mais, le secret de Frieda fut encore entretenu par son mari. Honoré n’a pas levé la honte de sa femme. Il n’a pas révélé le secret à Suzanne.

Il aurait pût dire à Suzanne : ta mère a vécu quelque chose de très dramatique qui entraîne tout son ressenti envers toi. Ne t’inquiète pas je suis là, je vais tout faire pour vous réconcilier ». Pour Suzanne, deuxième génération, le secret était innommable.

Seulement la répétition avec Honoré André a renforcé la honte de Frieda à être incapable d’élever un garçon au-delà de ses deux ans. Et, elle a obligé davantage à faire silence autour de cette deuxième mort dramatique, car la culpabilité était certainement trop importante de n’avoir pas su protéger aussi son deuxième fils.

Lorsque mon second fils est né, la mère que j’étais a pris de l’assurance et a certainement été moins touchée par le secret de filiation. En tout cas, pas de la même manière !

Néanmoins, j’ai attendu que mes enfants aient dépassé tous les deux, les deux ans, fatidiques, en 1996, pour faire une première salve de recherche généalogique sur cette branche.

Mais, cette histoire de famille révèle un autre secret que deux adultes ont ensemble mis en œuvre. Celui de ne pas révéler à Suzanne qu’Honoré n’était pas son père. De quelle honte, ont-ils voulu se cacher et la protéger ?

Je n’ai pas encore confirmation de ce que Frieda disait à propos de cet homme. Sauf que mon conjoint lui rappelait fortement cet homme. Elle disait que « C’était un chenapan, comme le père de mes garçons ».

Pour la troisième génération, celle des enfants de Suzanne, le secret était devenu impensable. Mais, il se révèle, disent les psychogénéalogistes, dans le corps physique ou psychique d’un membre de cette génération. Les non-dits cachés sont ressortis par des symptômes soit physiques ou psychiques. Ils forment ainsi des images fantasmagoriques, toujours selon les spécialistes.

Trois fantômes rôdaient autour de Suzanne, ceux de ses deux frères mais aussi celui de son père géniteur. Mais, la confirmation des secrets de famille peut libérer les chaînes qui entravent.

Peut-être…

Légende

*Actes d’état civil archivés.

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