Un divorce dans les années 50 !

genealogiefamille.com - Famille Agier
Mon père et Odette

L’histoire familiale avait gardé du couple que former mon père, Elie avec Odette Maréchal, ce qu’évidemment, il en avait rapporté. « Sa femme était incapable de s’occuper de son enfant. Aussi, elle ne devait pas en avoir la garde ! »

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En date du 18 septembre 1935

Seulement, l’image d’un père, trop auréolée d’une mort précoce, est endommagée par la lecture des papiers de son divorce. C’est peut-être, en plus du temps, une des raisons pour trouver beaucoup de personnes retraitées en généalogie amateur. Car, accepter de remettre en question les certitudes, héritées des discours de nos parents, plus ou moins éloignés, est une des règles à suivre en généalogie. Il n’y a que l’épreuve des faits rapportés par les archives qui attestent l’histoire. Les souvenirs familiaux permettent de jeter les bases de l’exploration que les archives vont confirmer, infirmer ou juste légèrement décaler.

Le mariage

Né le 13 septembre 1907* à Lamastre, Elie Daniel se marie avec Odette Maréchal le 9 juin 1934 à Annemasse dans le département de Haute-Savoie. Il est domicilié route de Bonneville et se déclare bonnetier. Ni le recensement de 1931 et celui de 1936 ne les trouvent à cette adresse.

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Grenoble 21 juin 1936

La fiche d’électeur de mon père note son domicile, pour les élections de 1938, au 181 rue du Général Galliéni à Boulogne-Billancourt. Ni au recensement de 1936 et celui de 1946 ne les identifie à cette adresse. Par contre, mon père est toujours bonnetier !

Odette Yvonne est née le 27 février 1915 à Nangy, au sud-est d’Annemasse. Son père et sa mère travaillent dans la ferme familiale tenue par son grand-père.

Bernard nait le 15 février 1947 à Paris 15ème. La réception prochaine de son acte de naissance devrait préciser l’adresse des parents.

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Bernard

Le divorce

La conciliation en date du 7 septembre 1951 détermine qu’à la demande d’Elie, Odette est obligée de quitter le domicile « pour faire cesser le trouble » et que la garde est confiée à mon père.

Mon père demande le divorce le 26 septembre 1951. Bernard a 4 ans.

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Bernard – 1er mai 1952

Lors du jugement, il habite déjà au 92 route de Reine à Boulogne Billancourt dans les Hauts-de-Seine. Odette réside à l’hôtel Lutétia, 177rue de Silly, elle aussi, à Boulogne Billancourt.

Puisqu’il demandait le divorce, mon père devait par deux témoins attester ses dires. Charge à Odette de les affaiblir ou de prouver le (les) mensonge (s) pour défendre son point de vue. Élie Daniel reprochait à sa femme de ne pas aimer son enfant et ne pas s’en occuper.

Un premier témoin a déclaré qu’ »Odette embrassait très rarement son enfant et qu’elle ne l’a pas fait lorsque son mari a emmené l’enfant dans l’Ardèche ». Le premier argument a fait souffrir Bernard. Il n’a cessé d’essayer d’inverser l’avis de son père, mais, en vain. Car, à chaque fois, il découvrait que celui qui l’avait privé de la présence de sa mère, avait raison !

Un autre témoin a témoigné avoir observé « Madame Agier en train d’embrasser un certain Jean et de lui faire une scène lorsque celui-ci (le témoin) lui a reproché son comportement ». Alors, là, on tombe dans le sordide ! Franchement, si ce point est un mensonge, on comprend la colère de la dame ! Mais, c’est vrai qu’en 1951, l’adultère était une justification extrêmement valable pour séparer un enfant de sa mère !

L’attitude d’Odette est difficilement compréhensible. Non seulement, elle ne dément pas mais n’apporte aucune justification qui pourrait prouver que mon père exagère, ment, etc… Dans le dossier du divorce, elle est muette et ne s’est même pas présentée au jugement. La honte ? La certitude de ne pouvoir rien en dire ? L’emprise que pouvait exercer son mari sur elle en l’empêchant de s’exprimer ? Que des suppositions !

Un juge avait été nommé. Mais il ne s’engage pas de manière claire et laisse au tribunal le soin de trouver une solution convenable. Il semble qu’à plusieurs reprises, le contact fut établi avec Odette, sauf qu’elle ne s’est pas fait assister. Alors, devant son absence ou son manque de représentation, le tribunal ne peut que juger en faveur de Monsieur Agier dont on souligne que les faits sont comme « une attitude injurieuse pour lui  » !

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Noël 1950

Le grain de sable…

Seulement dans le jugement du 23 février 1953*rendu par défaut, j’apprends l’identité du second témoin. Et, là, celui-ci est certes le « beau-frère » de mon père, habitant dans le même immeuble, mais c’est surtout un marlou, une personne dont ma mère m’a toujours mise en garde. De plus, bien plus tard, et des années après, j’apprendrais que mon père s’était battu avec lui, lui donnant ainsi une « bonne correction ». Du moins, peut-être l’envie de ne plus recommencer. Mais, de quoi ?

Évidemment, ce témoignage n’est absolument par recevable. Le fameux témoin n’est pas garant d’une certaine moralité et, contre de l’argent, a pu complètement l’inventer. Car les mots « fut tellement choqué de l’attitude de cette dernière et lui en fit le reproche » ne correspondent pas du tout à l’attitude générale de la personne.

De plus, et souligné par mon père, il n’y aura pas d’appel possible !

En conclusion

Il aurait été facile à Odette de prouver le faux témoignage. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ? Qu’a-t-elle raconté à Bernard, lorsqu’il fut en âge de choisir d’aller la voir quand il voulait ?

Odette ne s’est jamais remariée. Peut-être a-t-elle versé globalement une pension alimentaire à mon père. En tout cas, un autre papier atteste d’une somme d ‘argent. Elle n’a pas eu d’autres enfants. Elle s’est consacrée à sa carrière et devint une collaboratrice appréciée. Et, Bernard s’est toujours senti orphelin de cet amour, malgré toute l’attention de ma mère !

Évidemment, la stature du père est écornée. Seulement, arrivée à mon âge, on a appris depuis longtemps que les faits ne sont ni noirs ni blancs et que chacun a sa part de lumière et d’ombre. Mon père ne faisait pas exception…

Mon père et Bernard

Légende

*signifie que les actes d’état civil sont disponibles

Famille ardéchoise

FILIATION

Daniel Elysée J, cheminot

Daniel Elysée naît le 16 janvier 1884*, au même endroit que ses autres sœurs, c’est-à-dire à Désaignes. Il est le 3ème de la famille formée par Frédérick Juston, âgé de 26 ans, cultivateur, aux Guyons dans la commune de Désaignes et de Mariette Eulalie dite aussi Lalie Desjammes, âgée de 23 ans, ménagère. Il y aura 6 enfants dans la famille dont ma grand-mère, Eulalie Elisa.

Daniel Elysée

Son second prénom est Élisée qui lui vient de son oncle, employé de banque, qui sera témoin à son mariage. Et, il donnera son prénom à mon père. Ainsi va la filiation chez les J !

Le régiment Royal devient le 23e régiment d’infanterie de ligne ci-devant Royal.

Son service militaire se déroule en seconde classe du 14 novembre 1895 au 17 septembre 1898 au 23ème régiment d’Infanterie basé à Privas. Par contre, pendant la première guerre mondiale, il est considéré « comme appelé sous les drapeaux mais maintenu dans son emploi du temps de paix au titre des sections de chemin de fer de campagne du 2 août 1914 au 5 février 1919 ».

Il se mariera avec Clémentine Pons à Lamastre le 9 mars 1900* au Fiol. Une petite fille naîtra un an plus tard : Magdeleine Adilie le 12 novembre1901 à Valence.

Car, Daniel Elysée est employé de La Compagnie des chemins de fer Paris Lyon Méditerranée-PLM. Sa fiche aux Archives nationales du Monde du Travail (ANMT) renseigne sur ses différentes affectations.

Sa carrière de cheminot

Au départ, Daniel Elysée est connu comme cultivateur chez ses parents à Lamastre. Le développement industriel transforme les emplois. Il rentre dans l’entreprise des Chemins de fer le 1er avril 1901 comme journalier à 3,30 par jour. Au 1er juin 1903, il devient Poseur à 90 francs par mois. Son salaire, dont on suit la progression, augmente jusqu’au 1er janvier 1928 et atteint 475 F. /Mois augmenté d’un complément pour pose qui atteint 427, 50. Car, depuis 1919, Daniel Elysée est chef cantonnier.

Au 1er février 1929, il est mis à sa retraite à sa demande. Sa pension est de 5617 F. Qui se décomposent ainsi :

Pension 4680 F.

Bonification de 937 F.

Une feuille latérale détaille les punitions et gratifications attribuées au cours de sa carrière.

Cet homme était consciencieux et impliqué dans son travail. Ses états de service démontrent qu’il était un professionnel responsable !

Clémentine est garde-barrière

Garde-barrière est devenu une profession à part entière après la loi du 15 juillet 1845 instituant la nécessité de sécurité au croisement du rail et des routes. Mais l’amplitude horaire du travail, les conditions d’habitat plus que précaires, aucune vacance, en faisaient un emploi réservé aux femmes lorsqu’il était rémunéré ! En 1996, la loi imposera un personnel permanent dans une baraque attenante pour l’entretien aussi.

« A partir de 1910, et après un mouvement de grève conséquent, les gardes-barrières sont gratifiées d’une indemnité mensuelle de 10 à 75 francs, selon leur classe, selon si elles sont mariées, veuves, divorcées ou célibataires avec ou non des enfants à charge. » Le travail des femmes autrefois Roger Colombier

Clémentine est entrée au 1er janvier 1905 dans l’entreprise. Sa fiche de travail témoigne de son parcours sur la ligne Paris -Antibes. En 1925, elle est mise en disponibilité en raison de la mutation de son mari. Sa mise à la retraite est effective en 1929.

Ses domiciles

En 1902*, au moment de la naissance de leur fille Magdeleine Adilie, ils habitent à Valence, précisément à la Maison Roux, 67 rue de l’Ecole normale.

En 1911*, on retrouve le couple et leur fille à Saint-Rambert-d’Albon dans la Drome.

A la retraite, en 1936*, ils sont avenue de la République à Granges-les-Valence au numéro 44 sur la rive droite de Valence.

Vers 1953, Daniel décède à Guilherand-Granges en Ardèche.

A ce jour, je n’ai pas encore trouvé la date et le lieu de décès de Clémentine.

Formulaire de recherche de La Compagnie des chemins de fer Paris Lyon Méditerranée (PLM)

Le travail des femmes autrefois Roger Colombier

*Acte état civil archivé

Filiation A /J

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