Caroline Désirée Jeanne Marie, la sœur de mon grand-père maternel, est née le 11 octobre 1886 * toujours à Pontivy. C’est son oncle Jean-François Le Maguet, buraliste receveur, le frère aîné de son père, qui est témoin de sa déclaration de naissance.
À la naissance de Caroline, Yves Marie est âgé de 31 ans et se déclare marchand. Sa femme Marie-Louise est âgée de 29 ans, se déclare marchande et ils habitent à Pontivy, toujours au 11 rue neu..ine, lecture incompréhensible. Je ne sais quel commerce ils animent !
Pour l’instant, les recensements de la ville de Pontivy ne sont pas numérisés.
Elle a deux frères aînés Yves Marie, au même prénom que son père, âgé de 3 ans et Eugène a 2 ans à sa naissance. Et son plus jeune frère, mon grand-père, Francis Jules, naîtra quatre ans plus tard.
Guiscriff
En 1906*, elle habite Guiscriff dans le Morbihan. Elle est référencée comme institutrice. Elle a tout juste 20 ans. Elle habite dans la 39ème maison du village. Il est probable qu’elle y louait une chambre car dans ce logement, était accueilli aussi un maréchal-Ferrant, Lannéval Jean né en 1879 à Gourin, son domestique, Le Bour François né en 1888 toujours à Gourin. Habite aussi la maison le secrétaire de Mairie, Le Goff Jean, né en 1865 dans le village et sa femme Marie, née en 1867 ainsi que leur fille, Marie née en 1893.
Institutrice ?
Le métier d’institutrice est facile à reconstituer. En général, la série T des Archives Départementales contient les dossiers des instituteurs, institutrices y ayant exercé.
Les premières démarches ont consisté à contacter les AD du Morbihan. Mais, il n’existait aucun dossier à son nom. Puisque Guiscriff est proche aussi du Finistère, demande fut aussi faite aux AD de ce département et même des Côtes d’Armor. Mais, là encore aucun dossier à son nom. Pourtant, dans un article dans le journal de Pontivy, on annonce sa titularisation.
Dommage, donc, car pour l’instant, son dossier n’est pas retrouvé !
Son décès
On dit, dans la rumeur de la famille, qu’avec son héritage, mon grand-père Francis- Jules, cuisinier de métier, aurait pu s’acheter un petit restaurant, mais pour l’instant les archives n’ont pas parlé !
Marie Eugénie est une grand-tante que je n’ai pas connue. Pourtant devenue religieuse des Filles de la sagesse le lien est très fort !
Parfum d’enfance
Lorsque je raconte mes vacances chez ma tante Geneviève, dans ses différents couvents, après le décès de mon père, ce sont pour moi des moments de joie et de soulagement. Pourtant, je vois dans les yeux de mes interlocuteurs de la compassion, au mieux, de la raillerie, au pire.
Marie-Louise Trichet fondatrice
Comment être heureuse dans un couvent en étant petite fille ? D’abord, ils ne connaissent pas les magnifiques bâtisses meublées avec de l’ancien, que je n’avais jamais connu au préalable. Ça sentait l’encaustique. Le silence était immense. Et pourtant mes journées étaient peuplées de rêves où j’étais une princesse en son château. J’imaginais des histoires extraordinaires loin de la tristesse dépressive de ma mère.
Souvent le matin, je rejoignais ma tante dans sa petite classe. Première orthophoniste de sa congrégation, elle maniait dans l’année magnétophones et micros pour ces jeunes élèves sourdes et muettes. Je ne me rappelle plus qu’elle m’ait fait travailler. Et, pourtant, adulte, ma peur et ma tristesse d’enfant sont réapparues d’un coup lorsqu’elle s’est mis en tête de corriger mes fautes pour une lettre officielle. Je suis redevenue quelques instants, l’enfant chagrine, morte de honte, lui présentant son travail.
Mais l’après-midi, j’étais récompensée par la liberté dont je jouissais. Je pouvais rejoindre, par exemple, la sœur qui s’occupait de la buanderie, en face de la chapelle. J’y passais de longues heures à la regarder plier le linge, à le repasser. Je l’aidais à tirer les draps pour les faire sécher au soleil. Les jours de temps maussades, la chaleur dégagée par le fer était bienvenue.
Après je pouvais rejoindre une autre sœur dans son immense potager, où au milieu de ses rangées parfaitement alignées, s’épanouissaient fleurs, fruits et légumes. Je passais de longs moments aussi à l’accueil à parler de tout et de rien avec la sœur qui en était chargée à ce moment-là. Je me rappelle mon ravissement lorsqu’autorisée à appuyer sur le bouton, la lourde porte s’ouvrait.
Il m’arrivait de passer voir la sœur de la cuisine. Dans son immense antre qui devait servir plus de trois cents repas dans l’année, la tranquillité du lieu avait vraiment des airs de vacances pour elle qui préparait les confitures et les conserves pour l’hiver.
Les jours où les sœurs avaient un invité, une des sœurs, toujours la même, m’accordait le privilège d’avoir une boisson. Mon plus grand plaisir était de choisir entre un Fanta orange ou un Fanta citron ! Plus tard, je l’ai retrouvée petite femme chétive incroyablement vive encore pour ses plus de 85 ans et d’un coup, je suis redevenue la petite fille aux cheveux courts qui l’appelait « Tata Fanta! ».
Un seul lieu m’était interdit : La communauté où après le dîner, les sœurs se réunissaient pour parler de l’actualité, échanger et prier ensemble. Assises en cercle, elles portaient toutes de longues robes grises avec un tablier blanc et leurs coiffes empesées. L’été, les fenêtres ouvertes, je me glissais dehors à proximité et j’écoutais le chant de ses voix féminines à l’unisson autour de l’amour de leur Christ.
C’était merveilleux ces vacances offertes à l’enfant loin de sa mère qui devait apprendre à vivre seule. J’y ai ressenti le sourire qui éclaire, la gentillesse qui réchauffe et le rire qui éclate…
Certes, j’ai manqué de contacts. Les quelques jeunes filles présentes n’étaient que celles qui ne pouvaient rejoindre leurs familles et en plus, elles étaient sourdes et muettes.
Foi en Dieu
Évidemment, j’ai rêvé de croire en ce Dieu que ces femmes adoraient. Je me souviens, je devais avoir 12 ou 13 ans, un soir de Vendredi Saint à Larnay, près de Poitiers. Au côté de ma tante en prière dans l’église, j’ai pris conscience que je ne croyais pas en ce Dieu. Avant, je faisais semblant avec ferveur. Ce soir-là, au côté de ma tante en prières, devant cet homme supplicié, je me souviens m’être dit que je ne pouvais plus croire à cette histoire rocambolesque. Pourquoi souffrir autant ? Aucune tristesse. Juste une évidence.
J’aimerais toujours revenir dans ces demeures où ma tante était mutée au gré de ses ordinations. Tout au long de ma vie, j’ai cheminé auprès de cette femme qui a su m’apporter beaucoup. Mais, il est encore trop tôt pour en parler …
Mais, dans le choix de cette communauté,
…Ma tante avait suivi l’exemple d’un autre membre de la famille, certainement élargie, qui elle-même était devenue religieuse dans cette congrégation. Ma tante, dans les derniers temps, m’avait montré le cimetière à Saint-Laurent-sur-Sèvres où joyeuse elle savait qu’elle y serait enterrée. Elle était satisfaite aussi d’y rejoindre cette aïeule qu’elle n’avait pas vraiment connue mais qui l’avait si profondément influencée.
La lecture d’un roman me fait repenser à ces moments. Et d’un coup, je demande à Google où trouver les archives des congrégations. Et, là surprise, j’apprends qu’il suffit d’un clic pour y avoir accès.
Sur les traces de ma grand-tante lointaine
En 2021, la congrégation des Filles de la Sagesse a accepté de mettre en ligne ses archives ici accessibles sur le site des archives départementales de la Vendée. Je n’y trouve pas ma tante puisque la mise en ligne s’arrête avant son noviciat. Seulement, je n’ai ni son nom de religieuse, ni son nom réel.
Il me faut chercher dans les papiers que ma tante m’avait donnés bien avant son décès, sachant que sa congrégation prendrait tous ses objets personnels après sa mort. Avec son vœu de pauvreté, ma tante avait accepté de ne rien posséder.
J’ai aussi retrouvé le contrat passé entre la congrégation et ma tante qui communique sur les règles de vie, ses vœux désobéissance, les dotes qu’elle a versé et auxquelles elle a renoncé, etc.
Mais qui est cette religieuse ?
Je continue à chercher et je trouve d’anciennes notes de 1996, lorsque j’avais commencé l’arbre généalogique. J’y avais écrit Marie-Eugène Le Couédic, religieuse Fille de la Sagesse décédée à Saint-Laurent-sur-Sèvres, à la Maison-mère. C’est donc sur la branche de mon arrière-grand-mère, Marie-Louise Couédic (née le 25 août 1851* à Pontivy et décédée en 1891, je ne sais encore où). Elle est mon arrière-grand-tante.
Marie Eugénie Le Couédic était le second enfant de cette famille qui en comptera 3. Son père était Hyacinthe Le Couédic âgé de 49 ans, aubergiste, à sa naissance et Marie-Anne Harmonie âgée de 38 ans, ménagère. Marie Eugénie est née le 21 novembre 1854* à Pontivy.
Marie-Eugénie est devenue Sœur Marie-Anne de jésus dont le matricule était 5460. Elle est entrée au Noviciat en février 1874, soit à l’âge de 20 ans, et a célébré ses vœux un an plus tard.
Les archives apportent d’autres précisions, comme les différents endroits où cette femme a été mutée.
Néanmoins, la date de son décès est mal écrite. Heureusement, le récapitulatif des archives va lever l’ambiguïté. Sœur Marie-Anne ou Marianne de Jésus, née Marie-Eugénie Le Couédic est décédée lorsque ma tante avant 10 ans. Donc, il est tout à fait plausible que cette tante est demandée à sa communauté et notamment celle de la rue de Vouillé à Paris d’accueillir, ma tante Geneviève, âgée de 9 ans, et sa sœur, ma mère, alors âgée de 8 ans, lors du décès de leur maman, puis un an plus tard de leur père.
Je comprends mieux aussi pourquoi ma tante, dès l’âge de 9 ans, avait su qu’elle voulait être religieuse. C’est certainement, à ce moment-là qu’elle avait fait la connaissance de façon plus approfondie de cette tante qui leur a assuré d’être accueillies dans cet orphelinat géré par les religieuses de la Sagesse où elles ont pu être élevées et instruites.
Aujourd’hui, ma tante repose dans la même terre que cette femme qui l’avait tant inspirée pour consacrer sa vie à Dieu.
La congrégation de la Sagesse – Saint-Laurent-sur-Sèvre
Du plus loin que je me souvienne, Eugène que ma mère appelait Tonton Eugène était un homme petit, rondouillard, plutôt jovial, qui se déplaçait toujours avec une sacoche en cuir duquel il sortait, à un moment ou un autre, deux ou trois saucissons qu’il affirmait être du meilleur choix. Quand il venait au 92 partagé le repas du dimanche, on mettait une bouteille de vin sur la table.
Ma mère avait dû m’expliquer son père, le frère de son père, etc. Cela avait dû me satisfaire, moi qui ne savais ce qu’était un grand-père.
Il avait dégotté une très belle chambre dans une résidence pour personnes âgées dans le 13ème où il avait pu conserver quelques meubles de sa chère Françoise, sa femme. On allait souvent le voir en prenant le bus 62 qui nous déposait juste à côté. C’était une belle bâtisse avec plusieurs ailes. C’est là que j’avais vu pour la première fois l’affiche de Polnareff qui se cachait derrière son chapeau. On devait donc être en 73, nous dit l’oracle Google.
En discutant avec ma tante Geneviève, ma mère affirmait dans un hochement de tête entendu, qu’heureusement, Françoise avait su le contenir et le remettre dans le droit chemin. Évidemment, à l’époque, je n’en avais pas su davantage.
Je ne me rappelle plus si nous avions été à son enterrement. Certainement… Mais le voisinage avec les morts n’était pas de nature à impressionner mon souvenir.
Aucune photo retrouvée. Juste mon souvenir ! Quelle tristesse !
Alors, je suis partie à sa recherche dans les archives pour retrouver un peu de ce petit homme disant avoir connu Buffalo Bill. Je m’étais imaginée que, comme beaucoup de Bretons, Tonton Eugène avait dû aller en Amérique !
Car, il était bien breton, de ce milieu de la Bretagne, sans mer, un peu austère, qu’il nous arrivait de visiter à la faveur de vacances. Il est né le 19 juillet 1884 * à Pontivy dans le Morbihan à l’extrême nord du département, à la limite des Cotes D’Armor.
C’est le second garçon d’une fratrie de quatre de cette famille formée par Yves Marie LM né le 29 avril 1856* à Pluméliau et Marie-Louise Le Couédic née le 31 janvier 1857* à Pontivy. Ils se sont mariés le 16 avril 1882* à Pontivy.
A la naissance d’Eugène, Yves Marie est âgé de 29 ans et se déclare négociant. Sa femme Marie-Louise est âgée de 27 ans et ils habitent à Pontivy.
Pour l’instant, les recensements de la ville de Pontivy ne sont pas numérisés.
Eugène est né le 19 juillet 1884* à Pontivy. Il porte deux autres prénoms François puis Marie comme sa mère. C’est son grand-père Hyacinthe Le Couédic âgé de 76 ans déclaré ancien commerçant, aubergiste marchand propriétaire à Napoléonville qui est témoin de la déclaration de naissance.
Napoléon Bonaparte décide de transformer en 1802 le bourg de Pontivy en sous-préfecture. Louis Napoléon III permet la construction d’une gare pour que le train arrive au cœur de la Bretagne. Du coup Pontivy s’appela Napoléonville un certain temps.
La famille semble avoir tout le temps habité au 11 rue Neulhiac (mal écrit) à chaque fois. Cette rue n’existe plus.
Sa fiche d’affectation est créée le 6 septembre 1921 et va nous apprendre bien des choses….
À 20 ans, Eugène François Marie, de la classe 1904, vit à Cherbourg et se dit Charcutier. Il mesure 1m 57/56, cheveux châtains avec ses yeux bleus. Il sait écrire, lire, compter mais n’a pas de diplôme. Son frère aîné Hyacinthe est engagé dans la marine.
Sa fiche d’affectation nous apprend beaucoup d’autres choses.
Vols et mendicité ayant conduit à des condamnations puis de l’emprisonnement ! Voilà de quoi éclairer la réputation qu’il avait ! Néanmoins dès 1905, il se reprend en main (ou on l’encourage fortement…) et entre dans l’armée jusqu’en 1906 d’où il sortira avec un certificat de bonne conduite. Une tumeur à la cuisse permet de le reformer en 1908.
Le 13 juillet 1911* à Paris 75014, Eugène François Marie se marie avec Françoise Marie Robino née le 19 février 1888 à Moustoir, dans le Morbihan. Elle est plumassière. Ils vivent au 91 rue Pernety dans le 14ème.
Son frère Francis, mon grand-père est l’un de ses témoins. Il est déclaré crémier demeurant au 19 rue Dulong dans le 17ème. Un autre témoin est aussi charcutier au 16 rue Maison Dieu dans le 14èùe. On peut imaginer qu’Eugène devait travailler au même endroit.
Arrive la première guerre mondiale, Eugène est mobilisé en mai 1915 et démobilisé en 1919 après avoir eu plusieurs affectations. On peut imaginer qu’il était au service des cuisines. Néanmoins en 1918, il est évacué avec une balle dans la jambe. Il obtient une médaille commémorative.
En 1929, il habite toujours avec sa femme au 1 bis rue de la Poterne des Peupliers à Paris 13ème. Il faudrait chercher dans le recensement pour suivre l’évolution du couple, notamment pendant la guerre. Mais, je ne l’ai pas encore fait.
Françoise Marie décède au Kremlin-Bicêtre le 29 octobre 1957 *, Ils habitaient au 7 impasse prevost toujours dans le 13ème qui ne semble plus exister. Eugène a 73 ans et est évidemment retraité.
Eugène décède le 27 juin 1978 à Draveil. Je n’ai pas encore son acte de décès. A chercher.
Au vu des recherches, l’oncle Eugène n’a jamais été aux États-Unis. Alors fabulation…
Pourtant, le cirque de Buffalo Bill est venu plusieurs fois à Paris.
Buffalo Bill en 1906.
En 1889, il passe en France par Paris, Lyon et Marseille et rencontre à cette occasion la peintre Rosa Bonheur qui dressera son portrait, nous dit Wikipédia. Eugène est trop jeune.
En 1905 lors d’une tournée qui a lieu dans plus de cent villes françaises, le spectacle connaît un important succès à Paris. Là c’est plus plausible ! On imagine bien Eugène arrivé depuis peu de temps de sa Bretagne trouvait un petit boulot au Cirque de Buffalo Bill.
C’était un spectacle étonnant pour l’époque, destiné à recréer l’atmosphère de l’Ouest américain dans toute son authenticité. Les scènes de la vie des pionniers illustraient des thèmes tels que la chasse au bison, le Pony Express, l’attaque d’une diligence et de la cabane d’un pionnier par les Indiens, la présence de vrais Indiens constituant le clou du spectacle.