
Léon Salem, né le 17 avril 1883 à Salonique, alors dans l’Empire ottoman, est le point de départ de cette recherche. Fils de Jacob et Nehama Esther, il a mené une vie marquée par les bouleversements du XXe siècle, qui l’ont finalement conduit de Salonique à Paris. Bien qu’il ait exercé la profession de «commissaire en marchandises», il est plus largement connu sous son nom de scène, Lionel Salem, une identité qu’il a adoptée pour sa carrière d’acteur en France à partir des années 1920. Son parcours s’est achevé lors de la Shoah, avec sa déportation et son décès à Auschwitz le 3 octobre 1942. Son nom figure sur le Mur des Noms du Mémorial de la Shoah à Paris, ce qui ancre sa biographie personnelle dans un contexte historique de grande importance.
Le fait qu’il ait fait carrière en France en tant qu’acteur et qu’il ait travaillé dans le commerce international suggère un parcours éducatif qui a valorisé l’enseignement de type occidental et la maîtrise de la langue française. Une telle éducation aurait été cruciale pour sa transition réussie d’une ville portuaire ottomane en Macédoine à un centre culturel européen. Sa biographie souligne un lien profond entre son histoire personnelle et les forces géopolitiques et culturelles de son temps.
Alliance Israélite Universelle (AIU)
L’Alliance Israélite Universelle a été fondée en 1860 et est rapidement devenue une force majeure pour la modernisation et la promotion de la culture juive en Méditerranée et dans les Balkans. Les historiens reconnaissent que son réseau d’écoles, qui s’est considérablement développé entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, a servi de vecteur d’émancipation et d’intégration culturelle pour les communautés juives de la diaspora, y compris celle de Salonique.
Le français était la langue d’enseignement, et les écoles de l’AIU sont devenues des bastions de l’influence française. Le parcours de vie de Léon Salem — sa maîtrise du français, sa carrière en France et son rôle en tant qu’acteur — s’accorde logiquement avec le profil d’un ancien élève de l’AIU. La recherche doit donc être centrée sur la découverte d’un document qui viendrait confirmer cette hypothèse.
La « course à l’éducation » dans l’Empire ottoman

Comprendre le contexte éducatif de Salonique à la fin du XIXe siècle est essentiel pour cette recherche. Le système des millets de l’Empire ottoman confiait l’éducation à chaque groupe religieux, ce qui a encouragé une forte concurrence entre les institutions. Cette dynamique a donné lieu à une véritable «course à l’éducation» entre les puissances européennes, qui cherchaient à étendre leur influence culturelle et politique via la création d’écoles. Les institutions françaises, italiennes, grecques et bulgares se sont livrées une compétition acharnée pour attirer les étudiants et modeler la prochaine génération.
Autres institutions françaises et grecques
Le paysage éducatif salonicien offrait d’autres options. Les Frères des Écoles Chrétiennes, une congrégation religieuse française, ont ouvert une école à Salonique en 1888. Cette date est particulièrement pertinente, car Léon aurait eu 5 ans, l’âge parfait pour commencer sa scolarité. Les archives des Frères sont disponibles à leur siège à Rome, ainsi que dans les archives de leur district au Québec. Bien que la probabilité d’y trouver une trace de la scolarité d’un enfant d’une famille juive éminente soit peut-être moindre que dans les archives de l’AIU ou des institutions italiennes, cette piste ne doit pas être écartée. Des écoles grecques existaient également à l’époque, et leurs archives, qui se trouvent notamment à l’Université Aristote de Thessalonique, pourraient contenir des informations pertinentes sur le système éducatif de la ville à l’époque.

Cercle de Généalogie Juive (CGJ)
Le CGJ, en collaboration et avec l’accord de l’AIU, a entrepris un vaste travail d’indexation de ses archives historiques couvrant la période de 1860 à 1940. Ce partenariat a permis de transformer une vaste collection de documents d’archives en une ressource généalogique et historique précieuse, accessible à tous.
Salem Leon, a-t-il vraiment étudié à l’Alliance Israélite Universelle ?
En janvier 1910, l’école Moïse ALLATINI enregistre un paiement de 0,50 de M. Salem de Constantinople de 0,50 et même un paiement de Nehama Jacob, le grand-père de Léon. Toujours la même année, un document atteste du départ d’un certain Emmanuel Salem, qui semble être entrer au comité de gestion le 22 janvier 1897.


Aucune liste des élèves présents n’est disponible. Seulement, un faiceau d’indices semble prouver que Léon Salem a nien fait ses études à l’AUI et même à l’école Allatini.

Cette école de garçons est inaugurée le 26 décembre 1888 et était l’école de l’Alliance Israélite Universelle de Salonique. Elle se trouvait sur la rue de Vardar, et a ensuite été déplacée sur la rue de P. P. Germanos. L’édifice a été endommagé lors du grand incendie de 1917.
Qui était Moïse ALLATINI ?
Moïse Allatini (1809-1882) était un entrepreneur juif originaire de Salonique. Il est surtout connu pour les raisons suivantes :
- Industriel prospère : Il a fait fortune dans l’industrie de la minoterie en fondant la société familiale Allatini, qui est devenue la plus grande du genre dans les Balkans au début du 20ème siècle. Il est parfois surnommé le « Rothschild de Salonique » en raison de sa réussite financière et de son influence.
- Fondateur d’écoles : Il a également joué un rôle clé dans la création de la première école de l’Alliance Israélite Universelle à Salonique, qui a porté son nom.
- Famille influente : Les descendants de la famille Allatini ont eu une influence notable dans les domaines des affaires, des arts et de la politique en Europe, avec des liens de parenté avec des familles comme les Dassault et les Bloch.
